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C'est l'histoire d'un animal : La Légende de Romulus et Rémus

Alain Jourdan, chroniqueur pour le site animalhisto.fr, vous fait voyager dans le temps. 
 

 

 

À partir de différentes légendes orales, les auteurs romains, déjà, ont rédigé une histoire complète de la fondation de Rome.

La légende débute avec l’arrivée du Troyen Enée sur les rives du Tibre où il fonde la cité d’Albe. Quelques années plus tard, son fils Amulius, rongé par la jalousie, vole le trône à son frère aîné Numitor.

Afin d’éviter que les descendants de son frère ne viennent un jour lui réclamer le trône usurpé. Amulius oblige sa nièce à devenir une vestale, prêtresse consacrée à Vesta, la déesse du foyer domestique.

Vouées à la chasteté, les vestales encouraient la mort si elles rompaient leurs vœux ou laissaient s’éteindre le feu sacré. Or, Rhéa Silvia est séduite par Mars, le dieu de la Guerre, qui lui apparaît sous les traits d’un beau jeune homme. Enceinte, Rhéa Silvia est condamnée à être emmurée vivante. Elle accouche de jumeaux.

Amulius, qui craint pour son trône, place les petits dans un berceau et les jette dans le Tibre.

Ils sont miraculeusement portés par les eaux jusqu’au mont Palatin. Recueillis par une louve, les deux frères grandissent dans la grotte de Lupercales et sont adoptés par un couple de bergers.

Ils grandissent parmi les bergers et devenus de jeunes adultes robustes, ils tuent Amulius et rétablissent leur grand-père Numitor sur le trône d’Albe. Cela accomplis, ils retournent à l’endroit même où ils avaient été abandonnés, pour y fonder leur propre ville.

Près de l’embouchure du Tibre, il existait sept collines : les monts Aventin, Cælius, Capitole, Esquilin, Palatin, Quirinal et Viminal.

Romulus et Rémus n’étaient pas d’accord sur l’endroit où devait se fonder la ville, ils décidèrent donc d’observer le vol des oiseaux.

C’est Romulus qui l’emporta, car il vit douze vautours survoler le Palatin et Rémus qui avait choisi l’Aventin n’en aperçut que six.

Romulus, désigné par le ciel comme fondateur et roi de la future cité, trace un sillon dans la terre pour marquer son enceinte au sommet du mont Palatin et jure de tuer quiconque la franchirait.

Rémus, pour défier son frère désobéit et pénétra à l’intérieur en se moquant de son jumeau, celui-ci, pour montrer que nul ne pouvait bafouer impunément son autorité et le côté sacré de l’enceinte, le tua et devint le premier roi de Rome.

Cet événement aurait eu lieu le 21 avril de l’an 753 avant Jésus-Christ, date à laquelle les Romains célèbrent désormais Natale di Roma, la naissance de leur ville.

 

Les enfants sauvages recueillis par des animaux

Cela nous amène à considérer le phénomène des enfants sauvages un des mythes récurrents de nos civilisations est celui de l’enfant sauvage élevé par des animaux. Les variations de ce phantasme sont nombreuses, allant de l’enfant-singe à l’enfant-loup, en passant par l’enfant-gazelle ou l’enfant-cochon. Ce qui nous frappe, c’est la pérennité de cette image et la prolifération de cas dans le monde jusqu’à la première moitié du XXe siècle.

Depuis les récits mythologiques jusqu’à l’époque actuelle, l’enfant sauvage hante nos imaginaires, affleure dans nos légendes, traverse nos récits littéraires, reparaît de façon cyclique dans nos journaux, les livres et les films comme les Ovnis.

Il nous fascine sans doute, nous renvoyant une autre image de notre condition humaine pas si éloignée de ce que fut notre période animale

Ces récits d’enfants élevés (ou ayant été élevés) par des animaux sauvages évoquent des loups, des ours ou d’autres animaux hostiles, ayant adopté un enfant comme l’un des leurs.

Sur un plan purement du comportement des espèces animales, une telle adoption n’est possible que si l’animal adoptant vient de perdre sa propre descendance et manifeste encore l’instinct maternel ou paternel de protection, et vit seul : dans toute autre configuration, l’enfant est une proie à dévorer (pour les compagnons de l’animal adoptant, s’il vit en groupe) ou bien une gêne (cas des herbivores ou omnivores en cas de nécessité de fuir).

Parmi la cinquantaine de cas recensés depuis quelques centaines d’années les plus abondamment discutés par des témoins et des scientifiques, sont au nombre de 5 ou 6 seulement.

Des enfants se sont associés avec un chien ou une bande de chiens errants. Pour les loups, dans l’histoire de l’humanité, des nourrissons furent recueillis par des louves solitaires, mais jamais par une meute complète.

Dans tous ces cas, l’association enfants-animaux fonctionnait très bien sur le mode des services mutuellement rendus entre membres d’une même collectivité.

