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Robert Hossein, l’immense carrière derrière cet inoubliable séducteur balafré

Il nous a quittés le dernier jour de l’année à l’âge de 93 ans, le lendemain même de sa date d’anniversaire. Metteur en scène et acteur remarqué, Robert Hossein a joué dans pas moins de 99 films, mais aura surtout marqué les esprits pour être l’homme d’un rôle, celui de Jeoffrey de Peyrac dans la série Angélique.

Après avoir joué aux côtés de Jean-Paul Belmondo dans "Le casse" et "Le professionnel" ou pour "Les Uns et les Autres" de Claude Lelouch, Robert Hossein peut se targuer d’avoir côtoyé les plus grands, peut-être tout simplement parce qu’il l’était aussi. "Il a réalisé quinze films et c’était également un dieu du théâtre. Je l’ai vu, en 1976, jouer Huis Clos de Sartre. Aujourd’hui encore, 45 ans plus tard, je le vois comme si c’était hier", se rappelle Eddy Przybylsky, chroniqueur histoire dans Le 6/8. Metteur en scène de méga spectacles joués au Palais des Sports ou encore au Stade de France, Robert Hossein restera, qu’on le veille ou non, ce séducteur balafré, Jeoffrey de Peyrac dans la série Angélique. 

Les débuts modestes du jeune… Abraham

Son vrai nom était Hosseinhoff. Son prénom : Abraham. A forte consonance juive, il ne l’était pourtant pas. Originaire de Sarcamande en Ouzbékistan, sa famille fuit le régime communiste pour venir s’installer à Paris. Le jeune Abraham doit alors courir le cachet et racontait ne jamais avoir reçu de jouets ou avoir été fêté lorsqu’il était enfant. Il développe malgré tout une passion pour la bande dessinée, puis pour le cinéma et se voit forcé à tricher en passant par les portes arrière des salles obscures pour pouvoir goûter à sa passion.


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A tout juste 17 ans, il court après les auditions. Mais pour vivre, il lui est arrivé d’aller garder les vaches dans une ferme ou de nettoyer les écuries. Il parvient alors à se trouver des professeurs d’art dramatique qui faisaient payer les cours par les élèves riches aux élèves pauvres. Il se rapproche ensuite de Daniel Gélin, l’acteur phare de l’époque qui faisait rêver les femmes et qui préparait à ce moment-là une adaptation au théâtre de Frédéric Dard d’un roman de Georges Simenon. La veille de la première, Gélin tombe malade. Une chance pour le jeune Hossein à qui on confie le rôle dont il devra mémoriser le texte en moins de 24 heures. Edith Piaf et le tout Paris sont dans la salle, déçus de l’absence de la star. Mais deux heures plus tard, c’est l’ovation, le triomphe. L’histoire se répétera quelques années plus tard et fera de Robert Hossein une vedette du cinéma.

 

Le rôle de Jeoffrey de Peyrac d’abord refusé

Hossein racontait volontiers qu'il avait refusé le rôle dans un premier temps. Il disait : "La description du personnage que m’avait faite le producteur m’avait inquiétée : un séducteur marqué d’une cicatrice, affublé d’une bosse et qui boîte, ça ne me paraissait pas crédible", cite le chroniqueur. Il n’a par la suite jamais renié le rôle, au contraire de Jean Rochefort qui a déclaré avoir honte d’avoir tourné dans la série.

Le cinéma a été un désappointement qui m’a rapporté pas mal d’argent. À l’inverse, le théâtre n’est pas une rente, mais il rapporte des joies authentiques.

De plus en plus attiré par le théâtre, il dirige sa propre troupe jusqu’en 1978 et devient le patron du Théâtre Populaire de Reims. Parmi ses élèves, on retiendra le nom d’Anémone ou encore le Belge Alain Soreil dont il côtoiera la famille de nombreuses années. Il reprendra tout un temps le Théâtre Marigny à Paris, mais frustré par l’unité de lieu que lui imposait le théâtre, il finit par monter des spectacles et comédies musicales grandioses à l'instar des "Misérables" en 1980 qui a été repris à Broadway et, en 1985, à Londres où il est encore joué aujourd’hui, 35 ans plus tard ! Deux artistes belges ont notamment pris part aux spectacles de Robert Hossein : le chanteur belge Jean Vallée dans le rôle de Javert et Fabrizio Rongione sous les traits de Napoléon Bonaparte, un autre grand succès du regretté metteur en scène !

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Robert Hossein au 71e festival de Cannes en mai 2018 © John Phillips / Getty Images
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