Le "YLAB" utilise le web pour changer le discours traditionnel sur l'immigration

Cette année, le Prix Italia s’est déroulé à Lampedusa sous le thème "Historytelling Now". L'équipe du YLAB a couvert l'événement et raconté l'histoire de l'île sur les réseaux sociaux pour changer le ton habituel des médias autour de la migration.

Le prestigieux festival qui se tient chaque année à Turin récompense les meilleurs programmes TV, radio et web européens. Pour sa 68e édition, il a investi le petit aéroport de l’île sicilienne. Cette relocalisation de l’événement était accompagnée d'une thématique forte, "Historytelling Now" (contraction de "history", l’histoire, et "storytelling", la narration), visant à recentrer physiquement les journalistes et leurs récits dans le cours de l’histoire.

En effet, de par sa situation géographique plus proche des côtes africaines que de la Sicile, l’île de Lampedusa est particulièrement touchée par les vagues migratoires venant des pays nord-africains et du Moyen-Orient.

En collaboration avec l’Union européenne des radiotélévision, le festival a réuni, sous l’appellation du "YLAB", une équipe de 6 jeunes journalistes web et experts en narration en ligne pour non seulement couvrir l’événement, mais surtout raconter l’histoire des gens de Lampedusa et leur rapport à l’immigration. Tout au long du festival, ils sont partis à la rencontre des habitants de l'île et de réfugiés afin de rapporter leurs histoires sur les plateformes du Refugee Stories Network qu’ils ont fondé. Pourquoi ? Pour renouveler le discours généralement adopté par les médias autour de la thématique : "invasion", "exode", utilisation de chiffres globaux et autres désignations négatives. Dans ses vidéos, photos et récits en ligne, le YLAB change la narration, revient à l'intime et au personnel et espère ainsi marquer une différence.

Ces jeunes, spécialement entraînés au journalisme sur mobile pour l’occasion, expliquent comment chaque personne rencontrée sur l’île est liée de près ou de loin aux migrants qui arrivent régulièrement chez eux. Chaque insulaire a une histoire à raconter : le charpentier de la ville construit des croix avec le bois des épaves. Le prêtre de la ville fait en sorte que chaque corps soit enterré avec dignité, cherchant les identités, les familles et les récits personnels de chacune des victimes pour leur rendre un dernier hommage. Les gardes-côtes et la Croix-Rouges sont experts en opération de sauvetage. Les écoles et le "comité du 3 octobre" accueillent chaque année des rescapés de l'important naufrage de 2013 pour qu’ils échangent avec les étudiants.

Peut-on, en racontant des parcours personnels, changer l’histoire ? C’est en tout cas le message que l’équipe souhaite transmettre sur leur site Refugee Stories Network, sur Instagram, Facebook, Twitter et YouTube.

Les participants du YLAB ont constaté que, contrairement à d’autres pays européens, les gens de Lampedusa, alors que directement confrontés aux arrivées massives de migrants, répondent par un sens de l’hospitalité et d'humanité hors du commun.