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Housing First à Namur: réinsérer les précarisés grâce au logement.

Le projet baptisé "Housing First" vient des États-Unis, où il a fait ses preuves. Il existe en Europe : au Portugal, au Danemark, aux Pays-Bas… et en Belgique depuis deux ans dans des villes comme Bruxelles, Charleroi, Anvers, Liège, etc. Mais à Namur, l’expérience est à mi-mandat ; et après six mois d’activité, elle connait un résultat prometteur.

Avoir un chez soi

Le principe est simple et part du constat que lorsque l’on a un logement à soi, les choses se mettent en place plus facilement. Mais lorsque l’on s’adresse à des personnes qui sont dans la rue depuis de nombreuses années, il est parfois très risqué de leur proposer cette formule.

Et pourtant, ça marche ! Avec un taux de réussite de 93% dans d’autres villes, on constate que ces personnes restent attachées à ce logement. La première étape est de leur trouver un revenu, de remettre à jour leurs documents administratifs et de trouver un logement correct et durable.

C’est avec l’aide d’une équipe de psychologue, d’infirmier, d’assistants sociaux que l’aventure démarre. Ces travailleurs de rue qui font déjà partie du Relais Social ou du Relais Santé namurois sont déjà en contact permanent avec ce public. Ils connaissent ces drogués, alcooliques ou malades mentaux qui sont enracinés dans la dure réalité de la rue. Mais un jour, ils voient que la personne est demandeuse de se poser, de trouver autre chose qu’un carton pour dormir. Et c’est à partir de ce moment-là que le travail peut commencer.

Lorsque le logement est trouvé et que la personne est installée, il n’y a plus de contrôle à proprement parlé. Juste un suivi hebdomadaire pour l’épauler et lui permettre de reprendre sa vie en main.

Pas de directive, pas de contraintes, juste un lien humain fort et permanent

Maryline, éducatrice sociale, connaît bien la rue et ses habitués. En décembre dernier, elle a rencontré Christopher qui faisait la manche dans une banque à Namur. Cela faisait 8 ans qu’il errait, se droguait et s’était mis à boire. Un cas un peu désespéré en quelque sorte. A 30 ans, sa vie lui semblait fichue. Il a saisi la main que lui tendait l’équipe d’Housing First et a accepté ce logement en l’équipant petit à petit avec ce que son revenu d’intégration lui permettait. C’est son avocat qui gère le compte pour le loyer uniquement, de manière à ce que le propriétaire reçoive son dû. Mais pour le reste, Christopher se gère seul. "L’important, nous confie Maryline, c’est d’être là. On vient, on papote un peu de tout et de rien, on aide à faire une vaisselle, on suggère de laver le linge et d’être présent lorsque l’agent des compteurs d’eau et d’électricité passera pour le relevé… Mais on n’impose rien, jamais ! Ce n’est pas par la contrainte qu’on y arrive mais par la confiance. Le lien humain est plus fort que tout. Il faut leur redonner confiance en eux-mêmes avant toute chose."

 

"L'important, c'est d'être là! On papote, on aide un peu, on maintient le contact..." - © RTBF

Christopher sourit, il sait que Maryline est là pour beaucoup de choses comme pour noter un rendez-vous ou, discrètement, lui rappeler que l’appartement doit être en ordre pour le passage de l’agent de quartier par exemple. Un homme encore très fragile mais qui a repris pied et qui sait que c’est sa dernière chance s’il veut un jour pouvoir accueillir sa petite fille chez lui !

Bilan en juillet 2016

Pour fonctionner, Housing First à Namur a besoin de logements. Et l’appel est donc lancé aux propriétaires privés et publics qui accepteraient ainsi de mettre à disposition leur bien comme pour toute autre forme de location. Mais le public-cible n’est pas "sexy" et les contrats sont parfois difficiles à signer car la crainte subsiste de ne pas être payé en temps et en heure.

Faute de pouvoir répondre à la demande en trouvant des logements, l’expérience-pilote menée à Namur risque bien de s’essouffler. Et il faudra aussi que les subsides alloués cette année encore par le Gouvernement fédéral soient reconduits.

Or, en 2016, c’est la Région wallonne (et elle seule) qui décidera de la suite à donner à ces projets qui - jusqu’à présent - se soldent par un taux de réussite plutôt positif: 93% des personnes qui ont quitté la rue pour ce type d’expérience sont aujourd’hui encore dans leur logement.

Mais, sans ce subside, porté en 2015 à 133 000 euros, l’expérience serait vouée à l’échec. Un subside qui permet (à raison de 90%) de payer les salaires des travailleurs de rue. Et sans eux, rien ne peut fonctionner. Ce sont eux qui maintiennent le contact, nourrissent le lien et servent de référence à ceux qui ont osé franchir le pas : celui d’abandonner la rue pour un toit !

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