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La ligne Pékin-Hankou : quand la Belgique ne mettait que 7 ans à construire un projet ferroviaire pharaonique

Le dessinateur belge François Schuiten était l’invité du 8/9 pour son livre Pékin-Hankou, la grande épopée et l’exposition correspondante, à Train World à Bruxelles. Il est revenu sur le chantier incroyable mené début du 20e siècle par la Belgique et qui fut réalisé en 7 ans.

Ce livre-événement doublé d’une exposition dans l’espace Train World à Bruxelles retrace l’histoire des Belges et des Français qui, au début du 20e siècle ont construit la plus grande ligne de chemins de fer de l’époque en Chine.

Cette ligne était destinée à relier le nord et le sud de l’Empire du Milieu, entre Pékin et Hankou, l’actuelle Wuhan.

Grâce à ce livre et à cette exposition, vous voyagerez à travers des documents d’archives inédits et des dessins originaux réalisés entre autres par François Schuiten.

Une exposition à découvrir du 7 mai au 10 octobre au musée du train à Bruxelles.

L’aide d’une puissance à une autre

1898 : un chantier pharaonique débute en Chine, mené par la Belgique et la France, celui d’une ligne de chemins de fer entre Pékin et Hankou, une ville qui fusionnera ensuite avec une autre pour donner l’actuelle Wuhan.

Ce projet, en pleine Révolution industrielle, est aussi indispensable que stratégique pour la Chine comme l’explique François Schuiten puisque "c’est le cœur même de cet immense pays. Un homme en particulier incarne cette modernisation de locomotion pour ce vaste état : Jean Jadot, un ingénieur belge de 37 ans qui réalise un projet titanesque "car 1200 km de ligne ferroviaire dans un pays comme celui-là, c’est un tour de force”.


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Si aujourd’hui, la Belgique comme pays de référence pour le chemin de fer prête à sourire, à l’époque, notre pays est un partenaire de choix pour l’Empire du Milieu, pour diverses raisons. "La Belgique, c’est la 3e plus grande puissance du monde à l’époque" souligne d’abord le dessinateur de 65 ans. "Ils ont une expertise sur le monde ferroviaire et des ponts. Ils ont donc une très bonne réputation avec Léopold II qui pousse derrière. Et puis il faut le dire, ils sont moins voraces que les Français, Anglais et Japonais qui sont autour de la Chine, prêts à bondir (NDLR : dans un contexte impérialiste, de course à la colonisation)".

Des chiffres qui donnent le tournis

Le chantier impressionne par sa taille évidemment mais aussi par les difficultés du terrain auxquelles est confronté Jean Jadot. "Il a une petite expérience en Egypte, il a déjà fait ses preuves. Mais la Chine est un immense pays très mystérieux pour un Occidental, donc cela doit être un pari incroyable à comprendre comment fonctionne un pays comme celui-là" estime François Schuiten. "On se déplace à dos de chameau ou chaise à porteurs : imaginez le basculement que représente l’arrivée du train et ce que cela doit être comme difficulté de traverser des régions, des centaines de kilomètres dans de telles conditions". Aucune voie entre les deux villes n’est en effet praticable.

L’ingénieur peut toutefois compter sur environ 50.000 travailleurs, en majorité chinois, pour relier Pékin à Hankou. Ce projet n’est pourtant pas qu’industriel, c’est aussi une histoire de la diplomatie belgo-chinoise. "Il faut réunir les régions, avec beaucoup de travail stratégique et diplomatique, il y a des guerres. C’est très complexe ce qu’il a devant lui et c’est ce qui est intéressant : il se révèle grand stratège et diplomate et trouve même les financements pour arriver au bout".

Et Jadot arrive au bout : 12 novembre 1905 : la ligne est inaugurée. 1214 km de ligne, 125 gares et 2420 ponts et ouvrages d’art ont été construits en 7 ans de travaux.

La Chine opposée à ressasser son passé industriel

Pékin-Hankou, la grande épopée, est un livre qui accompagne une exposition à Train World. Les deux regorgent de documents exceptionnels avec des photos de l’inauguration, les accords et contrats passés entre sociétés,… Pourtant la récolte d’archives n’a pas été aisée, la Chine essayant d’étouffer cette histoire.

François Schuiten note que cette période "n’est pas le meilleur moment de la Chine". "Ils sont assez affaiblis et vivent mal le pouvoir que les Occidentaux ont sur leur pays. On a bien compris que cette période ils veulent la faire disparaître. C’est un peu dommage parce que c’est en même temps une période très intéressante qui permet de comprendre ce que sont la Chine, la Belgique, l’Europe face à ces enjeux, et de comprendre même ce qui arrive aujourd’hui et la façon dont la Chine agit aujourd’hui".

Les Chinois n’auraient d’ailleurs répondu à aucune demande de l’exposition, une situation que déplore le dessinateur car on y représente également la puissance ferroviaire actuelle de la Chine. "C’est une histoire incroyable parce qu’ils ont un nombre de trains et de lignes (30.000 km) à grande vitesse extraordinaire. Ils ont sans doute le réseau le plus développé qui soit avec des performances incontestables de sécurité et de rapidité".

Une collaboration artistique

François Schuiten apporte sa contribution à l’ouvrage notamment au travers d’illustrations artistiques à l’encre de Chine en collaboration avec l’artiste chinois Li Kunwu. Le dessinateur a apprécié ce travail très symbolique. "On a essayé de retrouver la complicité belgo-chinoise en faisant des dessins à 4 mains, qui sont un peu les moments clés de cette histoire".

Découvrez d’urgence tous ces moments clés de cette histoire incroyable, quand la Belgique était au sommet du monde ferroviaire, dans Pékin-Hankou, la grande épopée, ainsi que dans l’exposition De Pékin à Hankou, une aventure belge en Chine, à Train World.

Du lundi au vendredi, retrouvez l’invité du jour dans Le 8/9 à suivre sur VivaCité et en télé sur La Une. Pour connaître le programme de la semaine, c’est par ici.

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© Archives Jean Jadot
© Archives Jean Jadot
© Archives BNP Paribas
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