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" Je vis dans l'angoisse qu'il nous retrouve, ma fille et moi "

" Je vis dans l'angoisse qu'il nous retrouve, ma fille et moi "
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" Je vis dans l'angoisse qu'il nous retrouve, ma fille et moi " - © Tous droits réservés

La maison maternelle " Le Kangourou " accueille une trentaine de personnes, 11 mamans et leurs enfants. La plupart des familles sont en fuite, forcées de quitter leur domicile après avoir subi des violences. Pauvreté et violence conjugale vont souvent de pair. Des maisons maternelles sont candidates pour les financements Viva For Life

"Je vis dans l’angoisse qu’il me retrouve " nous confie Elodie. Elle est arrivée en panique, avec sa petite fille, après avoir été tabassée par son compagnon. " C’était la fois de trop. J’ai eu des côtes cassées, il m’a rouée de coups. J’ai senti qu’il fallait partir, pour nous protéger la petite et moi ". Sa fille commence à peine à parler, mais dans son comportement on voit qu’elle est marquée par ces épisodes de violences. " Quand quelqu’un élève un peu trop la voix, elle met les mains sur ses oreilles, elle se cache, elle se met tout contre moi ". Elodie s’en veut, " de ne pas avoir su mieux la protéger".

Je sais que j’ai fait de mon mieux, mais je ne peux pas m’empêcher de culpabiliser  

A elles deux, elles partagent une chambre, ici. " Nous avons 11 chambres ", précise Manon Deconinck, directrice adjointe et psychologue. " Chaque famille a la sienne. Ce n’est pas le luxe, mais ça leur assure au moins un toit, provisoirement".

Des coups pendant la grossesse

"C’est la maternité qui a donné l’alerte. Ils s’inquiétaient pour moi, et le bébé ", raconte Nathalie. La toute jeune femme ne se rendait pas compte que la situation était grave à ce point. Son corps présentait des bleus à de nombreux endroits, mais elle ne disait rien à personne, elle voulait protéger le papa. "Je l’aime, c’est tout ! Là, pendant que je suis ici, il se soigne. Et on pourra peut-être bientôt vivre tous ensemble, avec le bébé ".

Précarité et violence vont souvent de pair, malheureusement.

Toutes les mamans hébergées ont des soucis financiers, auxquels se couple souvent de la violence intraconjugale. On voit arriver ces mamans chez nous, avec leurs enfants et parfois une seule valise, qui rassemble la vie de trois personnes ". " On sait qu’à nouveau, on repart à zéro ", poursuit Elodie. " Personnellement, j’ai pu sauver un frigo et une télévision. C’est déjà ça. Tout le reste, c’est perdu. Mais on n’avait pas le choix ! On n’a plus grand-chose et on est pieds et poings liés car tout coûte cher. Ici, on nous aide à redémarrer. On reçoit des choses, on va se fournir au Sac à Dos à Tertre, et on espère un jour avoir un endroit rien que pour nous ".

Le casse-tête du logement

La vie en commun n’est pas toujours de tout repos. Il faut également respecter des règles. "Chaque matin, une maman est en charge des repas, pour l’ensemble de la communauté. Une autre maman prépare pour tous les enfants", nous explique une éducatrice. " Nos hébergées se répartissent les tâches quotidiennes, l’entretien de la maison, etc " Deux heures par jour, les enfants en bas âge peuvent fréquenter la petite crèche, le temps pour les mamans d’effectuer des démarches administratives, ou par exemple des recherches de logement. " Retrouver un logement est très difficile, insiste Manon Deconinck.

"Beaucoup de mamans n’ont plus accès, faute de moyens, à un logement privé. Il est aussi de plus en plus difficile de conserver un logement social, car le coût de la vie augmente, et il faut gérer son budget, gérer aussi l’entretien du logement, tout en étant seule avec ses enfants ".

Papa SDF, maman et bébé en maison d'accueil

Le cas de Vylia est un peu particulier. " Je suis avec le papa de ma fille depuis 13 ans. Mais nous vivons séparés". Le compagnon de Vylia est pour l’instant sans domicile fixe. Il vit dans la région de Verviers. Elle est à Baudour, avec leur bébé. Le couple se voit le week-end, chez les beaux-parents, dans la région du Borinage.

Dans notre cas, ce qui nous sépare, ce sont des problèmes de moyens et des problèmes administratifs. Le CPAS refuse d’accorder ce qu’on appelle le réquisitoire. C'est-à-dire qu’ils ne veulent pas intervenir dans les frais d’hébergement de mon compagnon. Donc impossible pour nous d’aller dans une maison d’accueil pour familles. Alors que ça existe ". Vylia explique ne pas avoir les moyens de louer un logement privé, " il faut tout de suite 600 euros pour un deux chambres… ! ", les beaux-parents ne peuvent accueillir la famille non stop… " on se sent coincé de toutes parts, et la petite grandit sans voir son papa tous les jours. Il faut vivre ce genre de situation, pour comprendre ce que ça nous fait… "

L’équipe partage son sentiment de révolte. " Le papa veut s’investir, il a de très bons contacts avec son enfant. il n’y a pas de problèmes de violence. C’est rare. Mais ils se retrouvent face à une porte fermée. Légalement, c’est vrai que les CPAS ne sont pas obligés d’intervenir financièrement dans les frais d’hébergement en maison d’accueil. La plupart le font, pourtant. Ici, non ".

Manon Deconinck nous emmène visiter l’étage. "Ca commence à se détériorer malheureusement. Certains travaux sont urgents, comme le remplacement des radiateurs. Les sanitaires vieillissent. Le bon marché, ça tient moins longtemps. On rêve aussi de rafraîchir un peu la déco…Regardez le lino, il est tout décoloré par endroits… "

Un soutien particulier aux enfants

La maison est très silencieuse, en matinée. La plupart des enfants sont absents. " Tous les enfants en âge scolaire vont à l’école. Parfois c’est un peu difficile, car il faut l’accord du père. Mais c’est important que la famille retrouve un rythme. On découvre au fur et à mesure de grosses lacunes, comme cette fillette déscolarisée depuis 2 ans ! A se demander comment c’est possible de passer entre les mailles du filet aussi longtemps ! Ici nous accordons une attention particulière à des enfants ballotés par la vie, qui souffrent du déracinement.

C'est important de leur apporter du soutien, de laisser place à leurs émotions, et les aiguiller vers des services adaptés.

Le Kangourou n’a pas introduit de demande de subside, cette année, lors de l’appel à candidature " Viva For Life ". La maison maternelle envisage de déposer un dossier, l’an prochain, pour effectuer des rénovations. D’autres maisons maternelles et associations venant en aide aux femmes victimes de violences espèrent recevoir des subsides. L’an dernier, 104 associations se sont partagées une cagnotte de plus de 4 millions d’euros.

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