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"Deep Time" : confinés dans une grotte pendant 40 jours pour la science, où en est l'expérience ?

"Deep Time", c’est l’expérience un peu folle lancée par l’explorateur Christian Clot. Depuis le 14 mars et pendant 40 jours, quinze volontaires sont confinés dans la grotte de Lombrives. Réactions à mi-parcours de cette aventure hors du commun.

Dans Le 6-8, Sophie Brems est revenue sur ce projet né de la crise du coronavirus afin d’analyser l’impact d’un confinement sur les êtres humains.

C’est dans l’une des plus grandes grottes d’Europe située dans les Pyrénées que sont confinés voilà une vingtaine de jours quinze personnes volontaires, sept femmes et huit hommes, entre 27 et 50 ans. "Ils ont vraiment des profils différents parce qu’il y a notamment une bijoutière, un professeur de math, un guide de montagne, etc.", retrace la chroniqueuse avant d’ajouter :

"Ils sont véritablement coupés du monde. Il n’y a qu’un sas par lequel ils peuvent faire sortir leurs déchets. Ils ont de la nourriture, de quoi dormir, de la lumière artificielle, etc. mais n’ont aucune connexion au monde. Pas de montre, ni de téléphone, ils sont hors du temps", rappelle Sophie Brems.

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© AFP / Georges Gobet

Les constatations de Christian Clot

Grâce au sas et à mi-parcours, le chef d’expédition Christian Clot, confiné lui aussi, constate une complète désynchronisation au niveau du sommeil au sein du groupe : "On n’a pas de temps, ni d’horaire ou d’accès à la lumière du soleil, donc on parle de cycle. Un cycle correspond à une période de veille et une période de sommeil équivalant à 24h dehors, mais pour nous, on ne sait pas réellement combien de temps il dure. J’en suis à mon 9e cycle, par exemple, mais on s’est désynchronisé, puisqu’il y en a qui sont au 7e cycle et d’autres au 10e", expliquait-il.


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Si l’ambiance reste bonne et que chacun vaque à ses tâches et activités, l’explorateur remarque une baisse des températures non négligeable : "Je dois dire qu’il fait plus froid que prévu. On est seulement à 10 degrés au lieu des 12 degrés qu’on avait imaginé et à 100% d’humidité au lieu des 95% prévus. On dirait que ça ne fait pas beaucoup de différences, mais je peux vous dire qu’on le vit très fortement. Cette chute des températures aussi faible soit elle, nous marque tous et toutes, il y a de plus en plus de somnolence. C’est une sorte d’agression de la nature sur nos corps", continue-t-il.

Les objectifs d’une telle expérience

Sponsorisé et soutenu par plusieurs universités, le projet "Deep Time" est la première expérience du genre où autant de personnes sont rassemblées si longtemps dans de telles circonstances : "Michel Siffre, un explorateur français avait lui aussi séjourné dans une grotte pendant 100 jours afin de faire des tests sur l’horloge interne, mais il était seul", précise la chroniqueuse.

"Deep Time", c’est aussi une expérience scientifique dont les objectifs tournent autour de trois axes :

  • Comment l’être humain gère-t-il cette désorientation lorsqu’il est soumis à une nouvelle situation qu’est le confinement extrême ?
  • Comment notre cerveau conçoit-il cette gestion du temps sans repères ?
  • Comment un groupe humain peut-il vivre dans un espace clos en ne se connaissant pas ?

"Ce sont des résultats que l’on pourrait utiliser dans le cas d’une autre pandémie, même si on ne l’espère pas, mais aussi dans d’autres domaines comme l’espace pour de futures expéditions sur Mars ou sur la lune. Cela pourrait servir aussi au niveau de la Défense, combien de temps pouvons-nous rester dans un sous-marin par exemple ?", finit la chroniqueuse.

Equipés de multiples capteurs dont les données seront analysées par les scientifiques, les quinze participants reverront quant à eux la lumière du jour le 23 avril.

Voyez la vie au vert avec Sophie Brems, et retrouvez bien d’autres chroniques dans Le 6-8 en semaine sur la Une.

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