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Les commerces à l'heure du déconfinement, l'Horeca toujours à l'arrêt !

Comme vous le savez, les magasins non alimentaires ont pu rouvrir le 11 mai, à l'inverse l'Horeca est toujours à l'arrêt. Quel bilan peut-on dresser sur ces ouvertures et restrictions respectives? Comment cela se vit-il au quotidien. Thierry Evens, porte parole de l' UCM dresse pour nous le portrait de la situation. 

Les commerces à l'heure du déconfinement

La réouverture des commerces le 11 mai ce serait visiblement bien passée malgré les appréhensions ?  

Oui. Les commerçants ont pris les mesures qui s'imposaient pour assurer leur sécurité et celle des clients. L'affichage des règles à l'entrée des magasins et l'utilisation de gel désinfectant est généralisée. Ils sont nombreux à avoir mis un marquage au sol pour le respect des règles de distanciation. Ils ont encouragé le paiement par carte bancaire et le port du masque. Nous sommes plus de deux semaines après la réouverture et il n'y a pas de reprise de l'épidémie. Le nécessaire a donc été fait.

Les clients aussi ont été prudents

Tout à fait. On avait dit "pas de shopping plaisir", ce n'est pas encore le moment. Si vous allez au magasin, c'est près de chez vous ou près de votre travail pour acheter quelque chose. Et ça a été bien respecté. Même le premier week-end, il n'y a pas eu de ruée dans les magasins. Les communes ont d'ailleurs aussi joué leur rôle en installant des marques au sol et des sens de circulation dans les principales artères commerçantes. La police était bien présente pour éviter les incidents mais elle n'a pas eu à intervenir souvent.

- Pour les commerçants, c'était un véritable soulagement de pouvoir rouvrir

Bien sûr. Ils ont été obligés de fermer pendant pratiquement deux mois. C'est très long de ne pas pouvoir exercer son métier pendant soixante jours. Cela dit, la réouverture ne signifie pas la fin des ennuis. C'est un redémarrage en douceur.

Trois commerçants sur quatre estiment avoir moins de clients que la normale, en particulier dans les centres commerciaux. Parce que les gens sont prudents, ne se déplacent que pour acheter. Et surtout parce que le nombre de personnes est limité. Dans un petit magasin, vous ne pouvez recevoir parfois pratiquement qu'un client à la fois et certains fonctionnent d'ailleurs sur rendez-vous. Forcément, il y a moins de passage, il y a moins de ventes et donc pas vraiment de rattrapage des deux mois perdus. Les stocks restent importants.

Est-ce pour cela qu'on a décidé de reporter les soldes ?

Oui. Les soldes d'été ont toujours lieu du 1er au 31 juillet. Cette année, ce sera du 1er au 31 août, donc un mois plus tard. Ce sont les commerçants eux-mêmes qui ont demandé le report. UCM leur a demandé leur avis et une majorité a souhaité disposer de davantage de temps pour vendre leur collection d'été à un prix normal. D'autant que moins de Belges, sans doute, partiront en vacances en juillet. On n'est pas le seul pays à reporter les soldes même si la période commencera un peu plus tôt en France et beaucoup plus tôt aux Pays-Bas.

Ce qui est embêtant pour les commerçants qui habitent près de la frontière…

C'est vrai, effectivement.  Si on peut de nouveau passer la frontière sans motif spécial, des gens iront faire les soldes aux Pays-Bas. C'est chaque année la même chose, même en hiver. Heureusement, tout le monde ne passe pas la frontière pour faire ses achats, loin de là. Il faut que les soldes d'été 2020 soient une réussite. Pour ça, il faut surtout veiller à ce que tout le monde en Belgique respecte les règles, y compris sur le web. On attend aussi que les communes soutiennent leurs commerçants avec des actions de promotion, du parking gratuit ou des possibilités d'ouverture nocturne. On le répète chaque fois parce que c'est vrai : le commerce, ce n'est pas qu'une activité économique. C'est aussi de l'animation, du lien social, de la qualité de vie!

L'horeca toujours à l'arrêt

Pour les cafés et les restaurants, la situation n'a pas changé : ils sont toujours fermés

En effet, l'économie repart doucement, mais pas encore pour tout le monde. Le secteur de l'événementiel ne peut toujours pas fonctionner. Et il en est de même pour les cafés et restaurants. En principe, ils pourront rouvrir le lundi 8 juin. Ce n'est que le mercredi précédent, le 3 juin, que ce sera confirmé. Il faudra voir si les chiffres de l'épidémie restent bons. Et c'est aussi seulement le 3 juin qu'on connaîtra les conditions de la réouverture.

Cinq jours avant, ce n'est pas un peu tard ?

C'est très juste en tout cas, pour les cafés et surtout pour les restaurants. On ne sait pas encore s'il faudra davantage espacer les tables. S'il y aura un nombre maximum de personnes par table. S'il y aura une différence entre les salles et les terrasses en plein air. On ne sait pas exactement quelles seront les conditions pour le travail en cuisine, les obligations pour les serveurs ou pour l'utilisation des toilettes. Beaucoup de restaurateurs ont déjà anticipé en revoyant la disposition des tables, en prévoyant des masques et du gel désinfectant. Mais ils ont besoin d'indications précises pour savoir combien de couverts ils pourront servir et donc ce qu'ils doivent commander comme fournitures. Il faut remplir les frigos et ce n'est pas la même chose si on peut recevoir 20 ou 40 clients.

Si le nombre de couverts est limité, certains pourraient ne pas rouvrir ?

C'est très possible. La plupart des restaurants emploient du personnel, en salle ou en cuisine. Il faut le payer et il faut donc être rentable. Chacun devra faire ses comptes et essayer de trouver la meilleure formule, peut-être avec une carte réduite, pour ne pas fonctionner à perte. Il faut pouvoir regagner un peu d'argent maintenant. Continuer à en perdre, ce ne sera pas possible.

Il y aura des faillites dans l'horeca ?

Beaucoup de faillites certainement, et des cessations aussi! Des gens qui simplement arrêtent parce qu'ils sont découragés. Les enquêtes indiquent que 20 % des patrons de l'horeca, surtout dans les plus petites structures, ne sont pas sûrs de pouvoir reprendre leur métier. 20 %, c'est énorme. Il y a à peu près 14.000 établissements horeca en Wallonie et 6.000 à Bruxelles. Donc 20.000 au total. Si 4.000 mettent la clé sous le paillasson, ça va faire un très grand vide.

Que faire pour les aider ?

Comme consommateurs, il n'y a rien d'autre à faire qu'à retrouver le chemin des restaurants quand ils auront ouverts. Ce n'est pas si désagréable… Plus sérieusement, oui, le secteur horeca a besoin d'un soutien particulier des pouvoirs publics. Il faut bien sûr prolonger pour lui, et pour le secteur événementiel, les mesures de crise comme le droit passerelle ou le chômage pour force majeure. Il faut faciliter l'accès au crédit. Une mesure certainement très utile, ce serait de diminuer provisoirement la TVA pour le secteur. Actuellement, elle est de 12 % sur la nourriture et 21 % sur les boissons. On pourrait la ramener à 6 %. C’est autorisé par l'Union européenne, c'est le cas dans d'autres pays. Si on fixe la TVA à 6 % par exemple jusqu'à la fin de l'année, le restaurateur, sans changer ses prix, améliore sa marge bénéficiaire de 6 % sur la nourriture et 15 % sur les boissons. S'il doit réduire le nombre de clients, c'est une compensation intéressante et un moyen élégant de reconstituer des liquidités.

 

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