Les petits papiers

Tous les dimanches et lundis de 13:00 à 14:00 sur Vivacité

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Les Petits papiers d'Eric-Emmanuel Schmit

Chaque dimanche de 13h10 à 14h, une personnalité déballe et commente les Petits Papiers en compagnie de Régine Dubois. Des mots lui sont proposés, ils sont choisis en fonction de son histoire, son tempérament, son parcours ou son œuvre. Cette semaine, Eric-Emmanuel Schmitt était au micro de Régine à l’occasion de la sortie de son  " Journal d’un amour perdu ". Un livre dans lequel il raconte comment il a traversé les deux années qui ont suivi la disparition de sa maman. A travers quelques mots sélectionnés pour lui, il a évoqué ce chemin douloureux et lumineux aussi. Voici quelques extraits de l’interview, que vous pouvez écouter en intégralité en cliquant sur le lien en fin d’article.

PSY

J’ai beaucoup souffert pendant ces deux ans mais je ne suis pas allé voir de psy. D’abord parce que c’est normal de souffrir et que le chagrin est l’hommage minimum qu’on doit rendre à quelqu’un qu’on aime. Je dirais même que j’ai été amoureux de ma tristesse après la mort de ma mère, la tristesse était la nouvelle forme qu’avait pris mon amour pour elle.(…) Je faisais semblant de vivre, j’étais au milieu des autres, muet, dans mes souvenirs. Ma maison c’était ma tristesse et je l’aimais parce que ma mère était partout. Je n’ai pas voulu aller voir de psy parce que je me disais que c’était normal et j’ai pas eu à fuir cette tristesse (…) mais peut-être que le journal a été une forme de thérapie. Je ne suis pas en train de prendre position contre la psychanalyse ou la psychiatrie, juste qu’il y a parfois d’autres moyens depuis des millénaires d’affronter ces grands chagrins fondamentaux.

SCENE

C’est ma mère qui m’a fait découvrir le théâtre. A 11 ans, elle m’emmène voir Cyrano de Bergerac et je suis ébloui. Elle nous dépose devant la porte du théâtre avec ma sœur. A l’époque je n’avais pas compris qu’elle n’avait pas assez d’argent pour acheter trois places. C’était avec Jean Marais et elle en était amoureuse mais il était plus important pour elle d’offrir des places de théâtre à ses enfants pour qu’ils découvrent plutôt que d’entretenir sa propre passion du théâtre. (…)
Pendant les deux ans qui ont suivi le départ de ma mère, j’ai eu besoin du théâtre  (Eric-Emmanuel Schmitt est monté sur scène dans " Madame Pylinska et le secret de Chopin ") … D’abord parce que dans la loge elle était avec moi. On se ressemblait physiquement et tout à coup me maquiller, ça me faisait plaisir parce que j’avais l’impression de dialoguer avec elle, presque de m’occuper d’elle. On est fou quand on est dans la douleur…  Et puis, quand je montais sur scène, j’avais une soif d’amour que je cherchais à assouvir auprès du public. Pourtant j’en ai de l’amour dans ma vie mais quand on vous en enlève des tonnes à la disparition de votre mère, vous ne savez plus quoi faire.

REGARD

Je crois que le secret de ma vie est que j’ai cru au regard de ma mère. Elle me voyait comme quelqu’un de merveilleux alors j’ai essayé de l’être. Je ne sais pas si j’y suis arrivé mais elle m’a donné des ailes. Elle était à la fois exigeante et aimante (…) Elle détestait mes facilités parce qu’elle savait que je pouvais me contenter de peu sous prétexte que j’étais doué.

TEMPS

Tout change quand on perd nos parents, on n’habite plus le temps de la même façon. Quand on est jeune, qu’on a nos parents devant nous, on a l’impression que l’avenir est un territoire sans fin, un horizon qui recule au fur et à mesure qu’on avance. D’un coup, nos parents disparaissent et l’horizon est stoppé, il y a un mur. C’est l’âge de nos parents, on se projette en imaginant le temps qu’il nous reste peut être à vivre. Et au lieu d’additionner les années, on commence un compte à rebours. C’est très angoissant quand ça arrive parce que ça change tout.

Les Petits Papiers, tous les dimanches de 13h10 à 14h sur Vivacité.
Prochaine invitée : La Grande Sophie (dimanche 15 septembre)