La vie du bon côté

Plus d'infos

Quel est l'effet de la crise du coronavirus et du confinement sur les parents ?

Une étude a été réalisée sur ce questionnement par L’Institut de Recherches en Sciences Psychologiques de l’UCLouvain. Julie Delhaye, psychologue et sexologue nous offre son décryptage sur cette enquête et nous ouvre le champ de possibles pour prendre, en tout temps et toutes circonstances, la vie du bon côté.

Le COVID19 a-t-il eu un impact sur la prévalence du Burn-Out Parental ?

L’Institut de Recherches en Sciences Psychologiques de l’UCLouvain a sondé 1300 parents belges francophones. L’enquête est menée en parallèle dans de très nombreux pays du monde grâce au consortium " International Investigation of Parental Burnout (IIPB) ".

BP = "Burn-Out Parental"

Le COVID19 a-t-il eu un impact sur la prévalence du BP ?

Grâce aux recherches menées par l’IIPB, nous connaissions déjà la prévalence (instantanée) du Burnout Parental (BP) dans 40 pays à travers le monde (mesurée en 2018-2019 avant la crise COVID19). La crise sanitaire et les mesures de confinement ont-elles changé la donne ?

Les résultats montrent que la prévalence du BP n’a pas changé. Nous avions 8.1% de parents en burn-out avant la crise sanitaire et 7.6% des parents sont actuellement en burn-out (7.9% de mères et 4.7% de pères). La crise sanitaire et le confinement n’ont donc pas eu un impact délétère sur tous les parents.

En analysant ces données d’un peu plus près, on remarque que pour 30% des pères et 36% des mères, la crise sanitaire et le confinement ont été une opportunité. Pour ces parents, le niveau de BP a diminué : il y a moins de charge mentale (pas d’activités extrascolaires à gérer, pas de déplacements pour emmener les enfants à l’école ou à leurs activités, pas de sorties des ados, pas de copains à gérer, pas besoin de penser aux sacs de piscine ou de gym,…), les parents en ont profité pour faire des choses qu’ils souhaitaient faire depuis longtemps (repeindre la maison, jardiner, bricoler….) et ont saisi la chance de passer plus de temps de qualité avec leurs enfants puisqu’ils devaient moins " courir partout ", etc..

À l’inverse, la crise sanitaire et le confinement ont engendré plus de stress chez 15% des pères et 20% des mères. Pour ceux-ci, les symptômes du BP ont augmenté.

Qui sont les parents pour qui la crise sanitaire et le confinement ont augmenté le risque de BP ?

Quels sont les facteurs de risque ?

Afin de répondre à cette question, de très nombreux critères " objectifs " à propos des mesures de confinement ont été évalués :

Le parent est-il confiné ? Si oui, depuis combien de jours/semaines ? Avec combien d’enfants le parent est-il confiné à la maison ? Combien d’heures par jour le parent passe-t-il avec ses enfants pendant la période de confinement (ce nombre d’heures a-t-il augmenté par rapport à la situation avant COVID) ? Quel âge ont les enfants ? Ces enfants ont-ils des besoins spécifiques ? Ces enfants sont-ils autonomes ou requièrent-ils une attention constante (ex. Parce qu’ils sont très jeunes) ? Le parent doit-il gérer le travail scolaire des enfants ? Le parent est-il en couple ou en situation de monoparentalité ? Le partenaire/conjoint est-il confiné ? Quelle est la surface habitable de la maison ? La famille dispose-t-elle d’un jardin ? La maison est-elle située dans un milieu rural ou urbain ? La crise sanitaire a-t-elle un impact financier sur la famille ? Le parent doit-il faire du télétravail et si oui, sa charge de travail a-t-elle augmenté/diminué ? Le partenaire/conjoint doit-il faire du télétravail et si oui, sa charge de travail a-t-elle augmenté/diminué ? Le partage des tâches avec le partenaire/conjoint a-t-il été adapté durant le confinement ?

À côté de tous ces critères objectifs, nous avons évalué l’impact subjectif de la crise sanitaire et du confinement sur les parents, à partir de deux questions :

Quand vous pensez à la crise du coronavirus, dans quelle mesure avez-vous l’impression que celle-ci a eu un impact positif sur votre parentalité et vos comportements vis-à-vis de vos enfants (ex. plus de temps de qualité, plus de contact) ?

