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Waterloo : "Personne n'est au courant, mais je mange grâce au Frigo Solidaire "

Comme d'autres villes du Brabant Wallon, Waterloo a la réputation d'être une ville riche, peuplée d'expatriés et de grosses fortunes. Loin des clichés, une autre réalité s'offre aux bénévoles du Frigo Solidaire. Tous les jours de semaine, ils distribuent des colis alimentaires à ceux qui ont faim, et froid. A Waterloo.

Une cordelette barre l'entrée du garage où s'activent les bénévoles. Le Frigo Solidaire n'ouvre qu'à 10h30. "On est obligé de fixer des heures et de les faire respecter", explique Véronique. Les gens font la file, docilement. Les bénévoles sortent le fichier des bénéficiaires. "Il nous permet de visualiser le nombre de fois que les personnes viennent. En principe, ils peuvent venir deux fois par semaine. On a des familles prioritaires qui peuvent venir plus souvent. On privilégie toujours les familles avec les enfants. On a des familles de parfois 5, 6, 7 enfants. On a compté hier le nombre d'enfants inscrits, on arrive à 167 ! Ca nous a fort étonné. Et plus globalement, 290 familles viennent plus ou moins régulièrement ici. On aimerait autant qu'ils ne viennent plus car cela signifierait qu'ils ont trouvé une solution...mais voilà".

Je récolte auprès de mes amies, puis je redistribue

Véronique "numéro 2 ", une autre bénévole, arrive à son tour. Comme chaque fois, son coffre est chargé. "J'ai pris des vêtements, des jouets, des chaussures, des foulards pour femmes...des collations aussi...je récolte auprès de mes amies, puis je redistribue à des personnes qui en ont besoin..."

Cela fait longtemps qu'elle est active dans l'aide sociale, elle n'est plus étonnée de croiser des familles pauvres, même à Waterloo. "Oh non, vous savez...Des familles mono-parentales. Des gens qui ont subi les aléas de la vie, qui ont très peu de revenus, pas de travail, ou un travail qui ne suffit plus à faire vivre tout le monde, des maladies, une séparation...Ici, les loyers, c'est pas pour rien ! On se retrouve vite surendetté, avec des emprunts qu'il faut assumer, de nouvelles charges...ça va vite. Très vite !"

La distribution a démarré. Les caddies se remplissent. Ce matin, la récolte des invendus est qualifiée de "moyenne". D'autres bénévoles vont heureusement arriver, et renflouer les stocks. "Pierre va nous amener tout ce qui vient d'un Aldi, un Carrefour, et un Delitraiteur...On a souvent moins dans les magasins haut de gamme, mais ce sont vraiment de chouettes produits inabordables pour les gens qui viennent ici ! Ca leur fait plaisir...", poursuit Véronique "numéro 1".

Je suis gêné... On peut dire que j'ai tout perdu

Un jeune homme se présente. Tous les bénévoles le connaissent, et se plient en quatre pour lui donner un coup de pouce. Eric traverse une très mauvaise passe. "Jamais je n'aurais imaginé tomber aussi bas". Cela fait deux ou trois semaines qu'il vient au Frigo Solidaire.

"C'est un ancien collègue qui est bénévole ici et qui m'a dit 'viens voir'. Ils ont été adorables, et ils donnent trop. Je suis gêné... On peut dire que j'ai tout perdu. Je ne souhaite à personne de passer par là. J'ai perdu ma compagne. On habitait ensemble, j'ai dû partir, j'ai pété un câble j'ai perdu le boulot... Mes parents sont à Waterloo, mais ils ne sont pas au courant. Je n'ose pas leur dire. Je suis de Waterloo et c'est horrible pour moi de voir mes anciens amis... Salut, comment vas tu ? Euhhh ça va ! On fait semblant de rien..."

Il y a quelques jours encore, Eric dormait près d'une banque. Les bénévoles se sont démenés pour qu'il retrouve une chambre en colocation. " Je viens de retrouver un emploi. Une chose à la fois... " Pour avoir toujours vécu à Waterloo, Eric sait qu'elle abrite deux catégories de personnes. " Il y a une grosse partie de privilégiés mais il y a aussi monsieur et madame tout le monde, dans le vieux Waterloo. Et les expats qui vivent dans une autre galaxie, et donnent cette image bling bling de Waterloo ".

Maman, on est pauvre en fait ?

Les bling blings, pour Marie, ce sont ceux qui, dans sa ville, "vont manger des hamburgers à 12 euros, dans un food-truck". Elle habite Nivelles, et se sent elle aussi appartenir "au petit peuple invisible". Chez elle, on a faim, on a froid, tous les jours.

Cette maman de deux enfants a toutes les raisons du monde de venir frapper à la porte du Frigo Solidaire. Pourtant, elle se cache. Personne ne doit savoir, surtout pas ses enfants. "Non, parce que sinon il y aura cette question, 'maman, on est pauvre en fait ?'. Et tu réponds 'mais non, on n'est pas pauvre !' On a quand même un toit, on a à manger, vous avez des collations, tu vois bien que tout va bien ! Alors qu'ils se rendent compte quand même on a 13 degrés à la maison... c'est pas pour rien ! Ils sentent bien qu'il se passe quelque chose... Je devrait peut-être leur expliquer...en fait...je ne sais pas quoi faire...Je ne veux pas dramatiser ! Parce que oui, on est en bonne santé, on a un toit, on est plus ou moins au chaud... ça va quand même. Y'a pire ! Je leur dis souvent ! Il y a des enfants qui n'ont pas à manger, qui doivent dormir dehors. Oui. Mais tu peux pas dire à ton enfant qu'il aura ce qu'il rêve d'avoir à Saint-Nicolas. Non".

Marie est au chômage, elle élève seule ses enfants, sans toucher de pension alimentaire. Elle a perdu son travail récemment. "Ça allait avant... enfin, c'était raide, comme beaucoup de gens, hein ! Mais en ce moment, la fin du mois, elle est trop 'au début du mois'! Quand t'as tout payé et qu'il n'y a plus rien... Pfff... C'est pas gai quoi "

La jeune femme rogne sur tout, le chauffage par exemple. "Je chauffe pas la journée, quand les petits sont à l'école. J'ai une couette, des gants, des bonnets... Puis, j'aime pas trop chauffer, parce que c'est un truc au pétrole. Un jour, mon gamin m'a dit 'j'ai mal la tête', j'ai dit 'merde c'est à cause du pétrole, c'est ma faute !

Elle n'a plus le moral, pour l'instant, et pleure facilement. "Mais je sais que je vais me reprendre, ça va aller. Je le ferai pour eux, et heureusement qu'ils sont là, c'est ce qui me permet d'avancer". Pour Marie, les femmes qui élèvent seules leur famille, en 2017, "c'est plus des princesses qui cherchent leur prince charmant, mais des guerrières qui ont besoin d'un guerrier pour les accompagner. Tout le temps lutter pour faire des démarches. T'as besoin d'une aide, c'est 10 papiers à remplir à aller porter ...mais ça porte ses fruits et donc on le fait et on avance et voilà... ! "

Ce jour-là, il y a même des fleurs parmi les invendus de supermarché. Marie repart le moral regonflé, un bouquet dans la main. C'est ça aussi, le Frigo Solidaire...

 

L'opération Viva for Life, organisée au profit des enfants âgés de 0 à 6 ans qui vivent sous le seuil de pauvreté, se tient en ce mois de décembre. Retrouvez toutes les informations en cliquant ici.

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