Le 6-8

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Un livre qui coûte 20€, est-ce vraiment trop cher ? Découvrez ce que cache le prix d’un roman

Vous trouvez que débourser 20€ pour un livre c’est cher ? Michel Dufranne, le chroniqueur littéraire du 6-8, vous fait lire entre les chiffres pour vous justifier ce montant dans le milieu de l’édition.

Vous aimez peut-être lire des livres mais trouvez que ceux-ci coûtent trop cher comme notre Sara De Paduwa ? Un tel prix se justifie pourtant totalement. Enquête de rat de bibliothèque avec Michel Dufranne.

La répartition économique d’un livre

Avant de découvrir cette histoire, attardons-nous sur les premières réflexions liminaires de notre chroniqueur sur l’attitude psychologique du lecteur face au prix des livres :

  • "Dès qu’on parle de bouquins, la notion de l’argent arrive" regrette-t-il, alors que cette observation ne s’applique pas pour d’autres œuvres culturelles comme des places de cinéma par exemple.
  • On n’est pas obligé d’acheter un livre pour le lire en Belgique. De nombreuses bibliothèques existent encore et se sont modernisées.
  • Les grands livres se déclinent quelques mois à peine après leur sortie en format poche, beaucoup moins cher.

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Entrons ensuite dans le chapitre de la pure répartition économique du prix d’un livre. Prenons l’exemple du premier tome de la saga La Tour de Garde, intitulé Le Sang de la Cité, des éditions Aux forges de Vulcain. Ce livre coûte 19,99€ mais en réalité, selon les chiffres de cette maison d’édition, cette somme est divisée comme suit, en brut : 1,86€ pour l’auteur, 5,78€ pour l’éditeur, 1,97€ pour l’imprimeur, 3,47€ pour le diffuseur/distributeur, à savoir la personne ou société qui livre l’ouvrage aux librairies, 6,91€ de "portion externe", c’est-à-dire 5,87€ pour le libraire et 1,04€ de TVA.

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© Michelle Gibson

Que représentent les sommes engrangées pour la vente de livres

Ramenons ces chiffres dans la réalité du travail. L’éditeur doit pouvoir payer ses factures, ses employés et le phénomène de péréquation. Cette dernière notion signifie par exemple qu’une romancière célèbre comme Tatiana de Rosnay, qui vient de sortir son livre Célestine du Bac, permettra à l’éditeur de publier des jeunes auteurs (primo romanciers, ouvrages pas réservés au grand public,…)

Comme pour l’éditeur, le libraire qui touche environ 5€ par ouvrage, doit pouvoir aussi payer ses frais fixes et ses employés.

Il faut ramener également l’argent au tirage prévu d’un livre. Pour un premier roman, le tirage est souvent de 1000 exemplaires… qu’il faut pouvoir écouler. Le Sang de la Cité est le premier ouvrage de l’auteur mais comme ce livre est attendu, il a pu monter à 8000 exemplaires, ce qui représente donc, 14.880€ brut reversés à l’auteur, pour un an de travail environ, s’il parvient à tout vendre.

On ne peut donc pas vraiment affirmer que, comme dans les contes pour enfants, les éditeurs et auteurs vécurent heureux (et riches comme Crésus) à la fin de l’histoire.

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© EyeEm / Getty Images

Une répartition uniforme, peu importe le format

La proportion sera la même pour un petit livre vendu à 5€ comme Sur les traces de Max de Sylvie Roge : l’éditeur touchera 1€, le libraire 1,6€ et l’auteure 40 centimes par exemplaire.

En conclusion, pour notre chroniqueur, "sortir un billet de 20€ c’est cher, mais quand vous ramenez à ce que représente vraiment l’économie du livre aujourd’hui, les variables sont très fiables, sauf si on fait appel aux pouvoirs publics, ce qui n’est pas le cas du monde du livre, contrairement à d’autres secteurs culturels".

Retrouvez les avis littéraires de Michel Dufranne, et bien d’autres chroniques dans Le 6-8 en semaine sur la Une.

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