Les portraits de craie : un webdoc sur l'émancipation des femmes en Inde

Réalisé dans le cadre d'un mémoire médiatique de master en presse et information, ce webdoc passionnant s'intéresse à la problématique de la scolarisation des femmes en Inde.

À l'origine de ce projet, qui comprend un reportage vidéo (voir ci-dessus) et un site web, on retrouve quatre étudiants en journalisme de l'IHECS : Julie Capelle, Alessandra Cillario, Nicolas Lowyck et Marine Vancampenhout. Cette dernière, passée récemment en stage chez RTBF Webcréation, nous explique les origines du projet et sa passion pour le webdocumentaire en général.

Pourquoi avoir eu envie de traiter ce sujet sous la forme d'un webdoc ?

Marine : Les Portraits de craie sont des histoires qui s'adressent à deux publics : d'une part aux Indiens, de l'autre aux étrangers. L'essence même du projet était celle de créer une communauté de femmes qui bousculent les idées en devenant le symbole d'un pays où elles ne sont plus seulement victimes et isolées. Les portraits deviennent alors une source d’inspiration - et d’émancipation - pour les Indiennes tandis qu'ils laissent entrevoir un autre visage de la femme soumise et violentée dont parlent si volontiers nos médias.

Des portraits, une communauté qui évolue et interagit : le choix du webdocumentaire était pour nous une évidence. Non seulement pour répondre à un journalisme actuel, qui vit avec son temps, mais également pour répondre à la logique du projet. Après, si la communauté indienne était consciente des troubles du pays, les histoires seules ne suffisaient pas à informer les utilisateurs belges et occidentaux sur la condition des femmes en Inde. C'est là qu'intervient le film, à voir comme un complément d’information pour situer les choses en contexte. Mais le cœur du projet, qui se veut évolutif, participatif et non linéaire, est bien nos histoires et leur communauté.

Quelles sont les difficultés rencontrées au cours du projet et comment les avez-vous résolues ?

Le web impose, bien sûr, plus de contraintes qu'un autre média. Ce n'était pas tout de rapporter des histoires, il fallait imaginer un dispositif visuel, ergonomique et assez intuitif pour ne pas perdre l’utilisateur dans un roman traditionnel. Qui dit web dit également plus de possibilités : certains portraits ont pu être agrémentés de capsules sonores et d'images. L'idée était de garder le format d'un livre interactif, un peu comme un ebook dont on peut tourner les pages. Et là, le gros challenge s'est posé sur l'aspect responsive d'un tel dispositif. Ça n'a pas été facile non plus au niveau de la pagination (les boutons jaunes permettent de passer d’une histoire à l’autre, comme si on passait au chapitre suivant, en avant comme en arrière).

Au-delà de la difficulté technique, on s'est également posé beaucoup de questions sur la présentation générale de nos histoires. Sur la page de la "mosaïque", on distingue deux contenus différents: l'un est illustré d'images, ce sont les 6 personnes que nous avons suivies en Inde ; l'autre, représenté d'un aplat de couleur, illustre les témoignages que nous avons récoltés a posteriori de notre voyage, dans l’idée de faire évoluer notre contenu et de construire une communauté "agrandie".

Bien sûr, la différence de traitement saute aux yeux : alors que nos 6 portraits "made in India" sont illustrés et construits dans une logique journalistique (dans la mesure où nous avons suivi le quotidien de ces personnes et avons pu apporter un regard objectif sur leur parcours), le reste de la communauté se compose de témoignages récoltés lors d'une seule interview (via Skype ou Facebook) et ne s'illustrent d'aucune image. Si cela n'enlève rien à la puissance du récit (qui sont parfois très poignants), l'utilisateur peut se poser la question d’une telle "hiérarchie" dans le traitement des deux contenus, que nous souhaitons pourtant regrouper en un seul. C'est d'ailleurs un gros point que je souhaiterais améliorer prochainement dans le webdoc pour apporter un maximum de clarté et de cohérence au projet.

Est-ce que l'aventure t'a plu ? Referais-tu un webdoc ?

