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C'est l'histoire d'un animal : Quand les animaux déclenchent la guerre…

Alain Jourdan, chroniqueur pour le site animalhisto.fr, vous fait voyager dans le temps. 
 

Les bagarres pour des proies à chasser par des hommes issus de clans rivaux ont dû être nombreuse durant la préhistoire, certainement aussi des guerres pour des territoires de chasse, mais des guerres ayant pour cause un ou des animaux, il faut avouer que c’est une raison qui n’apparaît jamais dans les livres d’histoire et pourtant en voici quelques-unes des plus loufoques… et qui ont eurent lieu bien après la préhistoire…

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15 000 morts pour une vache !

Entre 1275 et 1280, sur le territoire de l’actuelle Belgique, le vol d’une vache fut la cause d’une guerre qui mit à feu et à sang une soixantaine de villages du Condroz et fit plus de 15 000 morts.

Cette guerre est entrée dans l’histoire sous le nom de " Guerre de la vache de Ciney ".

Voici le récit qu’en fait Jean d’Outremeuse :

" Trois frères nobles et riches, Jean de Goesnes ; Raes, châtelain de Beaufort et Richard, seigneur de Fallais se rendent en 1275, à Andenne où il y avait joutes de chevaliers.

Ces joutes duraient une semaine et pendant la journée était organisée une foire où les cultivateurs amenaient leurs bœufs, moutons, vaches et porcs.

Un paysan de Jallet sous Goesnes, nommé Engoran, y amène une vache qu’il avait volée quelques jours auparavant à un bourgeois de Ciney nommé Rigaud Corbion.

Ce dernier reconnaît sa vache et s’adresse donc au maïeur de Ciney et bailli du Condroz, Jean de Hallois, afin qu’il fasse justice. Le maïeur amène le voleur à des aveux et l’engage à reconduire la vache à Ciney, en lui promettant pleine sécurité et impunité.

Le paysan, se fiant à cette promesse, reconduit la vache à Ciney, mais dès qu’il fut sur le territoire de la ville, les sergents qui l’accompagnaient l’arrêtent et le jettent en prison. La cour de Ciney le condamna ensuite à mort et le bailli le pendit.

Cet acte de justice brutale fut très bien accueilli dans le Condroz ; mais le seigneur de Goesnes, le considérant comme une atteinte grave portée à ses prérogatives, en fut vivement courroucé.

D’ailleurs le bailli du Condroz ne pouvait exercer aucun pouvoir ni à Goesnes ni à Andenne qui étaient du comté de Namur.

Le bailli, par contre, pensait que le délit ayant été commis à Ciney, qui était du pays de Liège, l’auteur devait être jugé et puni en ce pays.

Jean de Goesnes, au lieu de s’adresser à la justice du prince de Liège, courut aux armes. Il assemble ses gens et, après avoir pillé Ciney, il brûle tout dans le district.

Le bailli du Condroz lui rend la pareille en pillant et brûlant le hameau de Jallet.

Les frères de Jean de Goesnes, quoique vassaux du prince de Liège, prirent fait et cause pour leur parent et amenèrent des renforts considérables.

Constatant tous ces désordres, les habitants du Condroz, de Dinant et de Huy se rendent à Liège pour se plaindre et demander secours au prince, Jean d’Enghien.

Celui-ci était un prélat distingué par ses connaissances, un habile docteur en théologie, mais il n’avait aucun goût pour les exercices violents de la chevalerie auxquels son extrême embonpoint le rendait d’ailleurs peu propre.

Il conseille donc d’employer d’abord les moyens pacifiques de la négociation et de la transaction.

Les Liégeois, exaspérés de la conduite de leur prince, résolurent d’entrer en campagne malgré lui ; l’on convoqua les milices urbaines et rurales et on en confia le commandement à Burchard d’Avesnes, frère du comte de Hainaut et chanoine de Saint-Lambert.

Le 7 octobre 1275, le magistrat de Liège enjoint de rassembler au plus vite les vassaux de l’Église de Liège ; il fait en même temps sonner la cloche du ban et crier l’ost au perron par les échevins.

À la nouvelle de ces préparatifs formidables, les seigneurs de Goesnes, de Fallais et de Beaufort cherchent à leur tour de nouveaux alliés ; ils trouvent rapidement, pour entrer dans la ligue, le duc de Brabant, les comtes de Flandre, de Namur et de Luxembourg.

La guerre prend alors des proportions beaucoup plus vastes. Le comte de Namur entre en Hesbaye et s’empare de Warnant, pendant que le comte de Luxembourg assiège et brûle Ciney.

De l’autre côté, les Liégeois et les Hutois, réunis aux paysans du Condroz, pénètrent sur le territoire des princes confédérés et mettent tout au pillage.