Quand vous pensez à la crise du coronavirus, dans quelle mesure avez-vous l’impression que celle-ci a eu un impact négatif sur votre parentalité et vos comportements vis-à-vis de vos enfants (ex. plus de conflits, moins de temps de qualité) ?

En dehors de la crise sanitaire, les critères objectifs ne prédisent que très faiblement le BP et ses conséquences (en particulier la négligence et la violence à l’égard des enfants). En d’autres termes, il n’y a pas de profil de parent à risque de BP (Il est par exemple erroné de penser que le BP est l’apanage des mères en situation de monoparentalité ou des parents précarisés). Nous avions imaginé que ces variables sociodémographiques puissent prendre soudain plus d’importance dans le cadre de la crise sanitaire. Par exemple, si la surface habitable de la maison ne prédit habituellement pas le BP, elle pourrait être déterminante en situation de confinement !

Les résultats montrent qu’il n’en est rien ! Les critères objectifs ne prédisent que très faiblement le BP (ainsi que la négligence et la violence à l’égard des enfants), même en situation de confinement !

Les seuls critères objectifs qui ont une importance (relativement faible au demeurant) sont les suivants :

- Être confiné avec des enfants peu autonomes qui requièrent une attention constante,

- Être confiné avec des enfants de moins de 4 ans OU avec des grands ados/jeunes adultes (15-19 et > 19 ans),

- Être confiné avec des enfants à besoins spécifiques (handicap, hyperactivité, etc.),

- Être en situation de télétravail mais seulement si la charge de travail a fortement augmenté

- Ne pas avoir d’emploi (la situation des mères/pères au foyer a changé négativement puisqu’ils ne disposent plus de temps pour eux pendant que les enfants sont à l’école). En revanche, avoir un emploi mais être en pause car l’emploi ne peut être effectué à distance (ex, installateur de panneaux photovoltaïques ; guichetier.e) est un facteur de protection du PB car le confinement donne à ces employés l’occasion de " souffler ".

Si les critères objectifs ne prédisent que très modestement le BP et ses conséquences (négligence et violence envers les enfants), il en va tout autrement des perceptions subjectives du parent. La réponse aux deux questions posées prédit en effet très largement le niveau de BP ainsi que la violence à l’égard des enfants !

Peu importent les conditions de confinement objectives, ce qui compte vraiment, c’est le vécu (subjectif) de chaque parent. Quel sens peut-il donner à cette période particulière ? La considère-t-il comme une opportunité ou comme un obstacle à sa parentalité ? Se sent-il un meilleur/moins bon parent dans le contexte du confinement ?

Conclusions :

- La crise sanitaire et le confinement n’impactent pas tous les parents de la même manière : c’est une aubaine pour certains, un cauchemar pour d’autres.

- Le BP peut augmenter dans n’importe quel type de famille et chez n’importe quel parent (où qu’il vive et dans toutes les situations de confinement). C’est d’ailleurs ce que nous constatons sur la ligne SOS Parent : les appelants proviennent de tous les types de milieux et de tous les types de famille.

- Même si leur influence est relativement faible, certaines situations méritent toutefois une attention particulière : le confinement avec des enfants jeunes, à besoins spécifiques ou de jeunes adultes… Ce sont aussi des situations que nous relevons régulièrement sur la ligne SOS Parent. Il en va de même pour les aspects liés au télétravail. Dans le cadre du déconfinement, de nombreux parents sont inquiets de la reprise de leurs activités professionnelles (et donc aussi de la charge de travail) tandis que la plupart des enfants restent confinés et que le soutien de l’entourage reste interdit.

- Ce qui influence vraiment le niveau de BP et la violence envers les enfants qui en résulte, c’est la perception qu’ont les parents de l’impact de la crise sanitaire et du confinement sur leur parentalité !

Ces résultats donnent tout leur sens au soutien/à l’accompagnement psychologique des parents en situation de confinement, dans une optique de prévention. C’est l’objectif que nous avons poursuivi depuis la première semaine de confinement avec la ligne SOS Parent, comme le souligne Julie Delhaye.

