Le Centre

Le Centre : les personnages

Paul

Il vient d’être engagé au centre alors qu’il était chômeur depuis sa sortie de l’école. Un peu naïf, limité du cerveau, le pouvoir qu’on lui a donné ne va certainement pas le rendre plus intelligent. Depuis sa Wallonie natale, on ne l’a pas vraiment éduqué à aimer le flamand. C’est pourquoi il les pense arrogants et trop travailleurs à son goût. Son emploi au centre va certainement lui permettre une revanche sur la vie, mais également sur ses compatriotes. Car, s’il a eu du mal dans ses études, c’est entre autre à cause de ces satanés cours de flamand qu’il n’a jamais vraiment réussi. Eh oui, notre Paul a quelque chose à prouver. Et tout d’abord à son père. Il aimerait tellement le convaincre qu’il n’est pas un imbécile. Mais à trop vouloir bien faire, on finit souvent par provoquer l’inverse de nos attentes. Et les tics nerveux qui agitent régulièrement son visage – cette lèvre supérieure qui se relève compulsivement et cet oeil qui ne cesse de cligner – ne sont pas là pour lui donner confiance. D’autant plus qu’il arrive à son cerveau de bugger. Quand cela se passe, il peut répéter une même phrase plusieurs fois d’affilée, avant que la boucle ne se déboucle, et qu’il reprenne le fil de la conversation. Tout cela dessine un portrait bien sombre de Paul, mais au fond, il n’est pas si méchant et l’amour qu’il rencontrera au centre – son premier – le fera grandir plus vite qu’il n’aurait jamais pu en restant dans sa Wallonie natale.

Joseph

Il est le directeur du centre. Et si son fils Paul y a été engagé, c’est sans aucun doute grâce à lui et à ses relations. Clientélisme vous avez dit ? Bien évidemment. C’est un centre wallon, ne l’oublions pas. Joseph représente donc la loi. Il est le relais des hommes politiques wallons. Son travail consiste principalement à donner une bonne image du centre en masquant tout ce qu’il s’y passe d’illégal au regard des conventions internationales. Il est autoritaire et cynique. Un vrai capitaliste. Car si le centre se veut humanitaire, il n’y a aucune raison pour qu’il ne rapporte pas un petit peu. Comment la Wallonie pourrait-elle en effet financer un tel centre avec le peu de moyens dont elle dispose ?

Johanna

Johanna est une jeune fille intrépide. Enfant unique, elle a sa fierté. Et de voir son père humilié n’est pas là pour lui faire plaisir. Elle peut se révéler douce et être très cassante dans la seconde qui suit. En un mot, il ne faut pas la faire chier. Et si Paul veut lui parler d’amour, il devra d’abord changer et l’aider à révéler les dessous du centre. Pas facile pour Paul car il devrait trahir son père pour se faire. Mais l’amour peut déplacer des montagnes. Johanna est également un peu manipulatrice. Elle use de ses charmes pour arriver à ses fins, sans pour autant nier ses sentiments. Elle peut très vite prendre la mouche et Paul y perdra son latin que, par ailleurs il ne connaît pas.

Herman

Herman est le père de Johanna. Avant la montée des eaux, il était un riche industriel flamand. Mais depuis cet événement, il n’est plus que l’ombre de lui-même. Sa femme d’ailleurs le lui fait bien sentir. Si elle l’avait épousé pour le meilleur et pour le pire, dans sa tête, cela signifiait bien entendu le meilleur. Alors Herman se laisse aller. Et il suit les consignes du centre. Si on lui demande de travailler, il le fait, même si sa fille aimerait qu’il soit un peu plus digne. Mais pour lui, si les Wallons lui font l’honneur de l’accueillir, il faut les respecter et accepter ce qu’ils lui offrent. Un bien piètre modèle pour Johanna. Mais elle l’aime et fera tout pour l’aider à retrouver sa dignité.

Helena

Epouse de Herman et mère de Johanna, la bourgeoise se lit sur son visage. Elle est arrogante, malgré la détresse dans laquelle elle se trouve. Visiblement accro à son chirurgien esthétique qui lui a ravagé le visage à plusieurs reprises, même si elle se trouve très belle comme ça. Elle ne s’entend plus avec son mari depuis qu’il a baissé les bras, ou devrais-je dire depuis qu’ils ont tout perdu. Mais aussi depuis qu’il accepte de parler avec les pauvres, entendez les Wallons. Elle rêve de retrouver sa vie d’avant, même si elle doit en passer par toutes les extrémités, y compris en se rapprochant avec Joseph, le directeur du centre. Elle ne saurait tolérer plus longtemps de partager sa chambre avec 20 personnes.

Marco et Edwige

Italien d’origine, il est entrepreneur et a oublié de quelle origine il était. La brusque montée des eaux lui a permis de se lancer dans l’industrie du caoutchouc avec une idée simple : quand il y a de l’eau, on a besoin de bottes. Son père était mineur, issu de l’immigration. Il a donc connu la pauvreté mais, pour lui, c’est un lointain souvenir. Il vit dans le Hainaut et a prospéré rapidement. Il est un vrai bourgeois égoïste, sans souci de son prochain. Et ce n’est pas parce que son père était syndicaliste qu’il doit avaler les mêmes conneries. Il est venu au centre pour accompagner sa femme qui souhaite à tout prix adopter une famille flamande. Lui n’en a cure, mais la prime offerte est intéressante.

Edwige, épouse de Marco, est bien évidemment bourgeoise, mais néanmoins infirmière. C’est pour cela qu’elle pense qu’il est de son devoir de porter secours à son prochain, même s’il est flamand. Et aussi car elle n’a jamais pu avoir d’enfants et que pouponner lui manque. Les malades c’est une chose, mais ce n’est pas pareil que ses propres enfants. Et puis la vie avec Marco est devenue bien morose depuis qu’il passe ses journées dans le caoutchouc. En outre, elle n’est pas insensible au charme d’Herman. La fragilité c’est ce qui l’a toujours excité chez un homme. Ça parle incontestablement à sa fibre maternelle contrariée. Et les dépressifs, ce n’est que du bonheur pour elle.

Le caméraman

Il filme tout ce qui se passe dans le centre, parfois à l’insu des gens. Il lui arrive aussi de poser des questions et les réfugiés peuvent se confier à lui, ou plutôt à sa caméra. Il se veut neutre, mais très vite il devra prendre parti, jusqu’à faire partie intégrante de l’histoire.