Le 6-8

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Les conseils lecture de cet été : thriller, fantasy et essais sur le gang le plus violent au monde

Michel Dufranne apporte ses conseils lecture de l'été dans Le 6-8 avec des premiers romans comme Viande de Noëlle Michelle et Un long voyage de Claire Duvivier, mais aussi deux livres anthropologiques de Juan José Martinez : Voir, entendre et se taire ainsi que El Niño de Hollywood.

C'est l'été, vous avez dévoré de nombreuses lectures pendant le confinement et vous n'avez plus d'autres idées de romans à entamer pendant vos vacances ? Michel Dufranne vous conseille quatre livres à absolument découvrir.

"Viande", le thriller qui vous donner envie d'être végétatien

On parle bien de découvertes car Michel Dufranne vous recommande deux premiers livres d'auteurs, qui ont eu peu de visibilité sur leur première sortie à cause du confinement.

Michel présente notamment le roman de Noëlle Michel, une autrice française vivant à Gand qui a publié Viande chez l'éditeur carolo Lilys Editions, un livre qui vous donnera envie de devenir végétarien(ne).

C'est un thriller qui raconte l'histoire de Lisa, une journaliste qui enquête sur le braquage d'une banque de sperme. "Puis elle a un grand choc dans sa vie : sa meilleure amie qui vient d'accoucher, ainsi que le bébé, décèdent dans l'incendie d'une maternité" raconte le chroniqueur.

Cet événement la marque et un de ses informateurs lui dit que celui-ci n'est pas cela la vérité, qu'il faut qu'elle enquête sur cette disparition. "Titillée, elle commence à enquêter et se rend compte qu'il y a des liens avec l'autre enquête, et le contexte, comme l'indique le titre, nous emmène dans le milieu de l'agro-alimentaire" relate encore Michel.

L'autrice est végétarienne et s'est renseignée sur le monde de l'agro-alimentaire pour écrire ce premier roman qui à la fin, ne devrait plus vous donner envie de manger de la viande.

Michel Dufranne conseille ce roman pour plusieurs raisons propres au thriller : "C'est bien rythmé, c'est un super premier roman, cela vous tient en haleine, elle prend plein de risques dans la façon de raconter parce qu'elle sort des sentiers battus : c'est un thriller mais pas uniquement, c'est réfléchi et bien pensé".

"Un long voyage", un roman de fantasy qui questionne la colonisation

L'autre premier roman que recommande le chroniqueur est Un long voyage, celui d'une éditrice française qui écrit pour la première fois mais qui de par son métier a déjà vingt ans d'expérience dans le milieu.

Ce roman est du fantasy mais au-delà des clichés servis dans Le Seigneur des Anneaux, Harry Potter ou Le Trône de Fer. Il explique : "On est tout à fait dans un autre type de récit, passionnant parce que très juste. C'est l'histoire de Liesse, un gamin dans un archipel de pêcheurs. Son père décède et sa mère ne peut pas subvenir aux besoins. Elle donne alors son fils à l'empire colonisateur".

Le roman commence sur le héros qui à la fin de sa vie, écrit à une femme en lui disant qu'il va lui raconter sa vraie histoire. "Liesse est tout le temps partagé entre son statut de colonisé et d'esclave mais en même temps, il se rend bien compte qu'il a une situation privilégiée car il devient le scribe d'une ambassadrice, et va voir l'histoire vue par les grands de ce monde alors que lui reste un tout petit. Lui-même ne sait plus si dans ses origines il est un colonisé ou colonisateur, on sent que l'empire va vaciller et que l'on va décoloniser" précise Michel.

Cette histoire fait écho à l'actualité autour des représentations de la colonisation et du racisme toujours bien présents dans le monde mais n'a pourtant pas été écrite suite aux événements qui ont amené ces réflexions. La réflexion du livre est de se demander "à qui appartient une ville conquise : à ses habitants, à un roi, empereur lointain qui ne s'en occupe pas ? Qui fait quoi ? Quel est le rapport à l'histoire ? Lui-même le dit tout le temps: l'histoire est réécrite en fonction des besoins".

Michel Dufranne est conquis : "C'est un super roman parce que c'est un truc très soft au niveau fantasy. C'est une vraie porte d'entrée, c'est écrit tout simplement, il n'y a pas d'esbroufe, on n'est pas dans la quête d'un personnage qui évolue, c'est l'histoire d'un gars normal qui explique : 'J'étais près des puissants et je vais vous dire comment cela se passe'".

Immersion dans le gang le plus dangereux du monde

Vous souhaitez lire autre chose qu'un roman cet été ? Michel Dufranne vous glisse une idée qui pourrait s'avérer intéressante : lire deux livres de l'anthropologue salvadorien Juan José Martinez.

Ce dernier étudie les gangs et précisément le gang salvadorien Mara Salvatrucha, plus connu sous le nom de MS-13 dont les membres ont le visage et le corps tatoués.

"Aujourd'hui le MS-13 est considéré comme le gang le plus violent au monde sur la même liste qu'Al-Qaida ou Daech" assure le chroniqueur.

Voir, entendre et se taire, est ainsi un pur essai anthropologique. "Il a passé un an dans un quartier de la MS-13 tenu avec les chefs du gang au Salvador et il raconte le quotidien de ces gens" explique Michel.

"Vous lisez cet essai et vous vous étonnez du monde des gangs car le monde des gangs se résume à voir, entendre mais se taire. On vous raconte pourquoi des gamins avant d'aller à l'école font un détour de 7 kilomètres parce que la rue est tenue par un gang auquel vous n'êtes pas affilié, pourquoi du jour au lendemain ils doivent changer d'école car l'enseignant qui arrive a un frère qui est de l'autre gang, etc."

Voir, entendre et se taire vous plonge ainsi dans un univers de terreur et de racket permanent.

L'histoire du gang MS-13

Un autre livre de Juan José Martinez est conseillé par Michel DufranneEl niño de Hollywood. Celui-ci, co-signé avec son frère journaliste Oscar, se lit par contre comme un polar autour du personnage portant ce surnom, un gamin salvadorien qui n'est jamais allé à Hollywood mais qui est devenu l'un des plus grands tueurs du gang. Après avoir été arrêté par la police, il a tout balancé et est devenu repenti.

"Il raconte la vie de El niño mais à travers celle-ci, il raconte l'histoire de la MS-13, c'est là que cela devient fascinant car la MS-13 débute fin des années 1970. Au Salvador on a d'un côté une junte militaire et de l'autres des communistes et au milieu des gamins qui sont embrigadés de force et qui font une guerre civile qu'ils ne comprennent pas".

Ces jeunes salvadoriens s'enfuient alors à Los Angeles. Mais ils sont mal accueillis dans les différents quartiers de la ville : "Les blancs les détestent, les blacks les méprisent et les chicanos, donc les Mexicains, première communauté hispanophone sur place, les prennent pour de la sous-merde".

Ceux qui composeront le futur MS-13 se réunissent d'abord à travers la musique. Fans de heavy metal, ils prennent ce look avec des tatouages. Molestés par les autres gangs à l'école ou dans la rue et forts de leur expérience de la guerre civile au Salvador, ils décident de se défendre et deviennent petit à petit. "Lors des années Reagan, mi-années 80 on les renvoie au Salvador. Sauf qu'ils arrivent avec l'expérience des gangs des rues, de la drogue, de l'argent, des réseaux. Le circuit est lancé et aujourd'hui ce livre vous raconte l'histoire du gang le plus violent au monde".

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