La vie du bon côté

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Et si le deuil était également une occasion de renaître à soi ?

Quelle est la définition du deuil ? De quoi fait-on au juste le deuil ou pas ? Nous sommes amenés à vivre un deuil à chaque fois qu’il nous faut renoncer à cette vie d’avant, de façon définitive, sans pouvoir revenir en arrière.  Notre invité, Jean-Michel Longneaux, docteur en philosophie et chargé de cours à l’Université de Namur, est l'auteur du livre " Finitude, solitude, incertitude : philosophie du deuil ". 

Expérience universelle liée à la condition humaine, le deuil se donne dans une épreuve toujours intime et personnelle, que ce soit à travers le décès d’un proche, une rupture amoureuse, l’échec d’un projet ou la perte d’un emploi. Et si certains sont plus épargnés que d’autres, nul n’échappe à l’usure du temps qui emporte tout avec lui, y compris les moments heureux. En appuyant ses analyses sur de nombreux témoignages, Jean-Michel Longneaux éclaire d’un jour nouveau le désordre de nos vies.  De quoi fait-on au juste le deuil ?  Est-il exact qu’il n’est plus ritualisé aujourd’hui ?  Que reste-t-il de soi quand on a tout perdu ?

En répondant à ces questions, l’auteur invite à se débarrasser des préjugés sur le deuil : il n’est pas que tristesse et désespoir ; il est aussi l’occasion de renaître à soi. Ce faisant, cet ouvrage donne des clés pour comprendre les ressorts cachés des soubresauts de notre époque.

Jean-Michel Longneaux nous fait réfléchir sur la notion de deuil au départ de la philosophie. Il insiste sur l’importance de la verbalisation afin de pouvoir trouver une solution à la difficulté vécue.

Le sens commun du deuil fait référence au décès mais il existe bien d’autres deuils comme la rupture amoureuse, la perte d’un emploi, la maladie peuvent être des situations vécues comme autant de deuils. Des moments heureux peuvent aussi être vécus comme tels. Par exemple un mariage ou une naissance.

On pourrait donc définir le deuil comme une situation de rupture. Il y a donc un avant et un après. La rupture va donc conduire à une nouvelle situation.


►►► À lire aussi : Jean-Michel Longneaux : "Le deuil nous apprend que le désir de toute-puissance n’est pas la réalité"


 

De quoi fait-on au juste le deuil ?

Tant que l’on explique le deuil par la personne, la situation, la chose perdue on reste à la surface des choses. On ne parle pas de soi. On ne dit pas pourquoi la nouvelle situation rencontrée est difficile pour nous. On fait donc toujours le deuil par rapport à soi. Le soi pouvant être vu sous 3 angles :

Tout d’abord une rupture quant à sa propre identité. Par exemple, dans le cas d'une séparation, " Je ne suis plus le mari de... ", ou dans le cas de la perte d'un emploi, " je ne suis plus la collègue de... ".

Deuxièmement, une rupture dans la manière dont j’étais en relation avec les autres.

Et finalement une rupture quant à son rapport à l’avenir, quant aux projets que l'on avait avant ce changement.

Le deuil va donc consister à accepter que :

  • la nouvelle situation est différente de celle que l'on vivait avant avant (accepter de quitter ce que l’on est déjà plus, accepter ce que l’on a déjà perdu) ;
  • la nouvelle situation va modifier la manière dont on est en relation avec les autres ;
  • la nouvelle situation va modifier notre rapport quant à l’avenir (nos projets).

Jean-Michel Longneaux définit le deuil comme un travail psychologique et social par lequel l'homme (ou la femme) meurt à ce qu’il n’est pas (ou plus), pour renaître à ce qu’il est ou ce qu’il est devenu.

Il s’agit donc bien d’un travail c’est-à-dire une démarche active. La passivité à la nouvelle situation rencontrée ne va conduire qu’à de l’accommodation (" on s’habitue ").

Ce travail doit donc se faire sur deux niveaux. Un travail personnel d’acceptation (dimension psychologique) mais qui doit passer par au moins quelqu’un d’autre (dimension sociale). En effet, si l’on n’ose pas parler véritablement du problème à quelqu’un d’autre c’est que le problème n’est pas réglé.