Cette guerre affreuse se continue ainsi pendant trois ans avec des chances à peu près égales ; elle coûta cependant la vie à quinze ou vingt mille hommes.

Enfin fatiguées de tant de dévastations, les différentes parties acceptent la médiation du roi de France et concluent la trêve.

En 1278, Philippe le Hardi, décide que les torts causés de part et d’autre se compensent et que les seigneurs de Beaufort et de Fallais relèveraient leurs fiefs de l’église de Liège, comme anciennement ".

Quant à Jean d’Enghien, qui pendant les troubles, n’avait pas quitté Liège un seul instant, il laissa conclure la paix comme il avait laissé faire la guerre, sans y prendre aucune part directe. Prince indolent, n’aimant que son repos, il ne sortait presque jamais de son palais épiscopal et négligeait les soins les plus importants de son diocèse.

En 1859, Américains et Anglais entrèrent en guerre à cause du meurtre… d’un cochon

L’histoire commence en 1846, lorsque les États-Unis et l’Angleterre ratifient le traité de l’Oregon, un traité dont l’objectif est de mettre fin à un litige frontalier qui dure depuis des années entre les deux pays.

Ce traité précisait que la frontière entre les États-Unis et la Colombie-Britannique une province du Canada, suivrait le 49e parallèle, une ligne de séparation toujours valable aujourd’hui.

Si théoriquement cela semble simple, la réalité du terrain est beaucoup plus compliquée, car un ensemble d’îles situées au sud-ouest de la ville de Vancouver pose un problème, et bien que le traité précise que la frontière " traverse le détroit séparant le continent de l’île de Vancouver ", cette ligne de partage va être à l’origine de grosses tensions.

San Juan est l’une des îles les plus importantes de cet archipel, et sa position stratégique à l’embouchure du détroit va pousser les États-Unis et l’Angleterre à en revendiquer la souveraineté lorsque leurs ressortissants vont commencer à s’y installer.

En 1859, les Britanniques sont majoritaires sur l’île, et leur présence est renforcée par l’arrivée de la Compagnie de la Baie d’Hudson, qui y installe un élevage de moutons. Au même moment, 20 à 30 colons américains arrivent sur l’île et y élisent domicile.

Au départ les deux groupes d’habitants entretiennent plutôt de bons rapports, mais cela ne va malheureusement pas durer.

Le 15 juin 1859, un porc appartenant au Britannique Charles Griffin se rend sur les terres du fermier américain Lyman Cutlar et commence à manger ses pommes de terre. Fou de rage, Cutlar abat l’animal.

Lorsque Griffin apprend la mort de l’animal, il se rend sur les terres de Cutlar afin d’obtenir des explications. Cutlar lui propose 10 dollars en compensation, mais Griffin refuse catégoriquement et dénonce le fermier américain aux autorités britanniques locales qui menacent de l’arrêter.

Cet incident provoque la colère des citoyens américains de l’île qui ripostent en demandant la protection de l’armée américaine.

La demande arrive jusqu’au général américain William S. Harney qui est ouvertement anti-britannique et qui impulsivement envoie une compagnie de 66 hommes de la 9e division d’infanterie américaine à San Juan le 27 juillet 1859.

Lorsqu’il apprend la nouvelle, James Douglas, alors gouverneur de la Colombie-Britannique, décide d’envoyer, lui, trois navires de guerre britanniques.

Dans les mois qui suivent, la tension grimpe et les deux pays renforcent leur présence militaire dans la région, et bien qu’en infériorité numérique, les troupes américaines refusent catégoriquement de quitter l’île de San Juan.

Il faut attendre l’arrivée de l’amiral Robert L. Baynes, commandant en chef de la marine britannique dans le Pacifique pour que les choses évoluent.

James Douglas ordonne à Baynes de débarquer ses troupes sur l’île de San Juan et d’engager le combat avec la neuvième division d’infanterie américaine, mais ce dernier refuse en déclarant qu’il " n’impliquerait pas deux grandes nations dans une guerre née d’une querelle au sujet d’un cochon ".

Les échos de cet étrange conflit arrivent finalement jusqu’à Washington et Londres, et les fonctionnaires des deux nations sont sidérés par le fait qu’une banale dispute soit devenue une impasse impliquant 3 navires de guerre, 84 canons et plus de 2 600 hommes.

Craignant que la situation ne s’aggrave davantage, les deux parties entament rapidement des négociations, et décident finalement que les États-Unis et la Grande-Bretagne devront maintenir une présence militaire inférieure à 100 hommes sur l’île jusqu’à ce qu’un accord formel puisse être trouvé.

