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Akhenaton, leader d’IAM : "Aujourd’hui, la mort ne me rend pas triste mais heureux d’être sur terre"

Akhenaton, le leader du groupe IAM, était l’invité du 8/9 pour présenter son livre et sa chanson intitulés La faim de leur monde, une nouvelle version d’un titre sorti en 2006 qui déplore un monde qui ne tourne pas rond, emporté par la peur.

IAM est l’un des plus grands groupes français de rap. Même si vous n’en êtes pas fan, vous connaissez sans doute leur tube Je danse le mia.

En 2006, Akhenaton écrit avec le groupe IAM la chanson La fin de leur monde. Ce titre parle des mensonges, de l’hypocrisie et des injustices de la politique internationale. Mais il était rempli d’espoir pour le futur.

15 ans après, Akhenaton revient avec une nouvelle version de ce texte qu’il reprend dans son livre : La faim de leur monde. Le constat du rappeur est simple : le monde ne s’est pas amélioré. Au contraire, la situation s’est aggravée.

Un texte inspiré du décès de sa mère

Dans cette version 2.0, Akhenaton s’adresse en premier lieu à sa mère, décédée en septembre 2020, une militante de gauche et syndicaliste. Il y parle aussi d’écologie, de la guerre, de la haine sur les réseaux sociaux, de spiritualité, de vivre-ensemble…

Le rappeur français explique la genèse de ce texte qui prend ses racines bien avant 2020 : "À l’époque où on faisait un album qui s’appelait Rêvolution en 2016, après les attentats de Nice, j’ai commencé à écrire quelques lignes. Je les avais consignées sur quelques feuilles. Lorsque j’ai écrit ce poème-là, j’ai repris la petite partie écrite en 2016 et incorporée au morceau. Le départ de ma maman a été à la fois brutal et m’a donné envie de prolonger les discussions avec elle et (d’évoquer) la vision d’un état général du monde qui n’utilise plus la raison et est en proie à la peur permanente".


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La pandémie de coronavirus a aussi sa place dans ce texte universel, d’autant plus que le leader d’IAM a perdu plusieurs proches de conséquences indirectes de la pandémie : par manque de soin ou des suicides. "C’est une période extrêmement compliquée et je pense qu’on n’en a pas fini car les conséquences risquent de se prolonger" déplore-t-il.

Une chanson qui alerte le citoyen

Akhenaton regrette donc l’actualité et ne se montre également pas optimiste sur les prochaines années de notre existence dans La faim de leur monde, alors qu’il prédisait l’inverse sur La fin de leur monde en 2006.

"La peur, pour moi, c’est le principal danger qui guette l’humanité sur beaucoup de points. Une humanité en proie à la peur permanente prend des décisions qui ne sont pas raisonnables. On met les cerveaux en pause et on suit tous dans un même sens ces décisions qui peuvent parfois être bonnes mais parfois mauvaises aussi" pointe-t-il.

Cette nouvelle chanson et ce livre alertent à la fois le public sur les conséquences de nos modes de pensée, et revêtent pour l’artiste une véritable fonction cathartique. "Quand j’ai commencé à écrire j’étais dans les couloirs de l’hôpital pour accompagner ma maman" se souvient-il. "C’est ma manière à moi de me sortir les choses et de me guérir. Je préfère prendre une feuille et un papier".

Un monde qui ne tourne pas rond

Dans cette nouvelle chanson qui dure 19 minutes, Akhenaton se dit notamment lassé de chanter constamment les mêmes problèmes sociétaux. Selon le rappeur, il est grand temps que l’humanité recrée des liens et se déconnecte des technologies.

"Le monde a basculé dans un individualisme et les gens sont connectés à l’information en boucle et l’anxiété en permanence. Je dis juste que j’aimerais que nos sociétés sortent de cela" résume-t-il. Le rappeur marseillais prend l’exemple récent d’un politicien lyonnais filmant des jeunes s’amusant à effectuer des dérapages avec leur voiture dans les rues. "On en est à la 8e page du journal local érigée en info nationale en boucle maintenant. On a donc l’impression d’avoir un sentiment d’insécurité qui se prolonge. Au bout d’un moment, il faut que les journalistes fassent leur travail parce qu’à force de jouer avec l’anxiété pour vendre de l’espace publicitaire, cela causera des dégâts irréversibles dans nos sociétés" prévient-il, rappelant que ces mêmes politiciens de l’opposition étaient les premiers à plonger dans la violence.

Le leader d’IAM estime avoir accompli son travail de citoyen en dénonçant artistiquement de telles mentalités. Le problème selon lui : "Nos sociétés en proie à la pandémie, s’attaquent à la culture en premier".

Des solutions pour recréer du lien social

Pour ne pas courir à la catastrophe, Akhenaton propose des solutions centrées sur une culture "plus riche et profonde".

"Cela passe par la télévision, par des programmes beaucoup plus intéressants qui permettent de découvrir et comprendre les autres, de comprendre et lire l’histoire" suggère-t-il. "Je pense qu’avec les smartphones, on s’est renfermé sur nous-mêmes. Comme on est des êtres sociaux et que la peur est peut-être le sentiment qui se transmet le plus vite, on écoute nos peurs en boucle".

Il faut rebrancher les cerveaux et se redécouvrir, redialoguer. Quand on pense à faire des révolutions de manière violente, cela ne sert strictement à rien.

Si le rappeur français prône un message pacifique mais avec beaucoup de convictions, c’est parce que la vie est trop courte pour la gâcher avec des futilités. "On ne s’aperçoit pas à quel point on a la chance d’être ici. Quand on est confronté à la mort comme je l’ai été avec des tas de gens que j’aime ces derniers temps, on réalise combien la vie est précieuse. Aujourd’hui, la mort ne me rend pas triste, elle me rend heureux d’être sur terre et je fais en sorte que chaque minute que je passe ici soit la plus délicieuse possible".

Du lundi au vendredi, retrouvez l’invité du jour dans Le 8/9 à suivre sur VivaCité et en télé sur La Une. Pour connaître le programme de la semaine, c’est par ici.

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