Sébastien Wielemans : "Malgré nos différences culturelles et linguistiques, nous pouvons trouver des terrains d'émotion communs"

Sébastien Wielemans
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Chaque semaine, nous vous proposons une interview d'une personne active dans le milieu de la webcréation. Le but est d'échanger avec les professionnels belges et étrangers du secteur afin de leur donner la parole sur leur vision de la webcréation. Cette semaine, rencontre avec Sébastien Wielemans, producteur chez Grizzly Films.

Pourquoi est-ce important de faire de la webcréation aujourd’hui ?

Je pense que la réponse est assez simple. Faire de la webcréation, c’est créer en fonction des habitudes de consommation des gens autour de nous. L’homme communique, se divertit et recherche son information sur Internet, que ce soit sur son ordinateur, sa tablette ou son Smartphone. C’est une réalité au niveau mondial. Du coup, il me semble évident que le créateur travaillant dans le domaine des arts et de la communication se doit de prendre ça en compte.

Cela ne veut pas dire que les autres formats tels que le livre, le film linéaire ou la radio doivent disparaître. Sûrement pas. Chaque histoire se doit d’être racontée en fonction du médium qui lui convient le mieux. Les enjeux, c’est plutôt de considérer la webcréation comme un domaine à part entière, qui nécessite autant d’attention que les autres médias, plus classiques.

Le Canada et la France l’ont compris depuis près de 10 ans. En Belgique, on est un peu plus à la traîne. Mais on sent tout de même de plus en plus d’engouements de la part des diffuseurs publics pour ce genre de productions.

Qu’est-ce qui te plait dans l’univers du web et des réseaux sociaux ?

Le web, c’est un peu un couteau à double tranchant. C’est fascinant dans le sens où on peut enfin trouver des informations qui ne sont pas limitées par le territoire où l'on est situé. Notamment, on peut rentrer en contact quasi avec n’importe qui, n’importe où, quand on veut. Surtout avec les réseaux sociaux. Ça, c’est une révolution insensée au niveau du partage des connaissances entre les être humains.

Par contre, le souci, c’est que c’est aussi un ramassis de bêtises, et de choses insignifiantes qui nous font perdre beaucoup de temps, alors que la vie réelle autour de nous peut être tellement enrichissante aussi.

En gros, c’est une question d’équilibre à avoir. Comme dans la vie en général.

Je pense aussi que le ministère de l’éducation devrait sérieusement imaginer des cours d’éducation aux médias, c’est-à-dire donner des outils pour appréhender ce flux infini qui est sur le web, et l’utiliser à bon escient. Il y des initiatives lancées, mais on peut toujours faire mieux.

Quel était ton objectif avec "Connected Walls", que souhaitais-tu faire passer ?

Le projet "Connected Walls" a beaucoup d’objectifs. Mais je pense que le plus important pour moi, c’est qu’il insiste justement sur le fait que le web va au-delà des frontières. C’est surtout cet aspect-là que je voulais pointer. Peu importe d’où vous êtes, vous pouvez visionner les mêmes histoires qu’une personne qui est de l’autre côté de la planète. Et pour que les hommes puissent mieux s’entendre entre eux, je pense qu’il faut trouver des plateformes communes, pour qu’on puisse partager les mêmes histoires. C’est pour ça que je mettais un point d’honneur sur le fait que le projet devait être traduit en espagnol, en anglais, en français et en arabe. Malgré nos différences culturelles et linguistiques, nous pouvons trouver des terrains d’émotion communs.

Maintenant, ça amène d’autres réflexions aussi. Regardons un instant le cinéma hollywoodien. Grâce à une machine de communication et de distribution titanesque, celui-ci participe aussi à l’élaboration d’une mythologie commune, quasi universelle, entre les hommes. Par contre, l’essence même de leurs histoires tourne souvent autour de même valeurs judéo-chrétiennes. Valeurs qui, du coup, peuvent sembler universelles. C’est effrayant d’une certaine manière.

