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Anne Gruwez pour la prison, mais à courte durée car "elle détruit assez rapidement"

La juge belge Anne Gruwez était l'invitée du 8/9 pour présenter son livre Tais-toi ! Si la justice m'était comptée, un condensé d'expériences vécues dans son travail, invitant le lecteur à la réflexion sur le système juridique et pénitentiaire.

Vous avez découvert la juge d'instruction, Anne Gruwez, dans le film documentaire Ni juge, ni soumise. Elle nous confie désormais dans un livre, paru en septembre 2020, d'autres anecdotes sur son métier. 

Avec Tais-toi ! Si la justice m'étais comptée, Anne Gruwez propose en quelque sorte une suite au documentaire en nous livrant de nouvelles histoires parfois dramatiquement vraies : la grandeur et les misères de la Justice, l'utilité des prisons, celle de l'emprisonnement et le ratage du système pénitentiaire, la dignité en cellule, les violences conjugales, le sexe tarifié… la juge aborde de nombreux thèmes qui font débat sur un ton dont elle seule a le secret.

Inviter le lecteur à la réflexion sur la justice belge

Le titre de ce livre de la juge Anne Gruwez résume son caractère bien affirmé. "Souvent je me dis que j'aurais mieux fait de me taire" glisse-t-elle. La principale protagoniste du documentaire Ni juge, ni soumise ne regrette en tout cas aucune de ses prises de position, et encore moins dans Tais-toi.


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L'ouvrage, écrit avant la crise sanitaire de 2020, multiplie les sujets de conversation autour du système juridique et judiciaire belge, pour lesquels elle incite le lecteur à la réflexion. "Ce n'est pas une histoire complète, il n'y a pas de fil rouge, un meurtre au début et la découverte d'un assassin à la fin, c'est simplement proposer de réfléchir à diverses idées" résume-t-elle.

Le problème administratif de l'arrivée en prison

Parmi les sujets développés, des récits parfois effarants sur le surréalisme de l'incarcération en Belgique. Elle raconte à ce sujet l'histoire d'un condamné - ayant pourtant tout fait pour éviter la prison selon la juge - à quatre ans de détention, et qui, au moment d'être écroué, doit s'y reprendre à trois fois pour avoir une place à la prison de Saint-Gilles, notamment parce qu'il n'est une fois pas arrivé à la bonne heure ou avait, une autre fois, oublié son billet d'écrou.

Anne Gruwez commente plus amplement cette anecdote : "On n'écroue pas comme on veut à la prison de Saint-Gilles. C'est une question bêtement administrative de fonctionnarisation. Vous avez un certain nombre de condamnés (dans la prison). Par exemple, vous êtes condamné le 6 janvier et vous en prenez pour 5 ans. Vous recevez votre billet d'écrou assez rapidement pour entrer en prison endéans les 15 jours, disons, avant le 6 février. Mais ce délai n'est pas suffisant à l'administration pénitentiaire à mon sens, pour se rendre compte qu'il faut libérer une place à la prison de Saint-Gilles qui est déjà surpeuplée pour faire entrer un condamné".

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© Laurie Dieffembacq / Belga

La médiatisation de son travail

Anne Gruwez est devenue, sans aucun doute, grâce à la médiatisation de son travail et de son franc parler suite au documentaire Ni juge, ni soumise, l'une des vedettes de la Justice belge, au points que certains clients... sont heureux de la rencontrer

C'est ainsi le cas dans le cadre de nouveaux dossiers judiciaires : "Quand je recroise une vieille connaissance je lui dis : 'Mais ce n'est pas possible vous êtes encore là ?'. La personne me répond : 'Vous savez Madame je ne l'ai pas fait exprès, ce n'est pas moi'".

Mais c'est aussi le cas en dehors de son travail où deux anciens clients l'ont remercié de son travail. Baissée dans les rayons cherchant après du papier-toilette dans une grande surface non loin de chez elle, "une position ô combien gratifiante", elle entend à côté d'elle "Bonjour Madame Gruwez". Étonnée de se retrouver nez-à-nez avec un ancien détenu qu'elle avait envoyé en prison, ce dernier lui répond qu'elle connaît aussi bien le caissier. "Je me retrouve face à ces deux types dont le premier qui dit : 'Vous m'avez mis en taule au bon moment, et je vous en remercie parce que j'aurais fait des conneries maintenant cela va mieux' et le second qui me dit : 'Vous ne m'avez pas mis en taule au bon moment et je vous en remercie parce que maintenant cela va mieux'. Cela dépend du point de vue" se souvient-elle.

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© Ronald Dersin

Pour la prison, mais à courte durée

Anne Gruwez confirme être favorable à la prison, "sinon je ne resterais pas dans mon métier" observe-t-elle, mais pas pour une longue période. Le problème des prisons selon elle ? "Elle détruit assez rapidement. Vous intégrez la loi du plus fort qui n'est pas nécessairement la bonne".

Elle milite donc pour :

Un emprisonnement rapide, qui soit rapidement mis à profit, pour récupérer la personne et lui montrer qu'il y a moyen d'arriver à ses rêves sans nécessairement faire des dégâts.

Dans tous les cas, la juge d'instruction belge, n'a aucunement craint pour des éventuelles représailles, pour deux raisons : "Premièrement, j'ai un gros avantage sur la plupart des gens, je n'ai pas d'enfant, il faut en tenir compte. Deuxièmement, les policiers, qui n'ont pas le pouvoir comme moi, à qui on dit : 'Je te connais tu t'appelles ainsi, tu as trois enfants, tu habites là', je comprends que le mec trouve cela désagréable. Vous avez alors une montée de violence, c'est-à-dire des personnes qui menacent l'un et l'autre et cela peut mal se terminer".

La juge conclut avec un petit avis sur l'interminable chantier du Palais de Justice de Bruxelles, à l'image de la Justice en Belgique selon elle, dont on annonce la disparition des échafaudages dans les 10 ans. "Je me pose la question de savoir comment il tiendra debout sans ses échafaudages" lance-t-elle sans langue de bois.

Retrouvez les avis d'Anne Gruwez dans C'est pas fini avec Patrick Weber du lundi au jeudi de 18h à 19h30 sur VivaCité.

Du lundi au vendredi, retrouvez l’invité du jour dans Le 8/9 à suivre sur VivaCité et en télé sur La Une. Pour connaître le programme de la semaine, c’est par ici.

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