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Daniel Picouly, l'auteur qui fait renaître Proust : "Aujourd'hui, il appartient à tout le monde"

L'écrivain Daniel Picouly était l'invité du 8/9 ce 8 septembre pour son nouveau livre Longtemps je me suis couché de bonheur, un roman qui met en scène sa vie et son amour pour Marcel Proust.

En 1964 à Orly, l’amour pousse un jeune adolescent de 15 ans à s’intéresser à Marcel Proust et à ses œuvres. Tout son monde tourne autour de La Recherche, le premier roman de l'écrivain français, jusqu'à tourner à l'obsession.

Alors que l'adolescent voyage entre rêve et réalité, une chose est sûre : quand il sera grand, il sera Proust !

Dans ce livre, Daniel Picouly use de fantaisie pour rendre hommage à la littérature, à l’école, aux professeurs mais surtout… à Marcel Proust !

La découverte de Proust

Longtemps je me suis couché de bonheur est donc avant-tout un roman hommage à l'auteur qui a bercé son adolescence et qu'il a découvert "à cause des filles".

"J'ai rencontré cette petite crâneuse dans une libraire qui lisait Proust et tout le monde s'était émerveillé qu'à son âge on lise Proust. Je me suis demandé : 'Cette petite crâneuse peut lire du Proust et pas moi ?' Et moi qui étais venu pour m'acheter une maquette d'avion en plastique comme beaucoup de garçons à cet âge, je suis reparti avec un Proust pour toute la vie et avec un amour pour quelques jours" se remémore Daniel Picouly.

Il faut dire aussi que l'auteur vivait dans une cité HLM au sein d'une famille de 13 enfants et ils n'avaient pas la place pour entreposer des livres. Les romans, il le connaissait uniquement par ceux empruntés à la bibliothèque dans le cadre scolaire.

"Le covid a fait du bien à l'image des professeurs"

À ce propos, le roman de Daniel Picouly met à l'honneur le travail des enseignants, qui s'est d'après lui valorisé avec le confinement, les parents se rendant compte qu'enseigner une matière à leurs enfants n'étant pas tâche aisée. "Ce sont les vrais héros de l'époque, je pense que le covid a fait du bien à l'image des professeurs" clame-t-il.

Son hommage au corps enseignant se traduit dans son parcours de vie au sein de son roman. "On est en 1964 dans une cité HLM, vous avez en face de vous 34 aimables sauvages qui ne veulent qu'une chose : partir en récréation et chahuter. Nos profs avaient cette espèce d'énergie et d'engagement qui faisait qu'ils ne se laissaient pas prendre à cette apparence de petit sauvageon que nous étions. Ils nous conjuguaient au futur. Ils imaginaient ce qu'on deviendrait et travaillaient à cela. À chaque fois où j'ai rencontré des gens qui ne se laissaient pas faire à mon insolence apparente et adolescente, j'ai toujours voulu les remercier" déclare-t-il.

Du mensonge au métier d'écrivain

Daniel Picouly raconte aussi comment il a souhaité devenir écrivain : par le mensonge en classe. "Je faisais des rédactions où je racontais les exploits de mon père à la chasse ou à la pêche alors qu'il revenait toujours bredouille. Il n'a jamais rien rapporté. J'en ai fait un héros comme pour tous les gosses qui ont un héros comme père. Avec cette héroïsation, j'avais de super bonnes notes en rédaction alors que la vérité était infime. J'ai pensé : 'Si on peut avoir de bonnes notes pas en racontant n'importe quoi mais en meublant la vérité, c'est un beau métier, je ferai cela plus tard'" révèle l'auteur qui estime que sa profession est de raconter des histoires et de "fabriquer la réalité".

Proust appartient à tout le monde

Longtemps je me suis couché de bonheur est donc le récit d'un parcours presque autobiographique pour Daniel Picouly. L'écrivain confie toutefois avoir changé les noms des protagonistes en des noms Proustiens afin de confondre l'univers des deux auteurs malgré la connotation bourgeoise et érudite de l'oeuvre de Marcel Proust

"Proust c'est une comédie humaine, pas simplement celle du Faubourg Saint-Germain (NDLR : quartier chic de Paris), de l'aristocratie ou des dandys" souligne-t-il.

Il y a dans Proust autant de bêtise qu'il y en a partout ailleurs. La bêtise c'est l'une des choses les plus répandues dans toutes les sociétés.

C'est l'objet du livre : l'univers de Proust est propre à tous les âges et toutes les classes. "Plein de gens ont voulu s'approprier Proust, le garder pour eux. Ce sont souvent des gens cultivés mais non Proust il est à moi, je l'ai emmené dans ma cité et je peux vous assurer qu'il s'y sentait bien. Proust aujourd'hui appartient à tout le monde. Si vous ne l'avez pas lu, cela n'a pas une très grande importance, vous pouvez être 'emprousté' par un autre auteur, quelqu'un qui vous prend la tête, la vie et vous fait du bien. Mais c'est à vous, assumez-le, et n'ayez pas peur de ce que les autres disent en littérature des grands auteurs. Vous avez droit de l'aimer, au niveau que vous voulez et pour de 'mauvaises raisons' (NDLR : sous-entendu comme lui, pour impressionner les filles)" déclare Daniel Picouly.

Du lundi au vendredi, retrouvez l’invité du jour dans Le 8/9 à suivre sur VivaCité et en télé sur La Une. Pour connaître le programme de la semaine, c’est par ici.

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