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"La Vallée", le nouveau thriller de Bernard Minier écrit en 2019 sur... une ville confinée

Bernard Minier était l'invité confiné du 8/9 pour présenter son nouveau roman La Vallée, un thriller écrit en 2019 mais qui tourne autour d'événements dans une ville confinée.

Le commandant Martin Servaz, l'un des personnages phare de Bernard Minier, est de retour pour une nouvelle enquête !

Un appel au secours au milieu de la nuit, une vallée coupée du monde, une série de meurtres épouvantables, une forêt mystérieuse… À première vue, ces éléments ne semblent pas liés. Et pourtant…

Avec Glacé, Nuit ou encore M, au bord de l'abîme, Bernard Minier est l'un des plus gros vendeurs de thrillers en France et dans le monde entier.

Un succès immédiat

Cette nouvelle histoire impliquant le commandant Martin Servaz devait sortir début avril. Avec le confinement, ce roman est finalement sorti le 20 mai et est déjà en réimpression tellement le succès est au rendez-vous, une réussite qui peut s'expliquer par une moindre affluence des sorties littéraires.

Bernard Minier explique : "C'était une mini rentrée littéraire, parce que pour le premier office, c'est la première foi dans l'histoire de l'édition française qu'il n'y avait que quatre livres alors que d'habitude il y en a plus d'une centaine chaque semaine". Il poursuit : "C'était un risque de la part de mon éditeur de passer premier et c'est un pari gagnant. C'est quand même une formidable nouvelle parce que cela signifie que les lecteurs retournent massivement dans les librairies malgré des conditions qui ne sont pas simples (...) C'est une très bonne nouvelle pour les librairies qui comme chacun sait sont des commerces avec des marges faibles. C'est compliqué pour eux. Ce sont des métiers de passion, de partage".

L'auteur français n'a pas écrit La Vallée pendant le confinement mais il confie s'isoler constamment pour écrire : "Chaque auteur a sa méthode. Moi j'ai besoin de ne pas avoir de bruit, d'être seul, concentré. Je suis donc un peu confiné toute l'année puisque je travaille sept jours sur sept. Cela n'a pas tellement changé vraiment ma routine. Je me mets à la place de tous ces gens qui ont vécu ce confinement dans des petits appartements en famille avec du bruit, avec plein de choses, c'est très compliqué. Moi cela ne m'a pas fondamentalement changé ma vie au quotidien".

L'origine du personnage de Martin Servaz

Cette histoire est déjà la sixième où l'on retrouve le commandant Martin Servaz. L'auteur assure ne pas avoir prévu un nombre de volumes consacré à ce personnage. Il a également écrit deux romans sans lui comme M, le bord de l'abîme sur l'intelligence artificielle et Une putain d'histoire sur des adolescents sur une île près de Seattle. Il affirme : "Martin Servaz fait quand même partie de ma vie. De toute façon même si je voulais faire abstraction de lui, mes lecteurs m'en parlent tout le temps donc ce serait très difficile".

Bernard Minier raconte la genèse de ce personnage désormais emblématiques de ses thrillers : "Il est né progressivement en réalité. J'avais besoin d'un flic toulousain parce que ma première histoire se passait dans une vallée des Pyrénées, mon premier roman Glacé. C'était forcément du ressort soit de la gendarmerie soit du SRPJ de Toulouse, et au début j'avais juste une silhouette, un flic entre deux âges, un peu urbain qui était parachuté dans les montagnes. Petit à petit je l'ai nourri, et il s'est enrichi. Quand j'ai eu terminé ce livre, j'avais ce personnage et j'avais l'impression qu'il était tellement réel, tellement plein de chaire et de pensée, de réflexion sur la société d'aujourd'hui que j'avais envie de faire un bout de chemin avec lui, et ce chemin continue, jusqu'à quand, je ne sais pas".

"J'ai besoin de voyager à travers les objets"

En télé, le spectateur a pu remarquer les objets étonnants, comme un crâne ou des insectes, présents chez Bernard Minier, joint par skype et téléphone dans Le 8/9.

Ces objets reflètent finalement son imagination sur les descriptions sanglantes et détaillées des meurtres de son livre. "Ma maison est un peu un cabinet de curiosité il y a toutes sortes d'origines un peu étranges. J'aime m'entourer de cela et encore plus avec le confinement j'ai besoin de voyager à travers les objets. Il y a beaucoup d'objets comme des mappes-mondes qui évoquent le voyage dans ma maison. J'ai besoin de nourrir mon imagination et d'être stimulé en permanence. Ces crânes c'est un peu aussi ce qu'on appelle des memento mori, souviens-toi que tu mourras, et qui rappelle à chaque homme avide de pouvoir ou d'argent notre terme à tous. Parce que je parle aussi beaucoup de cela, de la mort. Je vais de temps en temps au Mexique pour des festivals ou autres et la mort fait partie de la vie. Il y a des crânes partout et c'est totalement naturel alors que dans notre civilisation occidentale on a beaucoup plus de mal avec ces choses-là".


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Des meurtres dans une ville confinée

Du voyage, Bernard Minier vous en propose un très étrange. Terminé fin de l'hiver, ce roman est parti chez l'imprimeur en février et raconte une série de meurtres au sein d'une ville confinée, un hasard très étrange de l'avis de l'auteur.

Dans La Vallée, "il y a un éboulement, la montagne s'effondre sur cette unique route qui accède à cette vallée. Cette ville se retrouve coupée du monde. Ce qui est assez étrange c'est que le livre a été écrit avant dedans mais on a des enfants qui ne vont plus à l'école, des parents qui sont au chômage technique et en plus un assassin au sein de la population qui commence à dézinguer avec une certaine imagination de la mise en scène, donc la population panique et se révolte" relate l'écrivain.

Cette révolte est un clin d'œil à une autre crise vécue en France, celle des gilets jaunes. "Je ne pouvais pas ne pas parler de ce qu'il s'est passé en 2019 en France. Dans le livre ce ne sont pas les gilets jaunes mais c'est une population qui comme dans notre pays la confiance est brisée entre la population et l'autorité, ses représentants, les médias et même au sein de la population elle-même. On voit la communauté de cette petite vallée se déchirer et apparaître les mêmes fractures que dans la société française d'aujourd'hui" analyse-t-il.