"Faire" : Yann-Eli change de métier pour être en phase avec lui-même !

Paul Vincent De Lestrade est la réalisateur du court-métrage "Faire" de la websérie documentaire "Virages" diffusée sur le compte instagram de la webcreation. Il fait le portrait de Yann-Elie, ingénieur du son, qui va décider de tout quitter pendant le confinement pour réaliser son rêve : faire pousser des plantes médicinales.

Rencontre avec Paul Vincent De Lestrade

Qu’est ce qui t’a donné envie de participer à ce projet ?

Tous mes courts-métrages (fictions comme documentaires) sont des portraits, c’est un genre que j’aime beaucoup travailler et j’avais envie de parler de ce qu’il se passe, de la période, de pouvoir en témoigner par un film… Donc pour moi c’était coup double, j’ai tout de suite envoyé ma candidature. Par ailleurs, j’étais en train de terminer le montage de mon film de fin d’étude et c’était une occasion inespérée de travailler avant même de sortir de l’école et de me confronter à l’exercice de la commande avec un cahier des charges assez strict, le challenge m’a tout de suite attiré.

Quels sont les défis que tu as dû surmonter pour réaliser ce projet ?

Le principal ça a été le temps imparti. Les timings de production étaient très serrés et trouver quelqu’un ayant vécu un changement important à cette période et voulant bien en témoigner devant une caméra n’a pas été une tâche facile. Plusieurs pistes n’ont pas abouti et ça a été particulièrement stressant. J’ai rencontré Yann-Elie à peine 10 jours avant le premier jour de tournage, c’est court pour créer une relation de confiance.

Pourquoi avoir choisi de faire le portrait de Yann-Elie ?

Ça s’est fait presque par hasard. Comme je l’ai dit, je peinais vraiment à trouver quelqu’un et c’est après une énième déconvenue que l’on m’a parlé de Yann-Elie, de son histoire… Je l’ai immédiatement contacté et dès notre première rencontre j’ai su qu’on allait pouvoir travailler ensemble. Le courant est passé immédiatement. Il avait quelque chose de très franc, de très touchant dans sa façon d’évoquer son parcours et ses choix et il comprenait l’importance d’en témoigner.

Dès notre première rencontre j’ai su qu’on allait pouvoir travailler ensemble.

Ton meilleur souvenir lors de la réalisation du projet ?

Je pense d’emblée au tournage du film chez Yann-Elie et à la ferme. Ça a été l’occasion de travailler avec deux excellents techniciens Victoire (à l’image) et Lancelot (au son) dans une atmosphère très agréable malgré le manque de préparation et le temps de tournage très restreint (deux jours.) Et puis c’était au moment du re-confinement, dans un contexte très particulier, et pouvoir filmer Yann Elie qui, d’une certaine manière, en avait tiré le meilleur pour être plus en phase avec lui-même c’était assez enthousiasmant. Loin des grands discours et des professions de foi, ça permettait de se dire qu’il y avait au quotidien des petites choses, des petits gestes très concrets à faire pour continuer à vivre malgré tout.

Et toi, est-ce que tu as déjà fait un virage dans ta vie ?

Je pense que j’ai vraiment pris un virage à 180 autour de mes 20 ans. J’étais quelqu’un de rationnel et pragmatique à outrance avec une tendance à basculer dans le cynisme. Et puis j’étais obsédé par la performance, l’excellence. Bref tout ce qu’il faut pour devenir quelqu’un d’assez triste et désagréable. Mais j’ai eu la chance de m’en rendre compte même si ça a été assez violent et de décider de changer. Après il y a encore du boulot à faire, chaque jour apporte son lot de remises en question mais j’ai le sentiment d’être sur une voie qui me correspond mieux et c’est l’important. Au fond on se rend compte qu’il y a des virages à prendre partout, il ne s’agit pas toujours de changer complètement de vie mais avant tout de continuer à se questionner, à douter de ses habitudes et des préjugés qu’elles charrient. C’est ce que raconte aussi Yann-Elie et l’essentiel est là à mon avis.