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Aujourd'hui, je peux pas, j'ai piscine

Aujourd’hui, je peux pas, j’ai piscine
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Aujourd’hui, je peux pas, j’ai piscine - © Tous droits réservés

L’étape de vendredi menait les participants de l’ " Echappée belge " de Torredelcampo dans la province de Jaén, voisine de la Castille à Luque, située au Sud de Cordoue. Soit 54 kilomètres à travers les voies vertes, jumelles de nos Ravel et épousant les anciens rails de la voie ferrée.

Un itinéraire plat comme du billard, qui épouse la vallée supérieure du Guadalquivir, au milieu de la plus grande concentration d’oliviers au monde. L’Espagne est le premier producteur mondial d’huile d’olive et pèse 40% de la production mondiale. Et c’est ici, dans les provinces de Cordoue et de Jaén, que les oliviers sont les plus nombreux : pas moins de 280 millions d’oliviers, pour 40 millions d’Espagnols, soit 7 oliviers par habitant. Le paysage est, une fois de plus, magique, le soleil brûle les bras et les jambes des ravélistes, sous une température de 36°. Je pourrais évoquer la beauté des sites, la blancheur des quelques forteresses surveillant l’immense domaine réservé aux oliviers dont les plantations géométriques évoquent le faste d’une tapisserie du Moyen-Age mais je n’en ai pas la moindre envie. Après ces quelques dizaines de kilomètres avalés dans la poussière et sous une chaleur de plomb, je suis au bord de la piscine de l’hôtel d’un petit village construit sur un piton rocheux.

La piscine surplombe toute la colline et après une poignée de longueurs, en arrivant à son extrémité, j’ai le sentiment d’être entraîné dans le vide. C’est magique mais l’endroit me donne d’emblée une violente allergie à l’ordinateur et mine toute envie d’écrire. D’autant plus que mes compagnons d’aventure empêchent tout exercice de concentration en chantant à tue-tête des chansons à boire. Et que, dans ce ciel uniformément bleu, il me serait impossible de travailler sur un écran ébloui par une belle lumière qui refuse le moindre recoin ombragé.

Vous me rétorquerez qu’il me suffit de trouver refuge dans ma chambre mais, non, décidément l’inspiration ne vient pas. Et la splendeur du site me cloue à la barrière de la piscine où je demeure interdit par la majesté de la vue qui s’ouvre à moi. J’ai d’autant moins envie de bouger qu’une douleur lancinante vrille le bas de ma jambe. Comme si elle avait passé quelques secondes sur le gril d’un barbecue. J’enrage. Je savais que le chiffre 13 collé sur mon vélo m’apporterait la poisse. Au 5ème kilomètre de l’étape, jouant des coudes largement en tête du groupe avec Christophe Bourdon, le coureur-animateur le plus rapide de sa génération, je me suis laissé distraire, l’espace d’un éclair, par la beauté d’un paysage. Je me suis retrouvé au ravin, la chaîne entortillée dans le dérailleur, la roue voilée sous le choc et la jambe striée de quelques profondes cicatrices. Dépassé par mes camarades, j’étais ridicule. Je pensais avoir retrouvé le bon rythme et être capable de me frotter aux meilleurs. Vanitas vanitatum ! Piteux, je repris la route aussi abîmé que les rayons de ma roue arrière. Dans l’avion qui, trois jours plus tôt, nous avait emmené sur le sol andalou, je m’étais pourtant rassuré en jaugeant le profil sportif des lauréats de la saison belge du Ravel belge. J’avais noté qu’Astrid, une digne représentante de " La Libre Belgique ", dont l’âge devait être proche du mien, devait plutôt appartenir à la catégorie des intellectuels peu portés sur le sport qu’à celle des amateurs éclairés et réguliers de la petite reine. J’étais d’autant plus rassuré en la voyant ce matin-là, non pas le sac au dos mais une sacoche verte au guidon, ayant troqué le maillot rouge et le short noir des participants
pour une délicate robe mauve du plus bel effet. Je me disais qu’avec Astrid dans le peloton, je pouvais être assuré de ne pas monter le premier dans la voiture balai. Abominable machisme. Alors qu’à quelques bornes de l’arrivée à Luque, je pensais enfin tenir la bonne cadence, un vélo jaune me dépassa dans un nuage de poussière et prit rapidement quelques longueurs d’avance. Je n’en ai pas cru mes yeux embués par le sable. C’était Astrid.

Non, aujourd’hui, je n’ai pas la moindre intention de vous conter par le menu la journée des membres de l’ " Echappée Belge ".Je préfère rester allongé le long de la piscine et panser mes plaies physiques et morales.

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