Le 6-8

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Plus de la moitié des indépendants en Belgique ont demandé le droit passerelle

Thierry Evens, porte-parole de l'UCM et chroniqueur économie du 6-8 a évoqué l'impact du confinement sur les indépendants et PME en cette crise du coronavirus mais aussi les raisons d'espérer que ces travailleurs s'en sortent.

Le confinement a bien entendu fait beaucoup de tort à l'économie en Belgique, et notamment pour les indépendants et PME.

Thierry Evens révèle que l'UCM a fait des enquêtes à ce sujet et selon lui, "moins de 10% des indépendants et des PME qui pouvaient travailler normalement et avaient même parfois plus de travail que d'habitude". Il s'agit essentiellement des professions médicales (médecins, infirmières, pharmaciens,...) mais aussi des professions de la chaîne alimentaire.

Du reste, plus de 90% avaient beaucoup moins de travail voire plus du tout : les commerçants ont fermé pendant deux mois, les professions libérales pour beaucoup n'avaient plus de travail à pouvoir réaliser et évidemment l'HoReCa, les loisirs et la culture sont impactés.

Différentes aides financières apportées

Les pouvoirs publics se sont toutefois mobilisés remarque Thierry Evens, tant les différents gouvernements de notre pays que des communes.

Il pointe deux possibilités d'aide financières qui ont pu être apportées. La première, c'est la possibilité "pour les employeurs de mettre au chômage technique pour force majeur. Ce qui a permis aux entreprises qui n'avaient plus de recettes de ne plus avoir de frais de personnel".

La seconde, c'est le droit passerelle, dont il avait déjà évoqué l'utilité en début de confinement, conférant 1300€ net pour un isolé et 1600€ pour quelqu'un qui a une personne à charge. Cette aide a largement été sollicitée par les indépendants révèle le porte-parole de l'UCM :

Pour mars et avril, sur 720.000 indépendants en Belgique, il y en avait 411.000 qui ont demandé le droit passerelle, donc plus de la moitié.

Des primes régionales ont aussi été octroyées selon les régions ajoute Thierry, à savoir "5000, 4000 ou 2500 euros selon les cas" tout comme des possibilités de reports de paiements.

Une crise économique inévitable

Malgré tout, on ne peut pas dire que ces différentes mannes financières soient suffisantes pour tous. Pour certains, deux ou trois mois sans aucune recette sont difficiles à combler. "Il y a des charges qui continuent à courir : il faut continuer à vivre, des prêts, des loyers à payer et un certain nombre de personnes se retrouvent dans des situations qui sont complètement impossibles" déplore Thierry Evens.

Il l'affirme également, la crise économique est inévitable : 

Malheureusement c'est évident. On parle d'un recul du PIB, la richesse produite dans ce pays, de 7% par rapport à l'année dernière. C'est du jamais vu dans l'Histoire depuis 1945.

La conséquence est directe : "Un tiers des petites entreprises disent qu'elles sont en difficulté financière, et une sur dix prévient qu'elle risque de fermer et n'est pas sûr de pouvoir reprendre son activité. Derrière il y aura des pertes d'emploi qui seront très importantes. On parle de 50.000 emplois perdus en Région wallonne. On va vivre demain dans une société qui sera subitement moins riche et des finances publiques qui ont totalement dérapé. On va parler de taxes et impôts supplémentaires et d'économie dans les dépenses alors que c'est l'inverse qu'il faudrait faire".

Des raisons d'espérer un redressement

Toutefois, Thierry Evens nuance les conséquences de la crise. Selon lui, on ne peut pas parler d'effondrement économique car "on a pris une série de mesures qui sont allées dans le bon sens et qui permettront aux indépendants et PME de passer le cap. Il y a des raisons d'espérer".

Sans minimiser la situation dramatique que beaucoup de personnes vivent actuellement, Thierry Evens note des points qui apportent de l'espoir.

Tout d'abord, "les entrepreneurs sont généralement des gens courageux, dynamiques et réactifs" estime-t-il.

