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Echappée belge - Jour 5 – Alcoutim – Cabanas de Tavira

Echappée belge - Jour 5 – Alcoutim – Cabanas de Tavira
Echappée belge - Jour 5 – Alcoutim – Cabanas de Tavira - © Tous droits réservés

Ah, qu'il fait bon dès l'aurore d'aller se balader dans les ruelles encore endormies de Mertola et d'assister au lever de soleil depuis les remparts du château médiéval. Son puissant donjon s' élance dans le ciel alors qu'en contrebas, il est imité par les pinacles coniques de l'église paroissiale qui était, avant le XIIIème siècle, une... mosquée !

Au pied de l'éperon rocheux où s'étale la ville, l'astre solaire n'a pas encore touché les flots du Rio Guadiana. Nous ne le savons pas encore mais le fleuve sera en partie le fil conducteur de l'étape du jour. Et ce que nous ignorons aussi, c'est que le parcours de ce vendredi sera rudement sportif (quand nous vous narrions hier que la difficulté allait sans cesse croissant...). Histoire de conserver toute raison et un peloton au grand complet – et au top de sa forme ! -, nous démarrons un peu au-delà de la petite ville d'Alcoutim. Sans nous en rendre compte, nous basculons de l'Alentejo à l'Algarve. Vu du Plat pays qui est le nôtre, nous passons de la mer à la montagne, tant le relief se fait accidenté. Les jours précédents, les collines déployaient leurs mamelons de-ci de-là. Aujourd'hui, elles affirment clairement leur identité et au vu de la route parcourue en voiture, nous remercions Jérôme de nous avoir épargné ces mini-cols alpestres !

La pause à Alcoutim a beau être très brève, elle est suffisante pour nous faire apprécier tout le charme de cette petite ville qui s'est développée grâce aux minéraux exploités dans la région et transportés jusqu'à l'océan sur le Guadiana. Un Guadiana qui fait véritablement office de frontière naturelle : par-delà ses eaux, sa voisine espagnole de Sanlucar de Guadiana aligne ses blanches bâtisses et son château. Les flots sont prisés par de nombreux plaisanciers et aussi survolés par les amateurs de sensations fortes qui glissent d'une rive – et même d'une frontière – à l'autre accrochés à une tyrolienne fendant les airs à toute vitesse. Plus cocasse est d'entendre les cloches des églises séparées par le fleuve : si elles résonnent à l'unisson, elles le font avec une heure de différence, décalage horaire oblige entre le Portugal et l'Espagne.

Un promontoire avec une vue imprenable est synonyme de point de départ. Bien vite, nous basculons pour rejoindre le Rio Guadiana et épouser ses méandres. Après les paysages arides des premiers jours, longer le couloir aquatique serti d'arbres est un pur bonheur. Si la route est bien roulante et assez plane, elle ne tardera bientôt pas à nous proposer de sérieux casse-pattes : " Ici, c'est le paradis des côtes et des côtelettes ", entendons-nous dans le peloton. Pour avancer, pas le choix : il faut mouliner encore et encore. L'effort est d'autant plus intense que le soleil est de plomb. A peine nous sommes-nous hissés au sommet d'une difficulté et avons repris notre souffle qu'une autre se dessine aussitôt. Il est où, l'océan, pardi ? Les muscles sont endoloris mais l'esprit veille : chacun mord sur sa chique et les plus costauds aident les plus faibles. Quelle belle solidarité que celle affichée par les Echappés belges ! Et puis, pour mieux appréhender l'aspect ardu de l'effort, il y a toujours ces décors typiques de l'Algarve méconnue aux éminences entre ocre et orangé teintées du vert vif des pins et du vert argenté des oliviers. Plus spectaculaires, au fin des vallées, des barrages esquissent leurs jolies courbes aux eaux bleutées. La palette du peintre est aujourd'hui complète !

Nous effectuons d'ailleurs notre pause du midi au bord du barrage de Beliche. Jêrôme et Jeroen, nos accompagnateurs vélo, ainsi que Lio et son frère nous ont concocté un pique-nique d'enfer : avec quelques branches et du bambou, ils ont construit une table qu'envierait tout louveteau et sur laquelle sont alignés les fromages, charcuteries et pains dont nous nous régalons depuis le début de notre séjour. Pour agrémenter le tout, Vincent Jonckheere, un compatriote installé en Algarve depuis fin 2014, nous offre ses succulents produits de la mer Saboreal (www.saboreal.pt). Magnifique histoire que celle de ce Carolorégien qui, avec deux associés portugais, a lancé une conserverie artisanale de poisson, histoire de redonner ses lettres de noblesse à une tradition locale hélas devenue désuète. Son développement est à contre-courant des habitudes en matière de conserverie : en optant pour le modèle artisanal, il valorise le travail et le talent humains en lieu et place de la productivité des machines, sélectionne des matières premières alliant qualité, respect de l’environnement et méthodes durables, ne fuit pas vers un rapide besoin de rentabilité. " C’est le seul et vrai secret d’une conserve d’exception. "

Inutile de dire qu'après ce délicieux pique-nique dans un décor enchanteur, le coup de pédale est bien plus léger ! La route grimpe encore pas mal mais le plus dur est derrière nous et, vers le quarantième kilomètre, la récompense s'offre à notre regard : oui, au loin, c'est bien l'océan Atlantique ! De petites routes et chemins de traverse caillouteux au travers de plantations d'agrumes nous permettent d'approcher progressivement de la côte. Le contraste des paysages est aussi flagrant que celui de croiser un berger au visage buriné par le soleil avec son troupeau de chèvre en bordure d'un lotissement dernier cri. Mais histoire de nous familiariser quelque peu à cette région hautement touristique qu'est l'Algarve, c'est par de petites sentes cachées que nous gagnons notre hôtel, en bordure des marais...

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