Génération Quoi ?

Couper le lien financier avec ses parents, pas si facile pour la génération Y

C’est un moment charnière dans la vie de nombreux jeunes, le moment de couper le cordon avec les parents. L'heure est venue de prendre son indépendance et de devenir autonome, mais une autonomie qui reste soutenue par les parents. Car aujourd'hui, il est de plus en plus difficile de prendre son envol.

Marie Paillot a 25 ans, elle travaille dans la communication. Elle a étudié l'histoire de l'art et a enchaîné avec une année en communication. Diplômée depuis juin 2015, Marie vit pourtant toujours chez sa mère. Elle aspire à s'installer, mais sa situation actuelle reste trop instable. Elle est en contrat à durée déterminée (CDD) et ne sait donc pas où elle travaillera dans quelques mois. Cette incertitude ne la pousse pas à quitter le nid familial. "Je m'installerai quand je pourrai assumer. On n'y pense pas toujours, mais il y a beaucoup de petites dépenses qu'on ne prend pas en compte, comme l'abonnement internet", explique Marie.

Margaux et Apolline sont deux sœurs. Margaux a 25 ans, elle a étudié le piano au Conservatoire et a également fait l'agrégation. Elle donne aujourd'hui quelques heures de cours de piano par semaine dans un Conservatoire et elle fait quelques concerts, mais cette instabilité contraint ses parents à l'aider financièrement. "Depuis quelques mois, mon loyer est couvert et je pense que c'est la même chose pour Apolline avec une petite aide supplémentaire pour la nourriture. Pour le reste, on se débrouille". Sa sœur, Apolline, a 22 ans et elle est étudiante en architecture. Elle vit en kot et a également un job étudiant. Ses parents participent également au paiement du loyer.

Le soutien financier des parents vers l'enfant, quel que soit sa forme, reste encore très présent en Belgique. Pour les étudiants particulièrement puisque trois quarts d'entre eux bénéficient chaque mois d’argent de leurs parents. Mais ce transfert financier concerne aussi 45% des jeunes chômeurs et 18% des jeunes travailleurs. Cette génération des 18-34 ans est très touchée par ce constat. "On a eu la crise qui a joué. Il y a aussi le coût de l'immobilier en Belgique qui peut freiner. Ce n'est pas rare aujourd'hui d'être coincé chez ses parents, soit parce qu'on n'a pas la possibilité de prendre son indépendance, soit parce qu'on veut mettre de côté pour pouvoir assumer plus tard un emprunt", révèle Johan Tirtiaux, docteur en sociologie à l'Université de Namur et porte-parole du projet "Génération Quoi?".

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