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" A Noël, sur la table, il y avait un poulet. Pour 17 personnes. C'était leur repas de fête "

Anna Giorgi a sillonné la région de Mons-Borinage pendant des années. Psychologue, infirmière en chef au CHR Saint-Joseph, elle faisait partie de l’Ecoutille, une équipe chargée jusqu’il y a peu d’assurer des soins psychiatriques, à domicile. Elle y a vu l’impensable, l’innommable.

Ce qui m’a frappée, c’est de voir que ces personnes n’avaient plus les ressources nécessaires pour assurer les soins et les besoins fondamentaux. Boire et manger correctement, dormir dans des conditions acceptables, un logement décent…"

"Ici, on ne parle pas d’une absence de confort. On parle vraiment de besoins vitaux !

Je me souviens d’une famille qui vivait dans deux pièces, un tout petit logement. On avait accès à la première pièce, pièce de vie et pièce où tout le monde dormait, parents et enfants…Puis il y avait deux étançons, qui venaient soutenir le plancher, parce qu’il était prêt à s’écrouler. Dans cette pièce évoluaient deux enfants en bas âge…Vous comprenez le danger, l’insalubrité ! Dans ce logement, il y avait un seul point d’eau. La maman m’a dit " moi j’ai un rêve ". Son rêve, c’était de prendre un jour un bain dans sa maison.

Une fois, dans une autre famille, la maman a voulu montrer à ma collègue où dormait son enfant. Elle a montré des paillasses, par terre. Quand ma collègue a soulevé un matelas, ça grouillait de cafards ! Insalubrité, humidité…voilà ! Cette maman ne savait pas faire autrement !

La vie au jour le jour

Au niveau alimentaire, il est arrivé qu’on aille rendre visite dans des familles où le matin il n’y avait pas de lait, pas de tartines, pas de langes…et la première chose à faire, c’était de trouver, en urgence, une solution pour que les gens aient à manger. Donc, quand on dit " pauvreté ", c’est vraiment vivre au jour le jour, survivre, se demander tous les jours comment on va faire !

En hiver, quand on allait rencontrer les familles, les entretiens duraient une heure, on ne retirait pas notre manteau et on continuait à avoir froid dans la maison. On s’est déjà aperçu que deux petits de moins de 4 ans étaient dans leur poussette, emmitouflés, alors qu’ils ne devaient pas sortir ! la maman avait trouvé ce moyen-là pour les réchauffer : les " emballer ". Ils passaient leur temps serrés l’un contre l’autre dans la poussette.

C’était souvent des chauffages d’appoint, pétrole, charbon, avec toute l’insécurité et les odeurs que cela implique. Et il était difficile d’aérer, vu que les logements étaient souvent exigus. Entre parenthèses…des logements chers et vilains ! 650, 700 euros pour des deux pièces dans des combles…ce n’est pas acceptable. Et ces familles fragilisées n’ont pas d’autre choix que d’accepter, elles sont souvent victimes de marchands de sommeil…

Aller faire ses courses, ses lessives, demande une énergie folle

J’ai en tête l’histoire d’un monsieur qui faisait 2km à pied avec tout son linge sale entassé dans la poussette du petit. Il allait à pied au lavoir puis il revenait. Pas mal de mamans nous ont parlé de leurs problèmes pour faire des courses. A nous, cela parait évident d’aller faire ses courses…Mais elles, déjà, quand il n’y a plus d’argent, elles ne savent pas y aller. Ensuite, quand il y a un peu d’argent, il faut partir à pied avec les enfants, les poussettes, attacher ses courses à la poussette, faire plusieurs kilomètres pour quelques courses de première nécessité. Ça demande toute une énergie !

C’est quand on se rend compte de ça, que l’on se dit vraiment notre confort au quotidien il semble tout à fait normal, banal, alors que ces personnes cumulent tous les facteurs qui vont dans le sens de la précarité. C’est ce qu’on appelle la débrouille nécessaire, se débrouiller avec ce que l’on a, inventer des choses avec ce que l’on a.

La fête malgré tout, sans un sou

Il y a une famille, dans laquelle on avait décidé de fêter une communion, mais ils n’avaient pas les tables pour. Ils ont décroché les portes pour en faire des tréteaux et recevoir la famille les voisins. C’est vraiment la débrouille. Une autre famille nous a raconté, juste après Noël, comment s’était déroulé le réveillon. On a été abasourdies d’entendre que pour 17 personnes il y avait, en tout et pour tout, un poulet. Et ils se le sont partagés. Et c’est là où ils méritent tout notre respect ! Ils ont encore le sens de se réunir, le sens de la convivialité.

Quand placer son enfant devient " une solution "

Parfois, la société met ces familles dans des paradoxes. Nous avons rencontré des mamans qui étaient seules et faisaient tout pour bien s’occuper de leurs enfants. Je pense à une maman n’était pas bien parce qu’elle déprimait par ses conditions de vie, elle était débordée par ses conditions de vie, et ce que l’Onem lui demandait c’était de reprendre le travail. Alors qu’elle n’était pas très bien psychiquement. Finalement, contrainte et forcée, elle a été chercher du travail elle a obtenu quelques heures mais qui ne lui permettaient plus d’aller conduire les enfants ni les rechercher. Un jour, elle nous a dit " la solution, ce serait de les placer, je ne sais plus faire autrement, être à la maison et m’occuper d’eux. Ne sait-on pas trouver une solution et les mettre en internat ? " C’est quand même interpellant qu’on en arrive à des solutions de placement, alors que ces placements ils entrainent d’autres ruptures ! Ce sont des personnes des enfants qui ont déjà subi des ruptures ! On ne fait qu’aggraver le problème en faisant des placements pour des raisons sociales. Je pense que le politique devrait l’entendre, ça ! On ferait mieux d’aider ces personnes à la source en leur donnant les ressources nécessaires pour s’occuper de leurs enfants pcq ce sont des femmes seules, plutôt qu’à tout prix vouloir diminuer le chômage et pendant ce temps-là placer les enfants, qui amène des difficultés psychiques et coûte à la société !

" Tous les parents rencontrés voulaient le bien de leurs enfants "

Cette dame qui nous a dit qu’elle ne voyait plus qu’une solution, le placement : c’est le dernier rempart qui a sauté pour avoir une vie de famille normale. Cette femme c’est par amour pour ses enfants qu’elle dit "ils seront mieux en internat ", qu’elle les confie à la société. Pas du tout pour s’en débarrasser. D’ailleurs, quelques années plus tard, elle a récupéré ses deux petites filles et elle s’en est sortie.

Tous les parents que nous avons rencontrés voulaient le bien de leurs enfants. Ils faisaient tout pour accéder à ce qu’il fallait. Le problème, c’est qu’ils n’en avaient pas les ressources. Dans les familles rencontrées, il n’y avait pas non plus vraiment de revendication, c’était leur fatalité de vie, ils faisaient avec ce qu’ils avaient. Quand on arrive à un tel seuil, il y a de la honte. Parfois, de l’autre côté de la " barrière ", on a tendance à se dire " oh, ce sont des assistés, toujours en train de demander des moyens supplémentaires ". Hé bien non. Avec mon équipe, nous étions vraiment choqués de voir ce qu’on voyait, d’entendre ce qu’on entendait. Bien sûr on ne sait pas sauver le monde, mais le danger est de banaliser et de se dire " voilà c’est comme ça on ne sait plus rien faire de toute façon. Il y a toujours un intérêt à faire quelque-chose, d’’où l’intérêt aussi de votre action avec Viva For Life ! "

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