Les deux dimensions de ce travail vont permettre à la personne qui vit cette rupture d’apprivoiser ce qu’il est vraiment ou ce qu’il est devenu. Finalement, aimer ce que l’on est maintenant.

Lors de la rupture à laquelle nous sommes confrontés, la vie antérieure est arrêtée. Au cours du processus de deuil, véritable période de transition, nous faisons des choses anormales. Nous n’acceptons pas la nouvelle situation et nos comportements sont modifiés. L’entourage doit suspendre ses jugements quant à ces comportements qui peuvent être de trois ordres. Il s’agit de :

  • la fuite
  • la colère et la violence
  • la dépression

Souvent, deux personnes vivant la même situation n'auront pas le même comportement.  Une personne qui fuit va, par exemple, multiplier les divertissements, va faire de nouvelles activités, ….

La colère et la violence traduisent une souffrance, une incapacité à accepter ce qui se produit. Ne pas l’exprimer engendrera alors une bombe à retardement. Tôt ou tard elle sortira soit sous forme d’une explosion soit sous forme d’une implosion (par ex. : violence contre soi).  La violence doit donc être exprimée dans les limites du respect de l’intégrité de tous.

Enfin, la dépression traduit un repli sur soi, une déconnexion de tout.

Ces comportements traduisent donc le refus de ce qui s’est passé mais grâce à l’entourage l’enjeu est d’essayer que la personne puisse verbaliser ce qu’elle n’arrive pas à quitter afin qu’elle puisse se remettre en mouvement.

Que découvre-t-on dans les deuils ?

Jean-Michel Longneaux explique que la situation de rupture vécue est souvent perçue comme ayant la couleur de l’injustice mais elle nous révèle notre condition humaine.

Cette rupture nous révèle que nous sommes des êtres finis, que nous ne sommes pas tout-puissants. Elle nous révèle aussi notre solitude (à ne pas confondre avec l’isolement). Nous avons besoin de relations mais on est toujours seuls et nous ne pourrons jamais vraiment connaître l’autre. Enfin, la rupture nous révèle l’incertitude de l’existence.  Rien n’est dû à personne, la vie peut tout nous reprendre.

Le double travail du deuil nous amène à confronter nos désirs à la réalité.

Apprendre à aimer ce que l’on est c’est accepter notre finitude, notre solitude et l’incertitude de notre existence.

Les rêves et les désirs sont certainement des moteurs de notre existence mais nous devons arrêter de prendre nos désirs pour la réalité. Le travail du deuil consiste donc à réconcilier désirs et limites !


►►► À lire aussi : Jean-Michel Longneaux : "Il faut faire le deuil de la confiance placée dans un monde qui tournait" 


 

Finitude, solitude, incertitude : philosophie du deuil

Après une interrogation des grands thèmes développés en psychologie et en sociologie autour du deuil, de la perte ou encore des ruptures, l’auteur exploite les ressources de la phénoménologie pour dégager ce que ces épreuves nous enseignent de la nature humaine.

Dans une perspective philosophique, l’ouvrage interroge dans un premier temps les grands thèmes que la psychologie et la sociologie développent à propos du deuil : de quoi fait-on le deuil ? Comment se vit une telle épreuve ? Comment le deuil est-il ritualisé aujourd’hui ? La seconde partie qui, du point de vue méthodologique, exploite principalement les ressources de la phénoménologie, tente de dégager ce que le deuil nous enseigne à propos de ce que nous sommes en tant qu’être humain. Si les deuils sont le plus souvent douloureux, c’est parce qu’ils mettent en échec les trois désirs qui nous portent dans l’existence : les désirs de toute-puissance, de fusion et d’une vie où tout est dû. Mais dans le même instant, il nous révèle sans fard, comme un être qui se caractérise par la finitude, la solitude et l’incertitude. Vivre un deuil, c’est mourir à ce que l’on n’est pas pour tenter de se réconcilier avec ce que la vie à fait de nous.

Finitude, solitude, incertitude : Philosophie du deuil, Editions PUF

Jean-Michel Longneaux

Jean-Michel Longneaux est docteur en philosophie, chargé de cours à l’université de Namur (Belgique), conseiller en éthique dans le monde de la santé et rédacteur en chef de la revue Ethica Clinica.

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