Cette digression me ramène à "Connected Walls". En effet, pour moi, c’était indispensable que ce projet soit international, mélangeant des points de vue d’auteurs d’origine et de cultures différentes.

Pour rappel, les réalisateurs du projet ont dû réaliser des courts documentaires ensemble. Chacun a dû mettre de l’eau dans son vin pour pouvoir s’entendre et travailler ensemble. Ce dispositif est une sorte de métaphore rappelant que chacun d’entre nous se doit de briser ses propres murs pour pouvoir avancer tous ensemble vers un monde meilleur, emprunt d’écoute et de respect.

Pourquoi avoir eu envie de développer ce type de projet, pourquoi un projet pour le web (et non la TV) ?

Comme je l’ai dit plus haut, le projet "Connected Walls" visait à cibler des territoires différents, aux langues différentes. Le web permet cette diffusion extra-territoriale plus facilement que la télévision. Je ne voyais pas d’autres plateformes de diffusion possible pour l’histoire de "Connected Walls". Je pense d’ailleurs que c’est une question essentielle pour tout projet audiovisuel. Le fond du projet doit absolument s’accorder à la forme. Pourquoi mon histoire doit-elle apparaître sur le web, plutôt qu’à la télévision ? Pour s’adapter aux moyens de consommation des médias ? Oui, mais ce n’est pas simplement ça. La réflexion doit aller plus loin.

S’il y avait une chose à retenir, qu’est-ce qui t’a le plus surpris de tes expériences en webcréation ?

Ce qui m’a le plus surpris ? C’est d’avoir compris que le web peut permettre à des gens d’horizon différents de travailler ensemble. Grâce à des plateformes tels que Skype, Facebook, Twitter ou Basecamp, et une bonne dose de motivation, on peut arriver à travailler ensemble et mettre en place des structures folles. Ça ne me surprend pas seulement. Je trouve ça juste dingue !

Quels sont les projets que tu as aimés et pourquoi ? Y a-t-il un projet développé par la cellule Webcréa de la RTBF qui t’a plu particulièrement ?

Pour être sincère, il y a très peu de projets en ligne qui me fascinent. Un projet qui m’a fait beaucoup rire, c’est le projet "Blabla", produit par l’ONF. C’est simple, drôle, surréaliste et frais.

Curieusement, dans le domaine de la pub, je me souviens d’un projet interactif financé par Perrier, "The Secret Place". Je trouvais ça assez fascinant, autant au niveau de l’interactivité qu’au niveau de la mise en place cinématographique.

Dans un autre registre, je trouve qu’il y a des initiatives hallucinantes sur le web. J’ai beaucoup voyagé grâce à "CouchSurfing". Certains vont me trouver peut-être un peu vieux jeu, mais je trouve l’idée absolument géniale. Communiquer en ligne, pour pouvoir ensuite se rencontrer en vrai, et partager un message simple et fort : "mi casa es tu casa", sans rapport pécuniaire. Ce genre d’initiative me fait espérer qu’il y encore une grand part d’humanité en nous tous ! J’ai d’ailleurs fait beaucoup de belles rencontres grâce à ce site.

Au niveau de la RTBF, pour être franc, je n’ai pas suivi "Le prince charmant". Par contre, j’ai regardé il y a peu les 3 saisons de "Typique", et j’avoue que j’ai été pris par la fraîcheur et la qualité du projet. Par contre, au niveau de "Euh…", je peux difficilement me prononcer car notre société de production Grizzly Films est productrice exécutive de cette websérie humoristique. Du coup, je n’aurais pas vraiment d’intérêt à cracher dessus ;-)

 

Sébastien Wielemans est réalisateur et producteur au sein de la société de production Grizzly Films. Ayant réalisé plusieurs projets documentaires linéaires, son attention se porte aujourd’hui sur les nouveaux modes de diffusion, ainsi que sur la participation citoyenne sur le web. Dernièrement, il a conçu le projet de webdocumentaire “Connected Walls” qu’il a co-produit avec la société de production française “PIW!” (Progress in Work).

 

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