Viva For Life

Plus d'infos

" Quand il fait trop froid, les enfants dorment à deux ou trois dans le même lit "

« Quand il fait trop froid, les enfants dorment à deux ou trois dans le même lit »
2 images
« Quand il fait trop froid, les enfants dorment à deux ou trois dans le même lit » - © Tous droits réservés

Julie est maman de 6 enfants... Une maman qui travaille, qui a des projets jusqu'au jour où tout bascule... et c'est la dégringolade...

 

Ils m'auraient pris les enfants, je n'aurais pas supporté. Et maintenant encore, j'ai peur. Tout le temps.

 

Etre maman de 6 enfants, de 7 mois à 18 ans, c'est accepter un minimum de désordre dans sa maison. " Ici, non. Je suis constamment derrière eux, pour qu'il n'y ait rien qui traîne. Ca doit être nickel ", prévient Julie. Effectivement, la nappe est parfaitement lissée, le sol balayé, la cuisine rangée. Pas un jouet, pas un doudou dans le salon. Julie vit dans la crainte constante que la police frappe à la porte, ou les services sociaux, et visitent, une nouvelle fois, la maison. " Ils l'ont déjà fait. De fond en comble. Partout. Même à la cave, ils ont fait des photos dans les lits des enfants, dans les armoires, j'ai eu tellement peur ! Ils m'auraient pris les enfants, je n'aurais pas supporté. Et maintenant encore, j'ai peur. Tout le temps. ".

 

Puis je suis tombée malade. J'ai perdu mon travail et la galère a commencé.

Comment en est-on arrivé là ? " Des dénonciations, des mensonges... " Pour mieux comprendre, Julie nous emmène à l'extérieur de la maison. " Voyez tous ces sacs, ces restes de chantier. Il y en a encore plus à l'arrière dans la cour, et plein le garage aussi. C'est ça qui nous vaut d'être aussi mal vu. Quand j'ai acheté la maison, ça allait, j'avais un travail, une voiture. J'ai entamé des travaux, et j'ai cru que j'y arriverais. Puis je suis tombée malade. J'ai perdu mon travail et la galère a commencé. La grosse galère. J'ai du arrêter les travaux, tout est resté en l'état. Même pas de sous pour faire venir un conteneur, on s'est retrouvé plus bas que terre. On a beau pleurer...plus personne pour nous aider, plus de famille, rien. Et voyant ce 'bordel', excusez moi pour le mot, les voisins nous ont critiqués, insultés, dénoncés à la police...En disant que si il y avait des crasses dehors, il faisait sûrement sale dedans. Alors que jamais il n'a fait sale dans ma maison... "

 

Souvent, pour faire des économies, je chauffe juste ici, je rassemble tous les enfants dans la pièce, on coupe le chauffage ailleurs

Les travaux arrêtés n'ont jamais repris. Entretemps, un bébé est arrivé. Et toute la famille vit dans une maison en cours de transformation, délabrée, rongée d'humidité. " Je vous fais visiter ? " Dans la cuisine, un poele au bois hors d'âge a été installé. " Je l'ai récupéré en deuxième main, il est tout vieux, la vitre est cassée... " Julie a mis une tôle pour éviter que des braises s'échappent. Elle essaye de ne pas allumer tous les jours le poêle, " Ca coûte cher, il est tellement vieux qu'on ne sait pas bien le régler en plus... " A l'approche de l'hiver, la question du chauffage la préoccupe constamment. " Je me demande si on va voir assez ! Dès que je peux récupérer du bois sur le chemin, je demande ! Au début c'est gênant , mais quand on n’a pas le choix, zut quoi ! Je m'en fous un peu ". Dans la salle à manger, le poele au charbon fonctionne à plein régime. " Avec un sac de charbon, on tient deux jours si on fait attention. Le sac, c'est 9 euros 50. Ça revient très cher, mais pas le choix ! Souvent, pour faire des économies, je chauffe juste ici, je rassemble tous les enfants dans la pièce, on coupe le chauffage ailleurs ". Ailleurs, c'est en bas. Car à l'étage, les radiateurs sont foutus depuis longtemps. Et le simple vitrage ne retient plus grand chose. " Les châssis sont tout piqués d'humidité, le vent passe par endroits. Y'a rien qui tient, ce sont encore de vieux chassis en plomb. Quand il gèle, on a givre dedans et dehors. C'est pour ça que les tentures doivent être toujours fermées ".

Les trois garçons partagent la même chambre. La même garde robe. Et parfois le même lit, les nuits très froides, ils se tiennent chaud sous la même couverture. Le bébé dort dans la chambre de Julie, mais le plus loin possible des fenêtres. " Avec le froid je n'oserais pas ! " L'aîné, lui, vit dans une chambre en travaux. " On avait commencé, impossible d'achever pour l'instant. Résultat, il pleut dans sa chambre, ça coule partout, jusque dans la cuisine. J'ai dû enlever le lustre pour éviter un court-circuit. Mais comment voulez vous que je fasse refaire le toit maintenant ? Je ne saurais pas ".

En attendant, toute cette humidité la rend malade. " J'ai de l'asthme, très fort, le matin je ne suis pas bien, je dois prendre des aérosols. Encore heureux...les enfants n'ont rien. Je touche du bois... "

Elle a l'impression de se battre comme une lionne, contre les problèmes financiers, contre le quand dira-t-on, la rumeur publique. " Je pensais que je serais bien, dans un petit village, à la campagne. Mais on est vite pointé du doigt, quand on n'a pas d'argent. Et ça coûte aussi, de vivre loin de tout. Pour faire ses courses là où c'est pas cher, il faut marcher deux heures. Ou avoir une voiture. La nôtre est en train de rendre l'âme, d'ailleurs...La supérette du coin, faut pas espérer y faire ses courses, c'est pour se ruiner, tellement c'est cher ! "

 

En quelques mois, mes rêves se sont envolés

Dans la salle à manger,il y a une petite armoire, encastrée dans le mur principal. " Ca, c'est l'armoire que j'aime pas ouvrir ", prévient Julie. On y trouve deux piles. " Les factures payées, à gauche, et les pas payées, à droite. La pile est vraiment énorme. Je ne sais pas quand on aura assez d'argent pour tout payer. Pour l'instant, on regarde les plus urgentes, on paye uniquement quand on est à la limite de l'huissier...Le reste...je préfère le laisser là et donner à manger aux enfants ". Elle reçoit 830 euros de la mutuelle, et 1400 euros d'allocations. " Croyez moi, ça suffit pas ".

Est-ce qu'elle imaginait se retrouver, un jour, dans des difficultés pareilles ? " Non. Jamais. Même si la vie a toujours été très difficile, pour moi, tomber malade et ne plus rien avoir…ça...non ! je pensais pas que ça pouvait aller si vite, quoi ! En quelques mois, mes rêves se sont envolés " Si elle avait une baguette magique, elle emmènerait tous ses enfants à Disneyland. "Ils en rêvent tous, même le grand ! ". Plus terre à terre, elle voudrait juste qu'ils ne manquent de rien. " Et que quand ils me demandent quelque chose, je ne doive pas toujours leur dire 'attends, attends'. Ca fait des mois que je pense aux fêtes de fin d'année et que j'essaye de leur trouver au moins un petit quelque chose, à chacun. Dans des magasins pas chers. Heureusement, ils sont contents pour un rien. Ils comprennent. Bref. C'est pas facile ".

Newsletter Viva For Life

Le temps de l’opération, suivez nos animateurs dans le cube de Viva For Life et soyez informé des défis réalisés.

OK