Marianne Lévy-Leblond : "On a affaire à d'incroyablement riches possibilités de narration et d'expériences"

Marianne Lévy-Leblond : "On a affaire à d'incroyablement riches possibilités de narration et d'expériences"
Marianne Lévy-Leblond : "On a affaire à d'incroyablement riches possibilités de narration et d'expériences" - © Tous droits réservés

Chaque semaine, nous vous proposons une interview d'une personne active dans le milieu de la webcréation. Le but est d'échanger avec les professionnels belges et étrangers du secteur afin de leur donner la parole sur leur vision de la webcréation. Cette semaine, rencontre avec Marianne Lévy-Leblond, responsable des Webproductions et Projets transmédia au Pôle Web d'ARTE France.

Pourquoi est-ce important de faire de la webcréation aujourd’hui ?

Si Internet n'a absolument pas besoin de nous, les médias de service public ont un rôle clef à y jouer me semble-t-il. Internet accueille et permet un large spectre d'activités et de type de publications – les activités commerciales y sont centrales.

Il y a vraiment besoin de soutenir (en terme de financement comme de visibilité) la création sous toutes ses formes, ainsi que des types de services au public qui ne se plient pas forcément aux critères de la rentabilité à court terme.

Pourquoi avoir eu envie de développer ce type de projet par le passé et actuellement ? Qu’est-ce que l’on peut créer et développer avec le web que l’on ne peut pas se permettre en TV ?

Dans les premières années d'activité de l'équipe (qui existe depuis 2008), on a cherché à identifier ce qui caractérisait les spécificités du média. En fait, on a rapidement réorienté notre questionnement vers la question des usages. Différents supports de consultation, un renouvellement permanent d'outils logiciels, les usages communautaires... on a affaire à d'incroyablement riches possibilités de narration et d'expériences, en constante évolution.

Je dirais – en tout cas en ce moment – que la principale différence avec la TV (peut-être surtout pour moi qui en vient puisque j'ai longtemps été chargée de programmes dans un des départements documentaires de la chaîne) réside dans la dimension de conversation avec le public. Pas seulement une "possibilité" qu'offre Internet, mais une de ses caractéristiques fondamentales.

Qu’est-ce qui vous plait dans l’univers du web et des réseaux sociaux ?

Je reviens à cette dimension de conversation avec le public, à la fois très réjouissante, parfois brutale, toujours stimulante.

On a la chance au Pôle Web d'Arte France de travailler sur des terrains très variés et une grande diversité de plateformes, du documentaire interactif à la websérie d'animation, en passant par le jeu vidéo et la vidéo 360 ainsi que la réalité virtuelle. Du coup, notre réflexion porte toujours à la fois sur les enjeux narratifs et esthétiques, sur l'innovation dans les usages, les fonctionnalités, et la distribution.

Cette diversité de projets et d'enjeux nourrit une réflexion très ouverte dans l'équipe et avec nos partenaires de création et de production : j'ai la conviction que la réussite de chaque projet se nourrit de toutes les autres expériences que nous pouvons partager, et de la transversalité des compétences ainsi réunies.

Quels sont les projets que vous avez aimés et pourquoi ?

Alors comme je refuse de choisir entre mes enfants, je ne parlerai que de notre toute dernière production, I, Philip. C'est une expérience et un film, c'est interactif mais aussi linéaire, c'est une fiction basée sur des faits réels - selon la formule consacrée. Sans choisir sa catégorie, sans se plier à un label dans un secteur qui les aime tant, c'est tout simplement une magnifique proposition de cinéma qui s'offre de multiples manières et écrans aux spectateurs.

Quel est votre top 3 dans l’univers de la webcréation en général ?

Je n'oublierai pas Bear71 de Jeremy Mendes/NFB pour son étrange univers, sa façon de déjouer des attentes trop étroites, son habileté.

Et pour leur façon respective de regarder le monde avec une curiosité frontale, tendresse, et irrévérence, j'aime beaucoup The And de l'équipe Skin Deep et Pointer Pointer de Studio Moniker.

Quel est le projet développé par la cellule Webcréation de la RTBF que vous avez apprécié ?

J'aime dans Euh l'assurance avec laquelle la réalisation comptait sur ses spectateurs : pas d'hésitation à aller vite, parfois très vite, à emprunter certaines voies improbables, sans trop s'embarrasser de cette question qui empoisonne parfois la fiction : mais les spectateurs vont-ils "comprendre" ?

 

Marianne Lévy-Leblond est responsable des Webproductions et Projets transmédia au Pôle Web d'ARTE France depuis 2011. Elle a auparavant travaillé comme chargée de programmes à l'Unité Documentaire d'ARTE France, et a assuré auprès de producteurs indépendants la production exécutive ou déléguée de documentaires et émissions de télévision.

Découvrez toutes les interviews des webcréateurs.