Le 6-8

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Comment notre manière de consommer la musique a changé sur les dernières décennies

Ann Vandenplas, dans sa chronique Est-ce que c'était mieux avant du 6-8, a analysé les habitudes de consommation de la musique dans le monde : de l'ère du vinyle à celle du streaming, celle-ci a bien changé.

La musique n'a jamais été aussi accessible qu'aujourd'hui. Présentes sur les plateformes de téléchargement et sites de streaming ou encore diffusée directement sur les réseaux sociaux, elle est consommable, partout et à tout moment. Nos habitudes d'écoute sont en effet dépendantes de la technologie qui a accompagné le développement de l'industrie du disque.

La musique s'est d'abord transmise de manière orale avant d'être mise par écrit avec l'apparition de la notation musicale. La méthode de l'enregistrement fait ensuite son apparition fin du 19ème siècle et avec elle celle du disque en 78 tours. Mais sur les 70 dernières années, les supports se sont ensuite multipliés.

Le retour en grâce du vinyle

Le vinyle à micro-sillons est créé en 1948. Il restera largement commercialisé pendant 40 ans. Mais depuis quelques années, "il effectue un revival" note Ann Vandenplas, à l'inverse du CD qui l'avait pourtant supplanté.

Comment expliquer ce retour aux sources pour de nombreuses générations ? La chroniqueuse explique : "Le vinyle c'est l'objet majestueux. On est plusieurs à l'avoir en décoration. il y a quelque chose de vraiment précieux avec le vinyle, la manière dont on pose l'aiguille, le soin qu'on doit en prendre. Il signifie la propriété par rapport à la musique : on achète un objet et on peut le ressortir 5 ou 10 ans après contrairement aujourd'hui aux plateformes digitales où on va streamer un morceau, juste l'écouter". C'est donc l'expérience totale, tant auditive qu'illustratrice ou matérielle qui a permis son retour fracassant.

Revitalisé une première fois dans les années 1980 avec l'émergence du hip-hop et du DJing. Le vinyle a à nouveau le vent en poupe. "Les maisons de disques se concentrent sur toutes les plateformes et souvent pour un artiste d'une grande renommée ils commandent (aussi) le (format) vinyle" estime également Ann.

C'est ainsi qu'en 2016, David Bowie était l'artiste le plus vendu en vinyle avec son album Blackstar.

La cassette audio, début de la musique 'mobile'

Après le vinyle, succède en 1965 la cassette audio. "Le moment où elle est vraiment popularisée c'est en 1980 avec l'arrivée du baladeur car la grande nouveauté c'était l'idée de pouvoir se balader avec de la musique et de pouvoir la mettre dans sa voiture" révèle Ann Vandenplas.

Son utilité était donc sa mobilité contrairement au vinyle. Plus simple donc pour un artiste de s'enregistrer et donner une 'démo' à un producteur pour ensuite percer dans l'industrie du disque. "Mariah Carey selon la légende, est arrivée un jour à 18 ans dans une soirée où il y avait Tomy Mottola, le boss de Sony Music. Elle lui a donné sa démo Tomy a pris sa voiture, l'a mis dans un cassettophone et il a été subjugué par la voix de Mariah. Il a rebroussé chemin pour la retrouver et on connaît la suite de l'histoire" raconte la chroniqueuse.

Là encore, comme le vinyle, la cassette offre une expérience d'écoute singulière de la musique et reste, contrairement au 21ème siècle, un support de l'enregistrement.

La révolution du disque

Le CD arrive rapidement ensuite. Il est commercialisé en 1982 avec le premier lecteur de CD chez Sony. Un album accompagnait ce lecteur CD, celui de Billy Joel, 52nd Street.

L'arrivée du disque optique est une révolution par rapport au vinyle, c'est le début de la musique numérique. Le CD comporte une meilleure qualité d'enregistrement, gommant les distorsions liées aux micro-sillons, une durée d'écoute prolongée, un format le rendant facile à emporter avec soi, ou encore la possibilité d'arriver directement sur une plage définie, d'obtenir le minutage et une lecture accélérée.

Mais l'album qui va incontestablement doper les ventes de CD sort peu de temps plus tard, en novembre 1982. C'est Thriller de Michael Jackson, qui reste à ce jour l'album le plus vendu de l'Histoire avec plus de 65 millions de copies écoulées. À l'inverse, l'essor du CD, tout comme celui du clip vidéo à l'époque, a lui-même été bénéfique à l'explosion de la carrière du King of Pop et pas que comme le souligne Ann Vandenplas : "L'ère du CD c'est environ entre 1980 et 2010. Ces trente années sont un peu l'ère des stars pop qui dominaient le marché comme Madonna, Prince et comme George Michael".

En parlant de George Michael, celui-ci livre une interview intrigante dans le documentaire Freedom qui dresse son autoportrait. À la fin du documentaire il atteste ceci selon Ann : "J'aimerais qu'on se souvienne de moi comme une des dernières stars comme Prince ou Michael Jackson, avec tout le glamour que comporte ce statut, tout simplement parce qu'aujourd'hui l'industrie du disque n'investit plus autant dans un artiste, tout est fragmenté".

L'ère de la fragmentation musicale

L'ère post-CD, avec l'émergence du format de compression audio MP3, est en fait celle de la fragmentation"Quelqu'un peut avec un petit peu de matériel, enregistrer un CD et très vite le mettre sur une plateforme. Avant faire un CD c'était vraiment la quête du Graal" note la chroniqueuse.

Non seulement on n'écoute plus un album en entier mais on 'pioche' certains titres d'artistes et on regroupe tout dans des playlists triées par genre, mais l'enregistrement de la musique est aussi désormais accessible à tous via les plateformes de téléchargement et sites de streaming.

Les artistes peuvent se faire connaître directement, sans passer par les maisons de disques. Il est donc plus facile de s'auto-produire alors que sur presque tout le 20ème siècle, les maisons de productions étaient toutes puissantes sur le choix des artistes. Les labels indépendants ne connaissent eux leur essor qu'au cours des années 1990.

Il y a eu les blogs, MySpace, et puis YouTube qui a vu éclore des artistes comme Justin Bieber, ou aujourd'hui les réseaux sociaux, dont on peut citer une artiste belge qui s'est révélée via ce canal : Angèle sur Instagram.

La consommation et la production musicale sur le digital a eu pour résultats la disparition des médiathèques, tout comme pour les informations et photographiques qui accompagnent les livrets dans chaque album. "Savoir qui a composé quoi on n'a plus vraiment accès à cette information ou difficilement" estime Ann.

Écouter de la musique, était-ce mieux avant ? On peut dire que c'était surtout différent. L'accès à la musique s'est démocratisé mais s'est peut-être épuré dans son expérience d'écoute globale.

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