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André Citroën, l'homme qui "démocratisa" le monde de l'automobile

Eddy Przybylzky s'est intéressé à la figure d'André Citroën, célèbre pour avoir créé l'une des marques de voitures les plus connues au monde, mais surtout pour l'avoir rendue accessible à une grande part de la population.

Il y a un peu plus de 85 ans, le 3 juillet 1935, mourrait André Citroën, à cette occasion, Eddy Przybylzky revient sur le parcours fulgurant du concepteur de cette marque devenue mythique.

Un début de carrière éloigné de l'automobile

Le premier véhicule automobile, à trois roues, est présenté par l'Allemand, Carl Benz, fondateur de Mercedes-Benz, au salon de Munich en 1888 et à Paris l'année suivante. "On peut dire que c'est en France que l'automobile va vraiment décoller" estime Eddy Przybylzky.

Dans ces salons, des passionnés de mécanique s'y retrouvent comme le constructeur de bicyclettes Armand Peugeot et René Panhard. Ceux-ci présentent leur premier modèle d'automobile dès 1891 et Louis Renault leur emboîte le pas en 1898.

André Citroën ne se prédestine quant à lui pas vraiment à la mécanique automobile. Ce n'est qu'en 1920 qu'il sort son premier modèle.

"Il est né à Paris en 1878 ce qui signifie que pendant son adolescence, il a vu se construire la Tour Eiffel qui le fascinait" explique le chroniqueur.

Aussi lecteur assidu de Jules Verne, son rêve est alors de devenir ingénieur. Ayant grandit dans une famille de diamantaires, il a pu suivre des études brillantes. "Il a terminé avec un diplôme de la prestigieuse École Polytechnique".

En 1900, lors d'un voyage familial en Pologne il fait la rencontre d'un mécanicien "qui met au point un nouveau système d'engrenages". De retour à Paris, il l'a amélioré et, dans la foulée, il met au point une fraiseuse révolutionnaire. La société Citroën qu'il fonde est, en réalité, "une société qui fabrique des engrenages" et le fameux sigle, les deux V renversés, représentent des chevrons, des pièces qui se trouvent dans les engrenages, "rien à voir avec la Tour Eiffel ni avec l'engrenage".

Le début de Citroën

Avec son entreprise, il obtient rapidement une réputation de parfait gestionnaire. Un constructeur automobile de l'époque, Émile Mors, lui propose, en 1906, de devenir son associé. "C'est ainsi qu'il rentre dans le monde de l'automobile". La société Mors produit en moyenne 2000 voitures par an.

Lors de la Première Guerre mondiale, "André Citroën est mobilisé avec le statut d'officier. Il se rend compte qu'il y a un énorme problème d'approvisionnement des munitions pour l'artillerie. Du temps où il travaillait pour Mors, il était parti aux États-Unis pour voir un truc qui n'existait pas encore en Europe : les usines de production à la chaîne dans le monde de l'automobile".

Alors il va faire installer Quai de Javel à Paris une usine où on produit à la chaîne des obus pour les canons sous sa direction, avec 13.000 ouvrières car les hommes sont au front, qui produisent 10.000 obus par jour.

Avant la guerre, la voiture était un luxe réservé aux personnes très fortunées, le transport se faisait encore avec des chevaux. "Problème pendant la Guerre, les chevaux sont sacrifiés. Après l'armistice, il y a pénurie" déclare Eddy Przybylzky. "André Citroën estime que la voiture est la solution. Elle peut assurer tout le transport que fait le cheval à condition de la rendre accessible aux gens aux moyens plus réduits". Il lance alors son slogan : 'La voiture pour tous !'

Il reconvertit alors l'usine d'obus du Quai de Javel en usine d'automobiles, ce quai porte aujourd'hui le nom de quai André Citroën. La première Citroën, la Type A, sort d'usine en 1920. Son prix est fixé à la moitié du prix de la voiture la moins chère sur le marché de l'époque.