Si c'était à refaire, je signe tout de suite ! Le mémoire médiatique est une expérience qui m'a énormément plu. Des mois de travail où je n'ai pas eu l'impression de bosser une seconde, une très belle dynamique de groupe avec qui c'était un bonheur de collaborer. D'autant plus avec le choix du webdoc qui laisse place à un incroyable champs des possibles. Tant de moyens d'expressions condensés en un seul média et pour une audience qui se veut très large aussi, quel que soit le message qu'on sert. C’est sûr, du webdoc, j'en referai. D'ailleurs, si le projet fonctionne, on avait déjà pensé élargir le concept au-delà des frontières de l'Inde. Ainsi, les parcours de femmes qui s'émancipent pourraient se décliner dans plusieurs pays et aborder plusieurs thématiques qu'on pourrait sélectionner grâce à des filtres : les mariages précoces, les meurtres liés à la dot, les veuves qu'on envoie se reclure dans des communautés isolées, le sport comme vecteur d'émancipation… Toujours dans cette logique d’éclairer un problème sociétal tout en illustrant les moyens mis en oeuvre pour en sortir, via des histoires qui, en général, se terminent bien.

Bien sûr, tout cela reste encore au stade de l'hypothèse. On a bien conscience qu'un projet de cette envergure n'a été rendu possible que dans le cadre du mémoire à l’IHECS, en partie financé par une collecte de crowdfunding et réalisé pendant nos deux dernières années d'études, sans aucun devoir de rentabilité derrière. C'était une chance de pouvoir réaliser ce genre de projet sans aucun compromis, si ce n'est une deadline fixée à 18 mois.

Quels sont les autres webdocs qui te plaisent ou qui t'ont inspirée ?

Puisqu'on voulait raconter des histoires, on cherchait surtout des webdocs qui explorent l’univers de la narration (au sens propre du terme) ou qui traitent de thématiques plus engagées. Bien sûr, on est forcément inspirés par des webdocs extrêmement bien foutus comme Connected walls, Slavery footprint, Providence, Climat sous tension, The Miracle Industry, etc. Ce sont des projets très immersifs qui nous font à chaque fois réfléchir sur une thématique propre et qui, techniquement, sont très impressionnants. On a alors très vite compris que pour qu'un webdoc fonctionne, peu importe la sensibilité ou l'importance du sujet, il fallait qu'il soit visuellement et techniquement attractifs. Sur le web plus qu'ailleurs, l'utilisateur opère un zapping ultra sélectif. Il ne s'agit plus seulement d'aborder une thématique intéressante, il faut aussi savoir la vendre en assumant toute la difficulté technique qu'impose le web - et c'est ce qui a rendu le challenge encore plus passionnant à mes yeux.

Enfin, je citerai un dernier coup de coeur pour le très chouette webdoc sportif Hors-Jeu. A nouveau, tous les ingrédients sont là : un univers visuel captivant, une interface claire et intuitive, l'idée géniale du jeu à collectionner pour découvrir de nouveaux contenus… Même en ignorant tout du monde du football, je me suis très agréablement prise au jeu. Et c'est là que le pari est réussi ! Amener un public qui a priori n’a aucune sensibilité pour un sujet à se plonger dans la thématique et "consommer" son contenu, c'est là toute la force du webdoc.

Que retiens-tu de ton stage chez RTBF Webcréation ?

Énormément de positif ! J'ai eu la chance d'intégrer une cellule jeune, dynamique et pleine d'ambition dans un environnement très créatif et stimulant. J'arrivais déjà très enthousiaste à l'idée de pouvoir travailler sur de beaux projets web comme Burkland, Hors-Jeu ou Génération Quoi ? et le lancement de l’appel à projets pour créer la prochaine websérie belge. C'est un environnement dans lequel je pouvais non seulement exploiter ma créativité pour promouvoir les projets, la mise en place du nouveau site, mais aussi observer et comprendre les ficelles du monde de la production. Autre chose qui m'a également beaucoup marquée : la cellule Webcréation est extrêmement audacieuse et innovante : elle ne ferme jamais ses portes à de nouveaux projets, de nouveaux défis et reste très attentives aux propositions qu'on lui fait. C'est une chance qui est donnée aux créateurs de proposer leurs idées et de propulser de nouveaux talents. C'est aussi ce qui fait le succès de cette petite équipe à laquelle j'ai eu le temps de beaucoup m'attacher. Et je leur souhaite encore beaucoup de réussite dans la suite de leurs activités que je continuerai à suivre avec beaucoup d'intérêt.

Le webdocumentaire : Inde, les portraits de craie