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Coronavirus : "S'il y a bien un moment où il faut être solidaire avec les familles précarisées, c'est aujourd'hui"

Coronavirus : "S'il y a bien un moment où il faut être solidaire avec les familles précarisées, c'est aujourd'hui"
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Coronavirus : "S'il y a bien un moment où il faut être solidaire avec les familles précarisées, c'est aujourd'hui" - © PRYZM.be

Yves Kayaert, directeur de l’Itinéraires AMO, nous raconte la situation inédite que le service est en train de vivre suite à la crise sanitaire du COVID-19.

L’Itinéraires AMO est un service d’aide en milieu ouvert qui accompagne individuellement des jeunes âgés de 0 à 22 ans éprouvant des difficultés d’ordre familial, scolaire ou juridique.

Active à Saint-Gilles (Bruxelles), l’association a, depuis l’annonce du confinement, été contrainte de cesser ses activités, privant son public déjà précarisé d’ordinaire de l’accompagnement dont il a besoin. Plus grave encore, par leurs contacts téléphoniques fréquents avec leurs bénéficiaires, les accompagnateurs réalisent rapidement que la situation s’aggrave de jour en jour dans les foyers.

L’urgence sociale est incontestable : la nourriture vient à manquer dans les familles et les acquis scolaires et sociaux s’amenuisent.

Comment le confinement a-t-il changé votre manière d’accompagner votre public ?

Yves Kayaert : Puisque nous n’avons plus la possibilité d’aller à la rencontre des jeunes, nous avons mis en place toute une série de mécanismes pour rester en contact avec eux. On ne peut décemment pas les abandonner à leur sort, alors on a pensé à des solutions en fonction de leur âge. Par exemple, l’une de nos éducatrices enregistre des histoires en vidéo afin de garder un lien avec les tout-petits. Ça permet également de maintenir les acquis. Il faut se rendre compte qu’on s’adresse à des enfants défavorisés qui ne disposent pas toujours de jeux pour s’occuper, ou dont les parents n’ont pas la possibilité de réaliser des activités socio-éducatives avec eux.

Quel impact le confinement a-t-il sur les familles bénéficiaires ?

Nous craignons un impact dramatique sur trois tableaux.

D’abord, le confinement risque d’engendrer de fortes violences intrafamiliales. Nous avons affaire à des familles dans lesquelles le couple de parents ne va pas toujours bien, ou alors à des femmes qui élèvent seules leur 2, 3 voire 4 enfants. Ils vivent parfois dans de minuscules appartements et, avec l’impossibilité d’en sortir, les tensions ne peuvent pas être évacuées. Il y a une escalade de problématiques et la situation peut rapidement dégénérer.

Ensuite, le maintien des acquis scolaires est très difficile, notamment à cause de la fracture numérique qui est bien réelle. On a apporté du matériel informatique dans certains foyers pour que les jeunes puissent se connecter à la plateforme de l’école pour poursuivre leur enseignement. Mais nos usagers sont absolument dépourvus de tous moyens. Ils sont tellement à la recherche de moyens élémentaires pour survivre que le développement de l’enfant devient quasi accessoire.

Car oui, c’est ça finalement le troisième point : le manque cruel de besoins de première nécessité pour pouvoir manger, se laver, se soigner. On n’a plus l’occasion de faire de la prévention, on réagit dans l’urgence face à des familles qui n’auront pas de quoi se nourrir dans les prochains jours : avec la fermeture des restaurants et la prise d’assaut des magasins d’alimentation, il n’y a plus d’invendus à distribuer. Les écoles, qui fournissaient habituellement des repas chauds et équilibrés aux enfants, sont également fermées, évidemment.

A quoi serviraient les moyens d’urgence octroyés par CAP48 et Viva for Life ?

On s’en servirait pour pallier des besoins de première nécessité : composer des colis alimentaires à distribuer aux familles, acheter des langes et du matériel de soins et d’hygiène pour les petits, et enfin acheter de la plasticine ou des petits jeux pour occuper les enfants.

S’il y a bien un moment où il faut être solidaire avec les familles précarisées, avec toute la thématique de la pauvreté infantile, c’est aujourd’hui. C’est maintenant qu’il faut y aller. Il n’y a rien de luxueux à ça, on répond aux besoins élémentaires et fondamentaux des familles, et il faut des moyens pour ça.

On ne sait pas de quoi demain sera fait, et "l’après corona" va être très compliqué. C’est pour cela qu’il faut agir maintenant pour limiter un maximum les dégâts.