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Eva Darlan : "Outre la violence sexuelle dans un couple, il y a l’emprise économique et familiale"

La comédienne, productrice et réalisatrice Eva Darlan était l’invitée du 8/9 pour présenter Les Bruits du cœur, son livre paru fin octobre 2020, portant un message féministe rempli d’espoir.

Dans ce livre, Eva Darlan retrace le parcours chaotique de Marie. À 42 ans, elle admet que sa vie stagne et qu’elle vit amèrement ses échecs. Une mauvaise rencontre et un deuil terrible vont définitivement plonger Marie dans une descente aux enfers !

Alors qu’elle est au plus mal, Marie reçoit de l’aide. Acceptera-t-elle cette main tendue ? Parviendra-t-elle à tourner la page et à avancer ?

Vous connaissez surtout Eva Darlan pour ses rôles au cinéma dans Le Château des oliviers, Je vous trouve très beau aux côtés de Michel Blanc et d’Isabelle Mergault ou encore Banzaï aux côtés de Coluche. La comédienne est très engagée dans la lutte pour l’égalité hommes-femmes, ce livre est une sorte de condensé de tous ces combats.

Les inégalités de genre professionnelles

Eva Darlan s’intéresse à la place des femmes dans la société avec Les Bruits du cœur, au travers du parcours difficile de Marie. Dès ses études la jeune femme est confrontée à des inégalités de genre. Elle étudie aux Beaux-Arts mais elle peine à percer dans la voie artistique dans le monde professionnel. "La proportion de filles qui rentrent aux Beaux-Arts est de 65% et ensuite quand elles ressortent, dans les galeries, il y a 70% d’hommes et 30% de femmes. Le rapport s’inverse donc entièrement. Les artistes femmes n’ont pas de place dans ce métier. On les retrouve dans leur atelier, c’est-à-dire à la maison" déplore l’auteure.


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Cet exemple représente selon elle la société dans son ensemble et le fait que dans le monde artistique, les femmes n’ont que peu d’opportunités. "Bien sûr on n’est pas d’accord et on essaie d’apporter nos projets, notre vivacité et nos compétences mais on a vraiment du mal. C’est difficile aussi bien pour les actrices ou réalisatrices. Je crois qu’il y a 1% de réalisatrices de séries pour la télévision" avance-t-elle.

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© Dominique Faget / AFP

Le féminisme, c’est chercher l’égalité hommes-femmes

La romancière livre donc un message résolument féministe et tourné vers l’avenir, à un moment où l’on commence à aborder l’Histoire sous un angle plus égalitaire entre hommes et femmes… même si le chemin est encore long. "Il y a donc tout un mouvement de femmes qui est présent pour essayer de réhabiliter ces femmes qui ont été absolument ignorées. Mais c’est normal, ce n’est pas seulement dans ce cas, toute la société est patriarcale. Elle se défend et n’a pas envie de laisser la moitié de son pouvoir aux femmes" expose-t-elle.

C’est pourtant cela qu’il faudrait faire : le féminisme, c’est parler d’égalité : ce serait avoir 50% de tout, parfois 40 ou 60 peu importe, mais d’avoir les mêmes possibilités et les mêmes droits.

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© Bertrand Guay / AFP

La violence sexuelle de l’homme sur la femme

Marie n’est pas confrontée qu’aux difficultés professionnelles. Elle connaît un véritable calvaire presque inextricable dans son couple. Elle pense trouver l’amour mais elle subit rapidement des violences physique et psychologique, à la limite du viol. Eva Darlan explique comment son héroïne tombe dans ce piège : "Elle a trop envie d’amour que pour ne pas passer à côté de cet homme sublime qu’elle trouve d’une immense beauté, très proche de la nature. Il est manadier en Camargue, proche des chevaux et des taureaux. Cela la séduit terriblement. C’est une petite image d’Épinal".

Mais derrière cette image de gendre idéal se cache une réalité bien plus sombre : cet homme la soumet par la sexualité. "La sexualité au sein du couple et la violence et l’emprise exercée par l’homme sur la femme à ce niveau on n’en parle pas. J’ai donc voulu aborder cela" révèle la comédienne et auteure. "Leur histoire se termine très mal mais elle a quand même le ressort de partir. C’est très dur de partir parce qu’en dehors de cette violence dans la sexualité, il y a les emprises économiques, familiales comme ce que l’on fait des enfants, les violences psychologiques quand on est rabaissée".

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© Loïc Venance / AFP

Toujours une éclaircie dans la grisaille

Si Marie réalise une véritable descente aux enfers dans sa vie, ce roman se dresse toutefois comme source d’espoir pour les femmes. "C’est une histoire que j’avais envie de raconter, celle de la chute d’une femme qui se retrouve à la rue, se retrouve sans rien, et qui accepte quand même un jour une main tendue et elle se reconstruit et sera enfin heureuse" déclare Eva Darlan.

C’est quand même un livre qui se termine bien parce que la vie ne peut pas tout le temps être un drame. Il y a des drames qui l’amènent à être elle-même. Tout ce qu’elle avait en elle finira par s’épanouir grâce au chemin terrible et douloureux qu’elle a vécu.

C’est également grâce à l’amour d’un autre homme, "qu’elle reconnaît comme le vrai amour de sa vie", qu’elle s’en sort enfin. "C’est quelqu’un qui est détruit et qui lui donne le meilleur de lui, qui s’est reconstruit, travaille chez Emmaüs et qui se donne à cette femme qui accepte enfin ce rapport de don d’égalité et d’échange" résume-t-elle.

À travers cette histoire, Eva Darlan conte en quelque sorte la sienne : "Je suis tous les personnages, comme Madame Bovary. Bien sûr que certaines douleurs et certains enthousiasmes je les ai vécus et puis j’en ai projetés et inventés".

Du lundi au vendredi, retrouvez l’invité du jour dans Le 8/9 à suivre sur VivaCité et en télé sur La Une. Pour connaître le programme de la semaine, c’est par ici.

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