Les Britanniques installent leur camp au nord de l’île, tandis que les Américains se regroupent au sud. Il faut finalement attendre 1872 pour qu’une commission internationale menée par le Kaiser Wilhelm Ier d’Allemagne place l’île sous le contrôle des Américains, et mette définitivement un terme à la Guerre du Cochon.

Aujourd’hui, les camps britanniques et américains peuvent encore être visités sur l’île de San Juan. Fait intéressant : il s’agit du seul territoire appartenant aux parcs nationaux des États-Unis où un drapeau étranger est régulièrement hissé. Il a été gracieusement offert au pays par le gouvernement britannique, en signe d’amitié.

Une guerre pour des oiseaux et leur fiente

Une guerre pour des îles, habitées principalement par des oiseaux, des oiseaux synonymes de richesse a opposé l’Espagne au Chili, au Pérou, à la Bolivie et à l’Équateur.

Le conflit commença en 1864 par l’occupation par l’Espagne des îles en question, les îles de Chincha et prendra fin avec un traité de paix signé à Lima, le 12 juin 1883 soit 19 ans plus tard. 

Ce conflit a pour origine plus lointaine la guerre d’indépendance du Pérou, qui s’était déroulée de 1820 à 1824. 

La révolution matée, dans le texte de la capitulation, le Pérou reconnaissait avoir des dettes envers l’Espagne, mais, les Espagnols rentrés chez eux, les Péruviens refusèrent de les honorer tant que l’Espagne ne reconnaîtrait pas leur indépendance.

En 1864, l’Espagne, qui n’a toujours pas reconnu l’indépendance du Pérou, entendait se faire payer les sommes dues par ce qu’elle considérait encore comme une colonie rebelle.

Pour arriver à leurs fins les Espagnols envoyèrent des navires au large des côtes péruviennes puis ils firent route au sud pour s’emparer des îles Chincha. Des milliers d’oiseaux marins comme les cormorans de Bougainville et les pélicans péruviens dont elles sont recouvertes et surtout ce qu’ils produisaient et produisent toujours en grande quantité c’est-à-dire du guano.

À cette époque le guano est le principal produit d’exportation et la première source de revenus du pays.

Il faut dire que, alors que les engrais chimiques n’existent pas encore, le guano constitue le meilleur des fertilisants et c’est l’engrais le plus utilisé au monde.

Des centaines de milliers de tonnes de guano partent chaque année vers l’Europe et les États-Unis.

Les îles Chincha constituaient donc une ressource financière très importante pour le Pérou et de ce fait une monnaie d’échange très intéressante pour les Espagnols.

Les Espagnols envoyèrent des navires de guerre. Il y eut de nombreux combats navals, le bombardement du port de Valparaiso après que le Chili aura rejoint dans la lutte le Pérou comme le feront par la suite l’Équateur et la Bolivie.

En 1866 les Espagnols estimant avoir atteint leur objectif, qui était de punir le Pérou et non de l’envahir rentrèrent chez eux. 

Un accord d’armistice sera signé en 1871, à Washington entre l’Espagne, la Bolivie, le Chili, l’Équateur et le Pérou qui selon eux, ont remporté cette guerre puisque les Espagnols ont battu en retraite.

L’Espagne reconnaîtra l’indépendance du Pérou en 1880, établira des relations diplomatiques et signera un traité de paix et d’amitié définitif la même année.

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En 1932, l’Australie a déclaré et perdu une guerre contre des oiseaux

Le major Meredith vétéran du premier conflit mondial, officier dans le corps d’artillerie lourde australien, va se trouver en charge d’un autre conflit peu banal, quelques années plus tard. Voici donc son parcours plus ou moins particulier dans une guerre étrange, mais bien réelle qui se déroulera en Australie.

Nous sommes en 1932, l’Australie a comme beaucoup de nations à cette époque subi la conséquence du krach boursier de 1929.

Le gouvernement australien met en place une politique visant à inciter les vétérans de la Première Guerre mondiale à développer l’agriculture et les terres cultivées en blé afin de permettre des récoltes supérieures et d’accroître ainsi les revenus.

Le gouvernement promet des aides financières et bon nombre de vétérans vont agrandir leurs cultures et constituer des réserves d’eau importantes afin de pouvoir irriguer les cultures lors de l’été austral. Ce n’était pas sans compter que ces nouveaux espaces vont attiser et être convoités par un envahisseur imprévu. Cet envahisseur effrayant, vilain et barbare, c’est l’émeu.

L’émeu est un volatile " qui ne vole pas, ses ailes sont inadaptées à cet exercice ", mais qui a morphologiquement les caractéristiques suivantes : une taille de deux mètres environ, de petites ailes, un long cou, de grandes pattes à trois doigts. Cet oiseau est capable de courir longtemps à une vitesse de 7 kilomètres-heure et avec des pointes à 50 kilomètres-heure. Il a un gros appétit. La femelle pond les œufs couvés uniquement par le mâle qui ne quitte pas le nid pendant toute la couvaison. Pendant cette période, il vit sur ses réserves.