Mais en réalité on ne trouvait, émergeant des bois qui les avaient abrités plus ou moins longtemps, que des enfants imbéciles, fugueurs, perdus ou abandonnés par leurs parents, lors de guerres ou de famines.

Ces petits ensauvagés modernes ont chaque fois suscité l’émoi des gens, qui les confondait hâtivement, parfois abusivement, à l’image de leurs prédécesseurs mythiques et historiques, dont ils sont loin pourtant de partager systématiquement les caractères types.

Souvent ils n’avaient jamais perdu l’usage de la parole ni adopté une démarche tendant vers la quadrupédie. Mais les journalistes, prompts à renouer avec la part sauvage de notre propre image, ont aussitôt établi, quitte à forcer le trait, des liens entre ces enfants et de supposés enfants sauvages

 

Entre arnaque et drame quelques cas d’enfants élevés avec des loups ou des chiens

Amala et Kamala, les " fillettes-louves ", découvertes en 1920 en Inde.

Selon les experts qui ont ouvert les archives relatives à ce cas, il s’agit de la plus grande escroquerie relative aux enfants-loups : Kamala était une fillette déficiente mentale battue par un escroc, Singh, afin qu’elle marche à quatre pattes devant les visiteurs.

Oxana Malaya, en Ukraine, dans les années 1990 a grandi avec des jusqu’à l’âge de huit ans bien qu’il ne soit pas clair si elle a vécu totalement séparée des gens.

Andreï, un garçon de 7 ans élevé par un chien de garde dans la région de l’Altaï, a été découvert en juillet 2004.

Lyokha, que l’on a dit, sans preuve, élevé par des loups, a été retrouvé en décembre 2007 en Russie. Pris en charge dans un hôpital de Moscou, il s’est échappé et on le soupçonne de vivre de nouveau à l’état sauvage.

Natacha, une fillette de cinq ans, est retrouvée à Tchita en Sibérie en mai 2009. Elle était enfermée dans une pièce insalubre avec des chats et des chiens : elle se comportait comme un chien lapait, sautait et aboyait pour communiquer.

Alors a-t-on eu affaire à un phénomène comme celui-là pour Romulus et Rémus ?

Peut ont imaginer deux enfants lourdement handicapés renversant un usurpateur, ayant envie de créer une citer et d’en devenir le roi… certainement pas.

Déjà à l’époque romaine le célèbre Tite Livre fait part de ses doutes en écrivant

" Quant aux récits relatifs à la fondation de Rome ou antérieurs à sa fondation, je ne cherche ni à les donner pour vrais ni à les démentir : leur agrément doit plus à l’imagination des poètes qu’au sérieux de l’information. On accepte que les Anciens mêlent les dieux aux affaires humaines pour donner plus de majesté à leur ville […] Toutefois quelle que soit l’attention ou la valeur qu’on accorde à ces récits et à d’autres semblables, je ne leur accorderai pas beaucoup d’importance. J’aimerais au contraire que l’intérêt se concentre sur le climat social et moral, sur les individus, sur les moyens civils et militaires qui ont permis et développé la puissance romaine. "

Et effectivement quand on étudie de plus près cette légende on connaît l’épisode de la Louve, s’il est là pour le merveilleux est certainement à remplacer par un certain Faustulus, le chef des troupeaux royaux qui découvre les enfants, les ramène chez lui et les confie à celle avec qui il vit sans être marié. Et comme cette Laurentia s’adonnait au plus vieux métier du monde et était donc une prostituée ce que les Romains surnommaient une Lupa, une louve.

Ce surnom leur était donné soit parce que ces prostituées la nuit imitaient le cri du loup pour signaler leur présence aux clients un peu comme le fait le loup qui chasse. Il se peut aussi que cela fasse référence à la femelle du loup, qui aurait une grande activité sexuelle ou encore au fait que depuis la plus haute Antiquité, les participantes aux orgies se revêtaient de peaux de loups, d’où l’assimilation.

Il suffit de penser au mot que nous utilisons toujours et qui est " lupanar et qui déjà à l’époque était le mot employé par les Romains pour désigner “tanière de loup”, mais surtout comme aujourd’hui, le bordel.

Ce serait donc par un jeu symbolique que les chroniqueurs latins auraient créé le mythe de la louve biologique mère de Rémus et Romulus, tirant parti de la puissance redoutable de l’animal au profit de leur cité.

Si on en revient donc à la légende, peut-être des enfants abandonnés, peut-être des frères, mais la “Lupa” qui adopte Romulus et Rémus était une prostituée… mais vous imaginez le premier roi de ce qui deviendra la plus brillante ville du monde sauvé par une prostituée certains ont préféré inventer une histoire de louve plutôt que d’admettre ça !

On n’aurait pas pu concevoir les armoiries de Rome représentant une femme à moitié nue sous un panneau Lulu La Turlutte…

Retrouvez Alain Jourdan de animalhisto.fr, chaque dimanche dans Viva Week-end vers 7h40, pour l'histoire d'un animal.

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