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Réchauffement climatique et vin ne font pas forcément bon ménage

Le réchauffement climatique va-t-il tuer le vin ? C’est la question à laquelle répond Fabrizio Bucella, œnologue et chroniqueur dans Vivre Ici Bruxelles.

Il semble bien que le réchauffement climatique ne soit pas tout à fait positif pour le bon petit bourgogne. Une étude toute récente de chercheurs espagnols a mis le feu aux poudres, pour filer la métaphore de la fournaise. Le vin pourrait disparaître des pays producteurs dans quelques dizaines d’années. Vous comprenez que le résultat des simulations a fait froid dans le dos des chercheurs.

Les savants ont analysé deux scénarios

Avec un réchauffement à 2 degrés d’ici la fin du siècle, ce sont 56% des surfaces plantées qui disparaîtraient. Avec un réchauffement à 4 degrés, ce seraient 85% ! Les pays les plus touchés se situent dans le sud de l’Europe. L’Italie et l’Espagne perdraient la presque totalité de leur vignoble. En contrepartie on vendangerait allègrement en Belgique et aux Pays-Bas. Attention, il faudra bien prier Sainte-Rita patronne des causes désespérées pour que les terres basses de nos voisins bataves ne soient pas inondées.

Cependant, on peut retarder l’inéluctable. Pour combattre le soleil, les domaines vinicoles possèdent quelques atouts dans leur sac à malice : filets protecteurs, réduction du ratio de la surface foliaire sur la masse de raisin ou choix de porte-greffe moins productifs.

Les scientifiques secouent cependant les placides et ceux qui ne croient pas en Madame Thunberg : tous ces brise-lames fonctionneront à court terme, tant que le réchauffement restera contenu. Dans quelques dizaines d’années, ils seront submergés par la vague de chaleur.

Il est un point qui ne fait pas l’objet de la recherche : la bataille de l’eau. Avec de telles températures, l’irrigation sera d’office, mais les nappes phréatiques et les ruisseaux pourront-ils tout assumer ? Les derniers étés de sécheresse ont déjà montré à quel point le milieu agricole était sensible à cette variable, sans compter des captations supplémentaires par les vignerons.

Que faire ?

Il existe une dernière possibilité pour tenter de sauver les meubles : modifier substantiellement le matériel végétal. L’Inra procède à des essais à Bordeaux avec des croisements métis de cépages (ce sont les plants de vigne) comme cabernet sauvignon et grenache en rouge, baroque (cépage du Gers) et chardonnay en blanc. On essaye également deux variétés transpyrénéennes : touriga nacional portugais (rouge) qu’il faudrait rebaptiser inter-nacional, et alvarinho (blanc).

L’inquiétude profonde concerne les régions viti-vinicoles apanage d’un seul cépage, à l’instar du pinot noir bourguignon. Les savants ont fait tourner les machines. Leurs simulations donnent une avance de 24 jours – c’est presque un mois – sur la véraison du pinot noir bourguignon dans le scénario à 4 degrés (la véraison est le changement de couleur du fruit, étape qui précède la maturation).

Pessimiste ou réaliste ?

Plus la simulation climatique est récente, plus elle est sévère. Ce n’est pas rassurant. Des scientifiques français, qui ne sont pas le prototype d’activistes extrémistes, postulent un réchauffement de 2 degrés en 2040 et jusqu’à 7 degrés en 2100 – on explose donc tous les scénarios dont nous avons parlé. Il est à craindre que ces chiffres ne soient plus terribles dans les prochains rapports.

Pour répondre aux inquiétudes : le vin ne disparaîtra pas, cette affaire dure depuis trop longtemps. Par contre, sans adaptation de nos pratiques, de notre matériel végétal et, surtout, d’une action globale contre le réchauffement climatique, on risque fort de déguster les derniers millésimes de pinot noir beaunois. Il est encore temps de se ressaisir. À bon entendeur…

Sur ces sages pensées, n’oubliez pas qu’il n’y a jamais qu’une solution, c’est la dégustation.

Prenez soin de vous Olivier. À la semaine prochaine.
Chaque vendredi, Fabrizio Bucella nous livre ses pépites sur le monde du vin dans Vire Ici Bruxelles. N’hésitez pas à aller faire un tour sur le site de son école d’œnologie Inter Wine and Dine pour en savoir plus. Il propose également des cours gratuits en ligne les vendredi et samedi à 18h sur sa chaîne Youtube.

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