Les influences positives du confinement

On peut donc constater chez certains, l’amélioration de l’épuisement en raison de ce confinement. On prend enfin, et par la force des choses, du temps pour soi. A l’encontre de notre course effrénée habituelle durant laquelle on injecte grand nombre d' activités extrascolaires, on pense aux sacs pour la piscine, on enchaîne les trajets,… Ce qui constitue une réelle charge mentale qui s’est libérée du fait du confinement, on gagne ainsi en qualité de vie.

Le confinement a mis un cadre nouveau sur notre rôle de parents. On est très investis, on veut de tout temps être le parent idéal, être ces super parents. Le confinement nous a obligés à accepter ce vivre autrement et on peut faire la distinction entre ce qui est nécessaire et superflu, on se donne des priorités. Et donc à travers cette crise, les parents ont été forcés de repenser leur manière d’être parent.

Pas toujours facile de changer le système. Réorganiser nos priorités c’est une chose mais aussi la pensée. C’est quoi pour moi être un bon parent ? Cet héritage culturel que nous portons en nous peut être chamboulé, on peut le déconstruire – sans culpabilité, on peut ainsi sortir de notre "idéal" qui nous met souvent la pression. On réorganise la pensée, on se déleste de la pression.

Passé le sommet de la crise, il va "falloir" s’adapter sur le long terme, et c’est important de s’inspirer de ce qui a bien et moins bien fonctionné au sein de la famille, pour le reproduire, le ritualiser, en faire une nouvelle habitude. La famille a été expérimentée d’une autre manière et il y a sans doute des choses à en retenir, à appliquer, et d’autres qu’il serait bon d’abandonner.

Les parents en souffrance c’est rarement l’environnement qui est "dysfonctionnant". On se sent souvent nul", les parents ne se sentent pas à la hauteur. C’est plus cela qui impacte l’état d’être de la personne. C’est important d’être bienveillant envers soi.

Si la crise sanitaire peut être une opportunité positive d’être mieux pour 36% des personnes, pour d’autres il importe de les inviter à adopter une nouvelle perception. Il faut revenir à l’équilibre sur le long terme, c’est important et changer notre façon de vivre avec nos enfants. Se faire accompagner en cette démarche peut être bénéfique.

Pour les parents en difficulté, l’accompagnement s’avère donc nécessaire car même si on annonce le déconfinement, le retour à la normale n’est pas pour tout de suite. Il s’agit d’un abus de langage de dire qu’on est en déconfinement, nous sommes dans un processus de déconfinement, qui va s’inscrire sur un temps long, avec de nombreuses contraintes comme le retour partiel à l’école, etc. Et donc il serait triste de voir augmenter le pourcentage des cas de BP alors que c’est évitable en travaillant avec les parents sur la notion de priorité, la déculpabilisation, l’image de soi en tant que parent, les croyances limitantes, etc. pour prendre ainsi La vie du bon côté.

Julie Delhaye

Julie Delhaye est psychologue et sexologue.

"Diplômée d'un Master en Politique économique et sociale à l’UCL, par intérêt pour les systèmes dans lequel l'individu évolue.

  • J’ai  ensuite voulu approfondir mes connaissances de l’individu en particulier et son état psychologique, j’ai donc entrepris une formation en Thérapie Systémique, Stratégique et Brève à l’Institut Grégory Bateson.

    • Cette formation m’a donné les moyens d’analyser les situations problématiques à travers le prisme systémique et m’a permis de mettre en place une prise en charge pragmatique des états de souffrance 

  • En parallèle de mes consultations, je continue à me former à la thérapie brève de manière générale et en particulier au Burnout parental en suivant la formation organisée par Isabelle Roskam et Moïra Mikolajczak. (UCL)

  • Je suis également sexologue clinicienne, (Diplômée à l'UCL 2020)"

  • Julie Delhaye

 

Son site internet : www.juliedelhaye.be

 

Tous les jours, prenez la vie du bon côté

Du 100% digital… La Vie du bon côté, c’est tous les jours, quand vous le voulez du matin au soir, en PODCAST et dans la bonne humeur sur Vivacite.be, sur auvio, sur spotify, sur votre smartphone ou votre iPhone. C’est partout, tout le temps, où vous le voulez comme vous le voulez ! Sylvie Honoré vous invite à ce rendez-vous Bien Etre et Santé en présence d’experts en développement personnel. La vie du bon côté, c’est aussi un second rendez-vous quotidien dans l’émission "VIVRE ICI" dès 14h15 sur VivaCité.