L’émeu vit sur les côtes Australiennes où il nidifie, et ensuite regagne l’intérieur des terres pour l’été austral.

Il en résulte qu’un groupe avait l’habitude de migrer chaque année dans le district de Campion (au sud-ouest de l’Australie) avec un trajet immuable dans un territoire devenu enchanteur de champs de blé et de réserves en eau.

Nos " envahisseurs " décidèrent donc d’y établir domicile. En effet, le lieu était agréable, la nourriture abondante et excellente.

Ce fut donc un groupe d’environ 20 000, individus qui pénétrèrent en force dans ce territoire, effrayant les villageois, mâchouillant à plaisir les épis, retournant la terre avec leurs énormes pattes ; en bref après leur passage les champs avaient un aspect de désolation.

Nos braves fermiers agacés par ces désordres, vitupèrent et souhaitent reprendre la situation en main.

Ces victimes vont s’adresser au gouvernement australien en demandant une action d’urgence. À cette époque le ministère de la Défense australienne est sous l’autorité du Sénateur sir George Pearce un ancien combattant de 1914-1918. Sa réaction ne se fera pas attendre !

" On ne va pas laisser une bande de volatiles impétueux détruire nos cultures au détriment de nos administrés ", pense-t-il.

Fort de ces convictions, on créée une " Task force " qui sera commandée par un autre vétéran de 1914-1918 le major G.P.W. Meredith du 7e corps d’artillerie lourde d’Australie. Cette unité aura pour mission de repousser " manu militari " cette invasion aviaire et barbare.

On équipe l’unité de la fameuse mitrailleuse lourde " la Lewis gun " qui a fait preuve d’efficacité lors du conflit précédent. Sûrs de leur victoire, nos soldats australiens partent au combat avec allégresse.

L’organisation de l’unité a été précisée par le ministre, l’utilisation des mitrailleuses et les munitions sont réservées aux militaires, les fermiers quant à eux assurent la logistique et le ravitaillement et payent les munitions utilisées.

Le branle-bas de combat est lancé en octobre 1932.

Notre Major joue de malchance, le combat est retardé du fait de fortes pluies. Malgré tout, le 2 novembre la pluie cesse, on aperçoit un groupe de cinquante émeus, mais après les premiers tirs il faut se rendre compte que l’ennemi est hors de portée.

Nos fermiers afin de rabattre les assaillants vers les militaires tendent une embuscade. À cette manœuvre, les émeus répondent par une dispersion en petits groupes avec rapidité. Le résultat de cette première rencontre qui ne fit aucun blessé.

Le 3 novembre, la Task force rencontre 1000 émeus, étant à portée du tir, seulement 12 oiseaux sont tués, car la mitrailleuse s’enraye !

Les survivants s’échappent. Le major est décontenancé. On décide donc de changer de stratégie et de monter les mitrailleuses sur un camion afin de gagner en rapidité. Cette initiative ne sera pas couronnée de succès. Les soubresauts du camion sur un terrain accidenté ne permettent pas au tireur une précision parfaite. C’est de nouveau un échec.

Le rapport officiel vers le 8 novembre précisera : " on ne déplore aucune perte dans le rang des hommes… "

On conviendra qu’une attaque d’un groupe compact est quasiment impossible et que les barbares émeus ont entrepris une tactique de guérilla.

La Chambre des Représentants discute de cette situation, la presse relate le manque d’efficacité. Après un arrêt des hostilités de quelques jours, le Premier ministre James Mitchell décide de reprendre l’offensive.

On constatera, en décembre, que 9860 balles ont été tirées et 986 " envahisseurs " ont été tués. On pense et évalue qu’environ 2500 volatiles ont été blessés.

L’armée se retire et on note que la " Grande Guerre des Émeus " est un échec cuisant face à des volatiles tenaces et résistants.

L’armée australienne " qui vient de perdre une guerre contre des émeus " et qui finalement reconnaît sa défaite devient la risée du pays. Les oiseaux gagnent même la sympathie de l’opinion publique,

En 1934, 1943 et 1948, les agriculteurs réclament encore le retour de l’armée, mais cette fois le gouvernement refuse. Finalement en 1953 des clôtures antiémeus sont finalement installées, réglant le problème une bonne fois pour toutes.

Si pendant des années les émeus ont été chassés, depuis 1999, une loi fédérale les protège. Aujourd’hui, ils semblent plus nombreux qu’avant la colonisation européenne.

Retrouvez Alain Jourdan de animalhisto.fr, chaque dimanche dans Viva Week-end vers 7h40, pour l'histoire d'un animal.

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