Le 6-8

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De la chasse à son explosion dans les années 1970 : voici les origines du jogging

Le 5 juin est décrétée journée mondiale de la course à pied. Gilles Goetghebuer en a profité pour revenir sur l'histoire du jogging dans Le 6-8 qui existe depuis longtemps mais ne s'est imposé que tardivement comme pratique quotidienne sportive.

Depuis le confinement, de nombreuses personnes se sont notamment remises au jogging en Belgique. Ce sport qui permet de se maintenir en forme et dont les bienfaits pour la santé ne sont plus à prouver s'est pourtant instauré dans les pratiques quotidiennes des citoyens que depuis une cinquantaine d'années seulement.

De la chasse aux métiers de course

Gilles Goetghebuer tente d'analyser l'évolution de cette pratique. Il remonte au début de l'ère de l'humanité. Les hominidés comme les Australopithèques il y a des millions d'années ne couraient généralement pas selon le chroniqueur. "Vraisemblablement, ils étaient très habiles pour grimper aux arbres. Éventuellement, ils couraient sur des courtes distances si un prédateur leur courait derrière, mais ils ne couraient certainement pas sur des longues distances" estime-t-il.

La lente séparation de l'homme et du primate aurait contribué à développer l'instinct "coureur" de l'homme. "Il y a eu des changements climatiques : on s'est retrouvé dans la savane plutôt que dans la forêt et à partir de là, on a mis au point la technique de chasse à l'épuisement qui impliquait de courir sur des très longues distances et c'est comme cela que l'on s'est éloigné du singe" raconte encore Gilles.

Avant la sédentarisation, courir était donc une activité qui se prêtait à la chasse.

Au cours de l'Histoire, la course s'est invitée dans de nombreuses pratiques (on court sur le champ de bataille, on court pour échanger des messages,...) et métiers comme les chefs de gare. "Les gares étaient encombrées de marchands ambulants et d'enfants qui jouaient sur les voies. Quand le train arrivait, le chef de gare courait devant la locomotive et faisait dégager les passants" note le chroniqueur.

Peu de métiers aujourd'hui où l'on courre

Aujourd'hui, selon Gilles Goetghebuer, "il y a très peu de métiers qui nécessitent de courir" au sens propre du terme.

Le chroniqueur note entre autres les éboueurs qui courent derrière un camion ou encore... les policiers et les voleurs.

À ce propos, Gilles prend l'exemple d'un policier athlétique, un certain Roger Moens. "Dans les années 50 il était le meilleur coureur du monde : en 1955 il bat le record du monde du 800 mètres. C'était la plus grande star du demi-fond mondial et il était aussi policier. Il a fait aussi une superbe carrière car il a été commissaire en chef de la police de Bruxelles" rappelle le chroniqueur sports.

Interrogé dernièrement dans le magazine Zatopek dont Gilles est le rédacteur en chef, l'ancien athlète âgé aujourd'hui de 90 ans a confié qu'il a en effet dû poursuivre des malfrats à la course... et qu'il lui était donc facile de les rattraper.

Bref, jusqu'au vingtième siècle, de nombreuses personnes courent dans la rue... et puis cela s'arrête, un vrai bouleversement à cette époque.


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La course devient un sport

Gilles Goetghebuer explique ce changement dans les pratiques tant quotidiennes que professionnelles : "On courait depuis des millions d'années puis d'un coup on avait des vélos, des téléphones, des outils qui ont suppléé à la nécessité de courir. Il y a eu un autre phénomène qui s'est produit mais les sols sont devenus durs : on a bétonné en masse, fait des trottoirs, des promenades, des rues, même l'intérieur des maisons. Autrefois, les familles pauvres habitaient des maisons avec le sol qui étaient de la terre battue. Tout cela a changé avec l'industrialisation. Sur des sols durs c'est quand même moins agréable de courir donc la course à pied a disparu".

