"Première vague" : un collectif de réalisateur∙rices s'unit pour récolter des témoignages intimes du personnel hospitalier

Mars 2020. Touchée par l’épidémie de Covid-19, la Belgique se confine. Un collectif de cinéastes entre en contact avec des soignant∙e∙s pour recueillir leurs témoignages quotidiens par vidéoconférence, le temps de la première vague. Peu à peu, l’intimité et la confiance s’installent entre eux∙elles et donnent lieu à des confidences singulières, qui ont donné lieu à une websérie.

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" Nous ne pouvions pas laisser aux médias le tout pouvoir sur la gestion communicationnelle de la crise. Le Covid-19 n’est pas l’unique protagoniste de cette page de notre histoire. Notre volonté était de faire des soignantes des protagonistes tout aussi légitimes que le virus. Il fallait donner une voix à ceux et celles qui affrontent la crise au quotidien et sont au cœur de l’action. " - Christopher Yates, un des réalisateurs du projet.

À mesure que le groupe de réalisation s’agrandit et que s’ouvrent les correspondances, un processus de travail se met en place. Des postes précis sont attribués à chacune afin d’optimaliser l’organisation du projet et de faciliter sa mise en place et son exécution : écriture, postproduction, planning des interviews, archivage, chronologie des données, etc. Le projet avance dans un véritable esprit de coopération et d’entraide.

" L’énergie de la naissance du collectif était unique – magnifique, même – car elle combinait un esprit d’écoute, de la spontanéité et de la fragilité qui, au fil du temps, ont fait la force du projet. " - Olivier Magis, réalisateur à l'origine du projet.

Dans un souci d’harmonisation et pour baliser les rencontres, une feuille de route commune à tous les entretiens individuels est établie. Celle-ci précise notamment les questions à formuler lors de chaque rendez-vous, comme : Raconte-moi comment tu te sens aujourd’hui ? Parle-moi d’une histoire qui t’a marquée aujourd’hui ?

" La situation d’urgence dans laquelle nous étions a largement contribué au caractère unique du projet. " - Olivier Magis.

Au fur et à mesure de l’aventure, le collectif intègre davantage de soignantes, wallonnes et bruxelloises, dont les profils s’étendent parfois au-delà de la stricte pratique médicale. Outre les médecins et infirmierères, des ambulancierères, psychologues et soignantes de maisons de repos trouvent une réalisateurrice avec qui correspondre. Le collectif entretiendra finalement des contacts réguliers avec 35 soignantes issues de Bruxelles, Mons, Liège, Ottignies, Verviers, La Louvière, Herstal et Charleroi.

La plupart des soignantes participant au projet ne s’étaient jamais exprimées devant une caméra. En cause, leur appartenance à un secteur où la prise de parole et l’expression des émotions ne s’étalent pas sur la place publique.

" Je me rendais bien compte que ce qu’on allait vivre avait un caractère exceptionnel et qu’il fallait laisser une trace, un souvenir de tout ça. Le temps passe et les choses s’oublient. Là où au début de la crise, mes collègues et moi, on se sentait valorisés et soutenus par la population, aujourd’hui, j’ai l’impression qu’on est déjà tombés dans la désuétude… Je suis quelqu’un de plutôt réservé. Je n’étais jamais passé devant une caméra. Je l’ai fait, car je ressentais la nécessité de témoigner et de parler de notre profession. " - Éric Karels, Chef infirmier aux soins intensifs Covid.

Le soir du 17 mars 2020, Olivier Magis et Christopher Yates étaient loin d’imaginer qu’ils allaient rassembler plus de 250 heures de rushes par vidéoconférence. De ce matériau est née une websérie en 10 épisodes de 10 minutes.

 

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Aujourd’hui, au-delà de la websérie, le projet du collectif consiste en un véritable réservoir de témoignages. Un matériel riche que les initiateurs du projet entendent bien exploiter et décliner sous d’autres formes, à commencer par un film documentaire, projet déjà en cours de réalisation, mais aussi une exposition, des podcasts ou encore une banque d’archives.

" L’urgence de documenter le travail et le vécu des soignantes (sans trop savoir vers quoi on allait…) et le dispositif technique de la vidéoconférence nous ont permis de recueillir un matériel extrêmement riche, plein de spontanéité. Il a ensuite fallu l’adapter à un format de websérie et à des épisodes thématiques de dix minutes, sans perdre l’authenticité des témoignages. C’était un vrai défi, mais grâce à un dispositif clair et une bonne organisation, nous y sommes (je crois…) parvenus. " - Anne Schiltz, réalisatrice et coordinatrice de la websérie

Par ailleurs, ces heures de correspondances filmées ont une valeur patrimoniale considérable. Le projet a d’ailleurs été pensé pour contribuer à la mémoire collective. Rappelons que l’objectif premier était de laisser une trace singulière de cette crise historique, non sous l’angle des faits, mais sous l’angle du vécu des soignant.e.s.

" Ce projet est un “work in progress”. Les correspondances sont d’ailleurs toujours en cours… " - Olivier Magis