Dans "Virages", Sophie Soukias conjugue documentaire et instagram !

Sophie Soukias, réalisatrice de l’épisode "Aimer" de la série "Virages" parvient à nous transmettre sa vision d’auteure tout en épousant les codes des réseaux sociaux : un format vertical à consommer sur instagram.

Avec son court-métrage "Aimer", elle signe un portrait sensible et poétique qui nous emmène à la rencontre de Rabiya, une jeune femme belgo-pakistanaise devant se résoudre à enterrer sa mère décédée sur le territoire belge, rompant ainsi avec une tradition millénaire.

 

Rencontre avec Sophie Soukias

Qu’est ce qui t’as donné envie de participer à ce projet ?

L’opportunité de faire du cinéma. Je suis passionnée de cinéma documentaire, en tant que journaliste culturelle, j’écris beaucoup sur le sujet. En parallèle, cela fait deux ans que je réalise des vidéos pour l’Instagram du média (BRUZZ) pour lequel je travaille. Ce projet me semblait être une merveilleuse porte d’entrée vers le type de cinéma que j’aimerais faire un jour, tout en restant dans un format que je côtoyais déjà qui est celui des réseaux sociaux. Le défi de réaliser un court-métrage d’auteur pour Instagram et Facebook me semblait assez inédit et ça donnait envie de se jeter à l’eau. J’avais déjà filmé en format carré mais pas en vertical. Je suis finalement tombée sous le charme de ce format très particulier qui permet d’être au plus proche des sujets et de leurs émotions.

Le défi de réaliser un court-métrage d’auteur pour Instagram et Facebook me semblait assez inédit et ça donnait envie de se jeter à l’eau.

Quels sont les défis que tu as dû surmonter pour réaliser ce projet ?

Sachant que l’on voulait faire du cinéma d’auteur, y mettre notre propre vision artistique, les deadlines étaient extrêmement serrées. Cela impliquait de prendre des décisions, qu’il s’agisse de la réalisation ou du montage, très rapidement tout en essayant de maintenir le niveau d’exigence que l’on s’était fixé. Cela faisait déjà plusieurs mois que je me rendais au Cimetière Multiconfessionnel d’Evere pour y récolter des histoires et dans l’idée de peut-être un jour y amener une caméra, mais je n’avais pas pour autant un sujet. Lorsque le projet Virages a commencé, il a fallu agir très vite. J’ai rencontré Rabiya, la protagoniste de mon film, très tard dans le processus et je me dis que j’ai failli ne pas faire cette merveilleuse rencontre.

Pourquoi avoir choisi de faire le portrait de Rabiya ?

C’était une évidence. Un coup de cœur. On arrivait à la fin du tournage et après plusieurs tentatives, je n’arrivais pas à trouver cette personne qui allait porter le film. Ma chef opératrice et moi avons remarqué Rabiya alors que nous étions en train de balayer le cimetière avec le zoom de sa caméra. Elle poussait une brouette remplie de terre et soulevait une pelle très lourde pour recouvrir la tombe de sa mère. Il pleuvait et le vent soufflait, mais elle ne se laissait pas décourager. Il y avait déjà quelque chose de très narratif en elle qui s’est confirmé dès que j’ai commencé à lui parler. Ses paroles et ses gestes étaient empreints de poésie et de spiritualité. Je me sentais très connectée à ce qu’elle disait et à sa sagesse soufie. Cette poésie et cette spiritualité lui permettaient d’aller de l’avant malgré la douleur de la perte, je trouvais ça très beau.

Je me sentais très connectée à ce qu’elle disait et à sa sagesse soufie.

Ton meilleur souvenir lors de la réalisation du projet ?

Toutes les rencontres que j’ai faites au cimetière. Le directeur Ludo, ses employés, les bénévoles du cimetière, l’Imam Sayah et bien sûr Rabiya. Je retiens leur générosité, le fait de croire au message (d’amour) que je cherchais à faire passer dans le film et d’être décidés à m’aider dans ma tâche. Ils m’ont donné foi en le film. Toute cette aventure s’est révélée très spirituelle.

Et toi, est-ce que tu as déjà fait un virage dans ta vie ?

Depuis que je suis enfant, je rêve de réaliser des documentaires. Après des études d’Histoire, je travaille aujourd’hui comme journaliste et je saisis toute occasion de filmer. J’aime bien me raconter que je suis en train d’effectuer un virage.