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"Certains jours, je nettoie 10 chambres d'hôtel, et un immeuble de bureaux. Pour 700 euros à la fin du mois"

Envoyée en Belgique pour "apprendre la vie", Christiane s'est retrouvée seule, dans un pays qu'elle ne connaissait pas, obligée de "se débrouiller". Cinq ans plus tard, elle est diplômée, mais ne trouve pas d'emploi stable. Elle enchaîne les pauses dans le secteur du nettoyage pour un salaire de misère, tout en s'occupant seule de son fils de 18 mois.

Le rendez-vous a été fixé dans un couloir, au 4ème étage d'un hôtel. C'est là que Christiane termine sa journée. Elle est en retard sur l'horaire qu'elle avait imaginé, et c'est souvent comme ça. "Pourtant moi je vais vite, vous savez! Mais les cadences sont impossibles à respecter... On devrait faire entre 3 et 4 chambres par heure. C'est intenable... surtout avec des chambres comme celle-ci..." 

Effectivement, les occupants semblent avoir fait la fête à l'intérieur. Tout en ramassant les cartons de pizza, les verres de bière, la jeune femme revient sur son parcours. "Je viens du Cameroun, je suis arrivée en 2012. Là bas, en Afrique, j'étais un peu fofolle, je m'achetais beaucoup de vêtements, je m'amusais beaucoup... Un jour, mon père a dit stop, tu vas en Belgique pour apprendre la vie".

Elle se retrouve dans un kot à Mons, s'inscrit à la Haute école en secrétariat. Des études qu'elle réussit. "Mais trouver du boulot, c'est difficile... Et depuis que j'ai mon bébé j'ai plus de frais". Dans son petit kot, elle payait 400 euros tout compris. "Je dois louer un appartement plus grand maintenant, pour presque 500 euros, j'ai beaucoup plus de factures qui tombent tous les mois, les frais de l'accueillante, les courses, habiller mon fils, les langes et tout ça..."

 

Je ne voulais pas dépendre du CPAS. Mais avec un salaire de 700 euros, à deux, c'est tout simplement impossible

 

Elle aurait bien voulu se passer de l'aide du CPAS. "Je ne voulais pas dépendre de ça, je voulais me débrouiller seule. Trouver toujours plus de boulot, et pas devoir aller au CPAS. Mais mon assistante sociale m'a dit 'ma chérie, c'est pas possible avec ce que tu gagnes, tu dois demander de l'aide'”.

En travaillant 3 jours semaine environ, elle touche 700 euros à la fin du mois. "C'est un travail à horaire très variable. On peut m'appeler à tout moment. Aujourd'hui je devais finir ma journée à 14h30 et on vient de me sonner. On me dit 'va donner un coup de main à tel endroit'. C'est fréquent pour moi".

La jeune femme dit rarement non aux propositions de travail, mais elle doit d'abord trouver un moyen pour faire garder son bébé de 18 mois. "Là, il est chez la gardienne. C'est pas loin (ndlr : 2 km à pied...). Je vais appeler une amie, qui va venir en bus de Cuesmes prendre la relève. Elle va récupérer le petit puis rentrer avec lui chez elle et je repasserai le chercher après ma deuxième journée de travail".

 

Christiane commence à fatiguer...

10 chambres d'affilée, ça ne vous laisse pas indemne. "C'est surtout quand je m'arrête. Dès que je fais une pause, j'ai mal au dos. Quand je suis en mouvement, ça va..."

Nous l'accompagnons chez la gardienne. La route n'en finit pas de monter. "Et encore, là, je n'ai pas la poussette! Sinon, avec l'enfant, c'est plus difficile", rigole la jeune femme. Son amie arrivera une demi heure plus tard, à pied elle aussi. "Le bus ne vient pas jusqu'ici".

C'est une journée ordinaire, faite d'imprévus, de plans B à trouver sur le champ. "C'est comme ça tout le temps, ma vie. Le pire, c'est le mercredi. Mon bébé ne va pas à la crèche. Je dois le faire garder le matin par une amie. On se lève à 6h30 pour aller en bus chez elle. Puis je vais travailler. Je me dépêche car à 13h je dois aller vite vite le rechercher, car mon amie part en cours, puis je le dépose ailleurs, et je retourne à mon deuxième travail".

 

Sa fierté? “Assumer, pouvoir m'occuper de mon fils".

"Je veux aussi montrer aux gens que la vie n'est pas facile, en Europe. Ceux qui, comme moi, ne sont pas venus de leur plein gré... ils galèrent. Mais j'ai un fils, je me dis que c'est ma responsabilité de m'en occuper. Jamais je ne supporterais de le négliger, je suis aux petits soins. Même si j'ai mal au dos. Même si c'est dur, le travail. Je me bats, tous les jours. Quitte à ce que je ne dorme pas".

 

Si mon fils a à manger, si il respire. S'il a des habits pour lui tenir chaud. S'il me fait un sourire quand je reviens le chercher, c'est tout ce qui compte.

Christiane envisage de reprendre des études à l'université, pour trouver plus facilement un travail par la suite. "Pourquoi ne pas tenter? Si je sais l'assumer, ça pourra peut-être faire notre bonheur à moi et mon fils. On verra. Il faut que je tienne le coup..."

 

Nous avons recueilli le témoignage de Christiane dans le cadre de Viva For Life. Vous entendrez son histoire sur les ondes de Vivacité, entre le 17 et le 23 décembre.

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