Dans les coulisses du podcast radioactif Doulange

Chaque semaine, nous vous faisons découvrir deux nouveaux épisodes de Doulange, l'un des deux podcasts sélectionnés lors de notre dernier appel à projets conjoint avec la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Sur fond d'une enquête journalistique, ce podcast natif made in RTBF explore la question du nucléaire en Belgique.

Mais, au fait, comment crée-t-on un podcast natif ?
Pour l'équipe de Doulange, pas de longues journées d'enregistrement enfermés dans un studio : la série sonore est enregistrée (ou plutôt tournée) en situation réelle !

Entretien avec Caroline Prévinaire (auteure, comédienne, réalisatrice) et Xavier Guinotte (producteur, et sound designer).

Comment s'est déroulé l'enregistrement/tournage du podcast ?

Caroline Prévinaire : Les podcasts de fiction sont habituellement enregistrés dans l’environnement contrôlé d’un studio et tout l’univers sonore est réalisé séparément, jusqu’au froissement d’un vêtement. Ce dispositif demande un gros travail de post-production et laisse peu de liberté aux comédiens - être assis devant un micro alors que le personnage marche dans les couloirs d’une centrale nucléaire ou court dans la forêt, ça ne collait pas au réalisme que je cherchais - du coup, nous avons décidé de tout enregistrer en situation réelle. Tout se raconte du point de vue du téléphone en train d’enregistrer. Une conversation téléphonique est un vrai coup de fil et quand nous sommes dans la forêt, nous sommes vraiment dans une forêt !

Xavier Guinotte : C’était une contrainte technique certaine. Il a fallu concevoir avec les ingénieurs du son (David Henrard et Samuel Evrard) comment on allait enregistrer chaque séquence, avec quels micros, positionnés à quel endroit, etc. Mais elle était nécessaire pour trouver cette sensation d’un enregistrement “téléphone” que l’on aurait eu beaucoup de mal à recréer artificiellement. C’est ce côté brut, que nous avons ensuite sculpté avec des bruitages et du sound design, qui permet d’obtenir une “image sonore” riche, avec ses défauts également.

Quels sont les enjeux d'un tel format, par rapport à une production audiovisuelle ?

Xavier Guinotte : Bizarrement, nous avons plus fonctionné comme une production audiovisuelle que comme une fiction podcast. C’est plutôt dans la conception que les différences se marquent. La question qui revenait tout le temps n’était pas “qu’est-ce que l’on montre?” mais “qu’est-ce que l’on entend?”.

Caroline Prévinaire : Oui, les enjeux se placent différemment. D’abord dans l’écriture. La narration audio pose la question : comment rendre audible une larme ou un sourire, sans narrateur et sans rendre les dialogues explicatifs? Avec Katia Lanero et Audrey Bureau, tout au long de l’écriture, c’était une des préoccupations premières de notre pool d’auteures. En fait, il fallait rendre notre imagination aveugle, pour ne penser qu’en “sons”.

Et puis, dans la direction d’acteurs aussi. Les dialogues d’une série où d’un film sont rythmés et structurés par l’image, le cadre et le “champ-contrechamp”, c’est-à-dire : chacun son tour. Les comédiens intègrent très bien cette “politesse” que nous n’avons pas dans la vrai vie. Avec l’audio, on ne peut pas fonctionner comme ça, au risque de rendre l’action lente et qui sonnerait tout de suite faux. Les scripts ont donc été imaginés comme un canevas où les émotions et les objectifs devaient être clairs, mais, sur le terrain, une grande part a été laissée à l’improvisation. Les comédiens avaient la consigne de s’interrompre, de parler l’un sur l’autre, etc. pour ajouter de la dynamique à la scène.

Xavier Guinotte : En post-production aussi, il a fallu apporter beaucoup d’attention à l’univers sonore, puisque le public ne peut pas se reposer sur ses yeux. Les ambiances, les décors sonores soutiennent l’action et les personnages. Tous les sons doivent avoir une signification, un but, sinon, ils deviennent très vite parasites. Enregistrer en “situation” nous fait gagner du temps, certes, mais nous a parfois demandé d’être ingénieux à l’étape de la post-production.

Caroline Prévinaire : Finalement, on guide l’oreille de l’auditeur, mais il est obligé de faire la moitié du chemin. Il se crée sa propre image mentale qui ne sera pas celle du voisin. Il se fait son monde, ses décors, ses visages aussi. Et, ce faisant, il devient acteur du podcast, beaucoup plus qu’un spectateur devant son écran.

Quelle est votre expérience par rapport au podcast ou à la production pour le web en général ?

Xavier Guinotte : Le podcast, c’était très nouveau pour tous les membres de l’équipe. Mais c’est une expérience qu’on est prêts à recommencer demain. Les Visions Productions ont déjà quelques projets sur la table.

Caroline Prévinaire : Ce qui nous amuse, c’est d’explorer de nouvelles manières de raconter les histoires, comme l’humanité le fait depuis toujours en fait. Et le Web, c’est un nouveau champ d’exploration et d’expérimentation qui s’ouvre à nous. Pour créer autrement, pour raconter autrement. Le Web fait sauter toutes les barrières, toutes les segmentations de public... Et Doulange c’était une première expérimentation qui nous laisse une seule envie : explorer plus loin.

Retrouvez tous les épisodes de Doulange

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