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Vendée Globe : voici pourquoi elle est qualifiée de course "la plus folle du monde"

Vendée Globe : voici pourquoi on la qualifie de course "la plus folle du monde"
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Vendée Globe : voici pourquoi on la qualifie de course "la plus folle du monde" - © LOIC VENANCE - AFP

À l'occasion du départ de la neuvième édition du Vendée Globe, Gilles Goetghebuer, le chroniqueur sports et rédacteur en chef du Zatopek magazine a retracé l'histoire de la première édition de cette épreuve mythique dans Le 6-8.

Le 8 novembre démarre la neuvième édition du Vendée Globe, le tour du monde à voile en solitaire sans escale sur un voilier monocoque.

Sa première organisation remonte à 1968. Cette édition a été racontée par l'écrivain britannique Peter Nichols. "On comprend, au récit de cette première édition, pourquoi c'est une course aussi dingue" indique Gilles Goetghebuer.

Cet auteur écrit d'ailleurs en introduction la phrase suivante, qui résume à elle seule l'extrême dangerosité d'une telle course"Les gens normaux n'entreprennent pas ce genre de navigation".

"La route la plus dangereuse sur terre"

Le tracé de la course est le suivant :

  • Le départ se déroule depuis les plages de Vendée, aux Sables-d'Olonne. 
  • Les skippers doivent ensuite descendre l'Atlantique tout en longeant l'Afrique et passer le Cap de Bonne Espérance.
  • Ils prennent ensuite à gauche, direction l'Australie et font le tour du Pacifique pour remonter par le Cap Horn et revenir au point de départ.

Les skippers font en résumé, un tour de l'Antarctique.

Un choix se pose aux marins sur cette course de circumnavigation souligne Gilles Goetghebuer "Le plus court c'est évidemment de longer les côtes au plus serré mais c'est là aussi qu'il y a les icebergs". Ils doivent ainsi faire un compromis entre danger et sécurité de leur voilier.

"C'est une route hyper dangereuse, peut-être la plus dangereuse que l'on puisse trouver sur cette terre avec des mers déchaînées, très peu fréquentées, des vagues immenses, du vent à décorner les bœufs" estime le chroniqueur.

Joshua Slocum, le précurseur

Un tel parcours a longtemps semblé impossible aux navigateurs, d'autant plus avec un petit bateau de 12 mètres et sans escale. Cependant, en 1898, Joshua Slocum, parti de Boston en 1895, réalise cet exploit en bouclant cette route en trois ans sur son bateau, le Spray"Il reste dans le monde de la voile comme le père de tous les navigateurs, c'est une icône" assure Gilles Goetghebuer.

Slocum relate ses exploits dans un livre à succès. "Il était tellement fatigué à force de tenir le cap qu'il disait que la nuit il était visité par des spectres, des personnes qui venaient l'aider à tenir la barre" cite le chroniqueur pour souligner l'impact physique d'une telle épreuve. 10 ans, plus tard, Slocum reprend la mer à 65 ans mais disparaît dans triangle des Bermudes. L'histoire de cet homme a inspiré de nombreux marins "mais très peu ont osé réaliser ce qu'il avait fait".

Pendant donc 70 ans, "plus personne ne s'est risqué à faire ce fameux tour de l'Antarctique" indique Gilles.

Le Golden Globe Challenge : abandons et suicide

Mais en 1968, le journal anglais Sunday Times décide d'organiser une course sous le nom de Golden Globe Challenge, sur les traces de Slocum avec le parcours décrit précédemment. Un globe en or de 10.000 livres est promis au gagnant.

Neuf voiliers sont inscrits au départ. Les neufs marins ont des profils très disparates. Le britannique Chay Blyth n'a par exemple "jamais pris la mer, il y allait au culot".

Dès les premières semaines de course, cinq bateaux coulent dans l'Atlantique. Deux hommes se dégagent en tête, le business man anglais Donald Crowhurst et le militaire sud-africain Nigel Tetley. Mais Crowhurst "a eu peur de s'aventurer dans les mers du Sud et pensait qu'il allait y laisser sa peau. Il n'a donc jamais quitté l'Atlantique".

Il fait alors des ronds dans l'eau avec son voilier "tout en renseignant des positions qui étaient fausses car tout se faisait par radio (et pas encore par GPS)" relate Gilles Goetghebuer. Ce marin souhaite attendre le retour des autres skippers et se glisser devant mais le vraisemblable poids du mensonge, couplé aux ronds dans l'Atlantique, la solitude et la dexedrine, une amphétamine qu'il prenait, l'ont rendu fou et poussé au suicide. "Il a noirci ses carnets de note les dernières semaines de sa vie qui coïncident à une sorte de délire" assure le chroniqueur. La dernière page écrite de son carnet date du premier juillet et on retrouve son bateau vide le 10 juillet 1969.

Un vainqueur par défaut

Nigel Tetley se dirige alors vers l'Angleterre mais il croit toujours être poursuivi par Donald Crowhurst. "Il pousse donc son bateau au maximum de ses capacités et le bateau casse, cela arrive quand on tire trop dessus" raconte Gilles. Quatre ans plus tard, ce skipper sud-africain se suicide à son tour. Mais les circonstances du décès restent floues. "Il est retrouvé pendu à un arbre, les mains menottées et en sous-vêtements féminins. Il se pourrait que ce soit un jeu érotique qui ait mal tourné ou un délire post-traumatique" estime le chroniqueur.

Il ne reste plus que deux marins en course : l'Anglais Robin Knox-Johnston et le Français Bernard Moitessier.

Ce dernier remonte l'Atlantique et va gagner, mais... "cela lui fait peur : la gloire, l'argent, la presse, l'attention de tous". Il prend alors une décision hallucinante, "du jamais vu dans l'histoire du sport" selon Gilles Goetghebuer : Au moment de franchir la ligne d'arrivée, il fait demi-tour, il repart et reprend la mer, part à Tahiti.

C'est donc le seul candidat encore en lice, Robin Knox-Johnston, qui remporte le Golden Globe Challenge, à l'âge de 29 ans en amarrant le 22 avril 1969 à Falmouth d'où il était parti avec son ketch, le 14 juin 1968.

Une course comparable à un emprisonnement ?

Ce marin remporte encore des prix aujourd'hui par après, comme le trophée Jules Verne en 1994 ou une troisième place à la Route du Rhum dans sa catégorie en 2014. Après sa victoire en 1969, il fait une analogie de cette course folle avec la peine de prison : "Je me demande quelle serait l’évolution du taux de criminalité si les gens étaient obligés de faire le tour du monde en solitaire au lieu d'aller en prison. C'est comme passer dix mois de mitard avec travaux forcés en plus".

Cette déclaration sous-entend que faire le tour du monde à la voile en solitaire correspond à des travaux physiques incessants et à vivre dans une petite pièce où on est sans cesse mouillé et bousculé.

C'est de l'inspiration de ce tracé du Golden Globe Challenge que naît ensuite le Vendée Globe, pour lequel les skippers concourent tous les 3 ans depuis 1989, dont la dernière édition, remportée en 2017 par Armel Le Cléac'h a été bouclée en un nouveau record de 74 jours, 3 heures 35 minutes et 46 secondes.

Retrouvez les histoires sportives de Gilles Goetghebuer, et bien d'autres chroniques dans Le 6-8 en semaine sur la Une.

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