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Bea Diallo : "En boxe il y a des règles, en politique il faut regarder derrière et éviter les coups bas"

L’ancien champion du monde de boxe Bea Diallo était l’invité du 8/9 pour son livre Du ring de boxe à l’engagement citoyen qui évoque ses combats sportifs et politiques.

"La boxe m’a permis d’être l’homme que je suis aujourd’hui"

Béa Diallo est né au Libéria d’un père guinéen et d’une mère sénégalaise. Adolescent, il était souvent en colère, agressif et enchaînait les actes de violence. À 16 ans, c’est la pratique de la boxe qui lui a appris à se discipliner. Le boxeur belge compte plusieurs titres à son actif dont celui de champion du monde des poids super-moyens en 2007.

Après des études universitaires, il s’est engagé en politique. Mais la boxe ne l’a jamais quitté, il enseigne toujours ce sport aux jeunes de l’équipe nationale.

Ses débuts dans la boxe

Bea Diallo débute la boxe… en mentant à son père, lui faisant signer un document d’inscription pour des prétendus cours de football. Il explique ce choix de commencer ce sport en toute discrétion : "J’ai dû le cacher à mon papa parce que je pense que beaucoup de parents avaient beaucoup d’appréhension à l’époque parce qu’on a toujours peur du danger que représente la boxe. Par contre c’était vraiment une passion que je voulais pratiquer. J’ai donc triché au début". Le père de Béa découvre le sport que pratique en réalité son fils lorsque celui-ci a 16 ans et mène son premier combat officiel.


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Le boxeur gravit ensuite les échelons pour devenir une vedette internationale. Il lui est pourtant arrivé des mésaventures en tant que professionnel qu’il raconte dans son livre, notamment lors d’un match en 1994 au Monténégro. "J’ai 20 ans, j’ai encore beaucoup d’insouciance. […] J’arrive là-bas et tout le monde me regarde, les filles aussi. Mon manager me dit que j’ai beaucoup de succès ici et dans la rue je me retrouve face à une affiche et je comprends pourquoi on me regarde : ce n’était pas moi dessus" se souvient-il.

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© François Walschaerts / Belga

Un sport pour le canaliser

La boxe a été presque salvatrice pour Bea Diallo. Jeune, l’ancien champion du monde détestait l’injustice et n’hésitait pas à rendre les coups à ceux qui se comportaient mal avec lui ou ses proches. "J’ai un ami qui s’est fait tabasser et s’est retrouvé paralysé avec un œil en moins, cela m’a complètement traumatisé. Je n’avais plus de mode d’expression. Le seul que j’avais, c’étaient mes poings. Quand on attaquait quelqu’un j’avais envie de sauter sur la personne et lui rendre ses coups. J’ai dû canaliser tout cela à travers le sport, la boxe et me rendre compte qu’il y avait des règles" déclare-t-il.

Dans Du ring de boxe à l’engagement citoyen, le boxeur raconte notamment la première fois où, grâce à la pratique de son sport de combat, il parvient à contrôler ses nerfs. Assis à table en train de manger dans un internat, il ne mange pas tous ses épinards. Le directeur lui fait alors cette remarque : "Attention quand on vient d’un pays comme le vôtre, il faut tout manger et ne pas gaspiller la nourriture". "Je me suis levé en une fois pour lui sauter dessus. Finalement j’ai réussi à me retenir. C’est une des premières fois où j’ai réussi à me canaliser. 'Monsieur vous avez de la chance, il y a quelque temps je vous aurais sauté dessus et arraché la tête' lui ai-je lancé. Finalement il s’est excusé" raconte-t-il.

Partager ses croyances pour éviter le racisme

Dans son livre, Bea Diallo insiste sur l’éducation citoyenne aux jeunes face au racisme, pas assez mise en avant selon lui. Musulman, il vit avec une femme de culture chrétienne. "On se respecte l’un l’autre et je trouve que c’est important d’apprendre ce qu’on appelle aujourd’hui un partage commun, par rapport à la société dans laquelle on vit" estime-t-il. "On est dans une société où il y a de plus en plus de tensions avec cette génération qu’on endoctrine. La mienne, on canalisait plutôt son énergie sur autre chose. Aujourd’hui ils sont endoctrinés par des gens, et on utilise la religion comme prétexte pour parfois attirer certains jeunes qui trouvent peut-être des voies à travers cela. Je trouve donc qu’il y a vraiment un travail de fond à mettre en place pour partager et apprendre à se connaître les uns les autres".

Pour le boxeur, le racisme se manifeste parce qu’on ne connaît pas l’autre personne en face de soi : "Quand on apprend à connaître l’autre, c’est différent".

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© Laurie Dieffembacq

Les débuts de son engagement politique

Bea Diallo est également connu pour son engagement politique qu’il entreprend en 2004 dans les rangs du PS d’Ixelles. Le boxeur refuse dans un premier temps alors qu’il compte s’installer ailleurs que dans la capitale, mais participe à l’élaboration du programme jeunesse-emploi-sport de sa commune, un programme qui l’intéresse, observant les difficultés dans ces secteurs à Bruxelles. Il soutient finalement la liste avec comme slogan 'Maintenant je vais me battre pour vous'. "Puis j’ai fait un score incroyable (NDLR : il siège dès cette année en tant que député du Parlement bruxellois et devient échevin dès 2006). J’étais en train de quitter Bruxelles et je me suis demandé ce que je faisais. Je suis élu et en plus j’étais un des premiers d’origine africaine à l’être à Bruxelles et j’avais des responsabilités, mon entreprise, j’étais au sommet de ma carrière en 2004 en étant champion intercontinental des poids moyens. J’ai fait le choix de quand même tenter l’aventure et suis revenu à Bruxelles" relate-t-il.

Fort de ces deux expériences, le boxeur remarque que le combat sur le ring et le combat politique sont fortement opposés.

Je dis souvent que la boxe il y a des règles, avec un arbitre qui peut vous sanctionner si vous tapez en bas. La politique, il faut parfois avoir le regard tourné vers l’arrière et voir arriver les coups bas.

L’ancien champion du monde trouve ainsi que la politique est un monde compliqué, mais rien n’arrête celui qui se battra toujours pour un monde plus juste.

Du lundi au vendredi, retrouvez l’invité du jour dans Le 8/9 à suivre sur VivaCité et en télé sur La Une. Pour connaître le programme de la semaine, c’est par ici.

 
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