"Il y en a beaucoup qui ont trouvé des moyens pour travailler dans la légalité et en toute sécurité, qui ont modifié leur production, leur façon de travailler dans l'entreprise qui ont commencé à faire des missions dans l'entreprise, du take-away dans l'HoReCa. Le tissu économique n'est pas quelque chose de mort mais est extrêmement vivant" ajoute-t-il.

Le grand défi dans les prochains mois et prochaines semaines, c'est d'éviter la faillite, notamment pour des entreprises tout à fait rentables mais "obligées de fermer parce qu'elles seraient à cours de trésorerie car elles n'auront plus pu travailler".

Une mesure a été prise par le gouvernement à ce sujet : il a interdit les faillites jusqu'au 17 juin.

L'UCM estime toutefois qu'il faut même prolonger cette mesure jusqu'à la fin de l'année "pour laisser le temps aux entrepreneurs de relancer leur activités et la reconstituer, de retrouver de l'argent frais".

Des prêts pour relancer les PME

La Région wallonne a déjà trouvé une solution dévoile Thierry : "Ils ont inventé le prêt ricochet, qui permet d'obtenir jusqu'à 45.000 euros de prêt dans des conditions très avantageuses. Les enquêtes montrent que cela tourne autour de 40.000 50.000 euros ce dont auront besoin beaucoup d'entreprises pour survivre et se relancer".

Une autre solution que l'on peut apporter pour aider les PME, c'est d'aider financièrement l'entreprise d'un membre de sa famille selon Thierry Evens. Il affirme que c'est un atout en Belgique par rapport aux autres pays car l'épargne privée dans le plat pays est "colossale". On compterait ainsi "281 milliards d'euros sur les comptes épargnes en Belgique". Le chroniqueur lance : "Si on arrivait à mobiliser ne serait-ce qu'une toute petite partie de cette épargne même un pour-cent pour l'injecter dans l'économie réelle, dans les entreprises, ce serait un énorme soulagement".

Pour financer une PME de cette manière, il y a deux mécanismes possibles. Premièrement, selon la région dans laquelle vous vous trouvez vous pouvez obtenir un prêt coup de pouce en Wallonie ou un prêt proxi à Bruxelles. Il s'agit dans les deux cas d'un "incitant fiscal donné aux personnes qui placent leur argent, avec un risque évidemment, dans l'entreprise de quelqu'un de leur famille ou l'une de leur connaissance".

Autre aide financière qui peut fonctionner, celle de la Tax Shelter, créée en 2003 qui a permis le développement du cinéma en Belgique. Cette permet également d'obtenir "des incitants fiscaux quand on recapitalise même sa propre société".

Une économie plus humaine

Enfin, le porte-parole de l'UCM tourne son regard vers l'avenir. L'heure est au changement durable dans l'habitude des consommateurs après cet épisode marquant de notre histoire pense-t-il. Il nuance cependant : "Il ne faut pas rêver l'économie est ce qu'elle est, il faudra toujours que les entrepreneurs aient un bon produit, un bon service, trouvent des clients, soient rentables, paient leurs prêts, assument les charges d'un autre entrepreneur".

Le changement doit s'opérer dans le choix du consommateur selon Thierry Evens comme il s'est fait pendant le confinement : "En alimentation il y a eu un changement d'habitude, forcé, mais un changement quand même. On est revenu aux produits locaux, à la qualité, on a fait plus attention à ce qu'on achetait et il y a une volonté de soutenir les entrepreneurs locaux. On peut espérer que c'est un état d'esprit qui se poursuivra chez beaucoup de personnes après la crise".

Le premier test géant sera justement les vacances d'été vu la baisse de revenus de certains ou la probable interdiction de partir ailleurs qu'en Belgique. "On va certainement redécouvrir la proximité et faire fonctionner le secteur du tourisme wallon qui en a besoin puisqu'ils ont complètement loupé les vacances de Pâques" suppose le chroniqueur.

Comment sera le monde dans quelques mois ? Comme on dit souvent, seul l'avenir nous le dira...

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