La course à pied disparaît du quotidien et devient alors un sport à part entière. "Elle n'a pas tout à fait disparu car elle s'est réfugiée dans la sphère sportive. C'est souvent le cas : quand une activité cesse d'être utile dans la vie quotidienne elle devient un sport. C'était le cas pour l'équitation, l'escrime ou même le lancer du javelot qui était une arme autrefois" révèle le chroniqueur.

On courre toujours donc, mais uniquement dans les stades. "On n'imaginait pas courir dans la rue. Si on courait dans la rue c'est que l'on avait commis un méfait quelconque et que l'on s'enfuyait, on aurait été poursuivi par la police" précise-t-il.

D'ailleurs, hors de question de se promener comme aujourd'hui en rue en habits de sport. "Aujourd'hui le sportwear s'est imposé partout mais à l'époque c'était inconvenant, un outrage aux bonnes mœurs" déclare ainsi Gilles.

L'apparition du jogging... dans les années 1970

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Une histoire de la course à pied © Pinterest

La pratique du jogging ne se révèle qu'ensuite. Courir dans les rues revient à la mode... dans les années 1970. C'est à cette période que le mot jogging, le fait de courir à une allure modérée, fait son apparition.

"Cette mode vient de Nouvelle-Zélande et on la doit à l'entraîneur célèbre Arthur Lydiard qui s'est occupé de quelques-uns des grands champions de l'histoire de l'athlétisme. Comme il était un homme très dévoué et qu'il adorait le sport, il conseillait aussi ses voisins. C'est ainsi que petit à petit il a créé des pelotons de coureurs à pied qui n'étaient pas là dans un but de performance mais qui se sont mis à courir pour leur santé" dévoile Gilles Goetghebuer.

Ces pelotons prennent de l'ampleur et un entraîneur américain, Bill Bowerman, de passage en Nouvelle-Zélande les observe et s'étonne du phénomène. 

À son retour aux États-Unis, il raconte et discute de ses observations avec son ami Phil Knight. Les deux hommes souhaitent instauré pareille pratique au pays de l'Oncle Sam mais remarquent qu'il reste mauvais pour la santé de courir sur des surfaces dures. "Ils fabriquent donc à eux deux des chaussures avec les moyens du bord" résume le chroniqueur. "Ils ont demandé à une copine graphiste de faire le logo de la chaussure et pour 35 dollars, elle a dessiné la virgule Nike" révèle-t-il.

Cette paternité des la basket amortissante de course est toujours contestée : d'autres personnes estiment que Brooks est à l'origine de cette invention. Dans tous les cas, "ces chaussures-là ont explosé et se sont vendues partout dans le monde et se sont corrélées au développement de la course à pied pour tous, du jogging".

Le jogging popularisé par Jim Fixx

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Une histoire de la course à pied © Tous droits réservés
Une histoire de la course à pied © Jerry Mosey/AP

Outre cette invention, le jogging est aussi encouragé et popularisé dans le monde dans les années 1970 par divers profils comme celui de Jim Fixx en 1977 un journaliste "obèse et qui fume beaucoup de cigarettes". "Il découvre le jogging, et cela change sa vie : il perd du poids, arrête de fumer, se remarie, devient riche, son livre est un best-seller mondial : The Complete Book of Running et il est souvent présenté comme le père ou le pape du jogging" souligne Gilles Goetghebuer.

Petite anecdote du chroniqueur, Jim Fixx est décédé en 1984 d'une crise cardiaque à 52 ans... en faisant du jogging autour de sa maison. À l'époque, des médecins ont soutenu la thèse que courir était dangereux pour la santé, mais d'autres ont observé que le père de cet homme était mort ainsi et que le jogging l'a aidé à tenir plus longtemps.

Cette anecdote n'a pas empêché le mouvement de s'embraser et aujourd'hui, des dizaines de millions de personnes courent en faisant leur jogging au quotidien.

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