De nombreuses inventions

Si Peugeot sort sa première voiture en 1891 et Renault en 1898, Citroën va pourtant rapidement leur faire de la concurrence notamment grâce à son prix attractif pour la population et ce slogan qui vise à démocratiser son usage. Une autre raison qui explique ce succès est l'inventivité débordante d'André Citroën

Eddy cite plusieurs exemples de l'ingéniosité de cette marque automobile française : "Il est allé voir aux États-Unis ce qu'il s'y passait, en ramène des choses et a aussi ses propres idées, il invente, il innove. Par exemple, il est le premier à mettre en place un réseau de concessionnaires : il veut que chacun assure un service après vente et évidemment ce sont les usines Citroën qui fourniront les pièces de rechange. Le hall d'exposition n'existait pas avant lui : on achetait ses voitures dans le garage, lui il fait installer des beaux halls. Les voitures Citroën sont aussi les premières à être vendues avec un manuel d'utilisation. La vente à crédit qu'il a amenée se pratiquait aux États-Unis déjà mais comme il voulait la voiture pour tous, il a instauré aussi des facilités de paiement".

Enfin, il se démarque aussi dans le domaine de la publicité : "Il va faire installer son nom, celui de la marque, en lettres géantes sur une face de la tour Eiffel : 25000 ampoules de six couleurs et cette publicité est restée sur place de 1925 à 1933", tout un symbole donc pour celui qui a vu se construire la tour de Gustave Eiffel.

Le déclin

André Citroën, en pleine expansion de son entreprise en l'espace de quelques années, accumule les emprunts. "Comme les affaires allaient très bien, les banques suivaient mais en 1929, c'est le krach à New York" rappelle Eddy Przybylzk.

L'entreprise Citroën est touchée de plein fouet par celui-ci en 1933 car les banquiers ne veulent plus suivre l'homme d'affaires. "Du jour au lendemain, il se retrouve surendetté avec sur le dos, les créanciers, ses ouvriers, les syndicats" assure le chroniqueur. André Citroën a alors pas moins de... 250.000 ouvriers qui travaillent pour son entreprise.

En 1934, c'est la liquidation de la société. Mais elle reprend déjà en janvier 1935 par le groupe Michelin, principal créancier de Citroën qui sauve les 250000 emplois. "Il est très élégant avec André Citroën : on le maintient au poste de président du conseil d'administration" constate Eddy.

Cependant il ne restera pas longtemps à sa tête car au mois de février, "il est hospitalisé d'un cancer de l'estomac, la maladie des grands stressés, et meurt le 3 juillet 1935 à 57 ans".

Les grands modèles dans la culture populaire

Les modèles mythiques de la marque signée André Citroën naissent pourtant à la fin de sa vie ou après son décès.

Il y a d'abord la Citroën Traction Avant, sortie d'usine en 1934. Cette voiture est apparentée à celle de la Gestapo dans les films de guerre, et a été utilisée par ledit Gang des Tractions Avant dirigé par Pierrot-le-fou.

Vient ensuite ce qui reste le modèle le plus marquant de l'histoire de Citroën, la 2 Chevaux, mise sur le marché en 1948. Eddy rappelle que la tendance automobile de l'époque allait vers les toutes petites voitures : "Les Allemands sortaient la Volkswagen, Renault sortait la R4 et le but était d’atteindre le public qui avait des moyens financiers beaucoup plus réduits et notamment le monde rural, si bien que le cahier des charges remis aux ingénieurs chargés de travailler sur les deux chevaux stipulait que sa suspension devait permettre à la voiture de traverser un champ labouré avec un sachet d’œufs dans l'auto sans en casser un seul". La 2 CV a été popularisée largement dans la culture populaire. On la retrouve dans Tintin mais aussi dans les films où joue Louis De Funès comme la saga des Gendarmes où la sœur roule avec à toute allure ou encore Le corniaud, où celle-ci conduite par Bourvil se décompose après un accident avec De Funès. On la trouve aussi en 1981 dans... un James Bond, Rien que pour vos yeux, avec Roger Moore et Carole Bouquet.

Le troisième modèle repris largement est celui de la berline Citroën DS, sortie en 1955. C'est ce modèle que "le Général de Gaulle a choisi comme voiture de fonction lorsqu'il a été Président de la République" rappelle Eddy. Elle aussi roule au cinéma, notamment dans Le cerveau avec Jean-Paul Belmondo, dans les films avec Louis De Funès comme Rabbi Jacob ou encore dans Fantômas se déchaîne où... elle vole. "C'était un avion de chasse qu'ils ont déguisé en DS" dévoile à ce sujet le chroniqueur.

On trouve enfin le modèle camionnette type H dans la série Louis la Brocante.

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