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Grete Waitz : cette coureuse norvégienne qui inspira les femmes au marathon

Il y a dix ans, le 19 avril 2011, disparaissait l'une des plus grandes coureuses de l'histoire du marathon, la Norvégienne Grete Waitz. Gilles Goetghebuer nous conte son histoire qui a inspiré de nombreuses athlètes de haut niveau.

Les courses d'endurance et autres trails à travers le globe comme la célèbre Barkley, course la plus dangereuse du monde, passionnent les coureurs, qu'ils soient hommes ou femmes.

Pourtant, les femmes n'ont été autorisées que récemment à se frotter à leurs homologues masculins en course à pied, à peu près au moment de la naissance tardive du jogging, ce qui n'a pas empêché de voir émerger de grandes championnes dès leur entrée dans ce genre de compétition. Si Gilles Goetghebuer a baptisé son magazine de course à pied Zatopek en hommage au coureur hongrois des années 1950, il aurait pu l'appeler Waitz, comme le nom de cette célèbre marathonienne norvégienne.

L'inspiration féminine du marathon

Si Grete Waitz a inscrit son nom dans la postérité, c'est non seulement parce qu'elle était une championne dans sa discipline mais parce qu'elle a aussi inspiré de nombreuses femmes pour le marathon. "On pensait que ce sport était dangereux pour elles, que leurs capacités athlétiques ne pouvaient pas relever un tel défi comme courir un marathon" résume ainsi Gilles Goetghebuer.

C'est pour cette raison que le premier marathon féminin de l'histoire des Jeux Olympiques n'a lieu qu'en 1984 à Los Angeles. Outre leurs capacités physiques rabaissées par la gent masculine de l'époque, régnait la croyance qu'une femme perdrait ses attributs et organes reproducteurs en s'entraînant pour une si longue distance. "Le sein avec lequel elle allaite, l’utérus au cœur de la procréation, la femme qui devient homme et qui ne peut plus transmettre la vie. Il y avait toujours cette idée que la femme était la garante du foyer mais aussi de la survie et de la transmission de l’espèce. Donc, tout ce qui pouvait la sortir de ce rôle effrayait la mentalité ambiante majoritairement masculine" explique notamment le réalisateur Pierre Morath dans son documentaire Free to run.

Ce sont des athlètes comme Kathrine Switzer, première marathonienne officielle en 1967, ou Grete Waitz, qui ont permis de faire tomber ces barrières.

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© Kraipit Phanvut / AFP

Une femme de records

Grete Waitz naît le 1er octobre 1953 à Oslo dans une famille de la petite bourgeoisie. Elle a deux grands frères qu'elle suit partout. Se rendant compte qu'elle court plus vite qu'eux et que les autres garçons de son quartier, elle s'inscrit dans un club d'athlétisme et remporte de nombreuses compétitions. À 19 ans, un garçon de son club dont elle est amoureuse décède inopinément. 

Au lieu d'abandonner, cet événement traumatisant la longe intensément dans le sport. Dès 1974, elle excelle en course de demi-fond jusqu'à battre le record du monde du 3000 mètres.

En 1978, elle se marie et son époux l'invite à répondre positivement à courir le marathon de New York. Elle accepte et lors de la course, elle s'étonne de voir le public exulter devant son passage. "Elle était en tête de la course féminine, elle l'ignorait et en plus elle était en train de battre le record du monde" explique Gilles Goetghebuer. Épuisée, "elle comprend ce jour-là qu'elle est dépositaire d'un talent incroyable". Finalement, elle recommence et elle remporte 9 éditions sur 10 participations au marathon de New York en battant quatre fois le record du monde. Elle reste d'ailleurs la première femme à passer sous la barre des 2h30 sur cette distance.

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© Berit Roald / EPA

Un seul objectif : le sport

Mais le destin de Grete Waitz aurait pu être tout autre : à 25 ans, la coureuse norvégienne songe toutefois à arrêter sa carrière... estimant devoir se consacrer à son rôle de mère. C'est en gagnant le marathon de New York en 1978 qu'elle décide plutôt de poursuivre son sport au haut niveau et de ne pas avoir d'enfant.

Interrogée en 1985 sur ce choix de vie, étonnant pour l'époque, elle répond : "Je ne me sens pas compétente pour avoir un bébé. De plus, je ne ressens aucun instinct maternel. Certaines personnes disent que je changerai d’avis le jour où je tomberai enceinte. Mais je ne suis pas demandeuse de ce genre d’expériences. Personnellement, je ne peux me concentrer que sur une seule chose à la fois : le sport". Ces propos avaient choqué l'opinion publique.

Aurait-elle suivi un tel parcours en choisissant d'avoir un enfant ? Certaines marathoniennes ont encore excellé après avoir enfanté, mais elles n'ont pas été nombreuses estime le chroniqueur du 6-8. Dans ce genre de discipline d'endurance au plus haut niveau, avoir un enfant peut changer radicalement votre carrière. "Cela nécessite tellement de sacrifices sur son alimentation et son mode de vie qu'on a peur de mettre tout cela en péril par rapport à une grossesse qui on sait qu'elle affectera la forme physique" ajoute-t-il.

Devenir maman ou non, cette histoire témoigne de l'avancée du sport féminin de haut niveau : pouvoir inspirer d'autres femmes sur un choix de vie professionnel ou maternel, peu importent les idées préconçues.

Retrouvez les histoires sportives de Gilles Goetghebuer, et bien d’autres chroniques dans Le 6-8 en semaine sur La Une.

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