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Comment les stéréotypes de genre s'appliquent-ils aussi à notre voix ?

Notre voix est notre carte de visite. Elle révèle notre personnalité, exprime nos sentiments et peut irriter certaines personnes comme en séduire d'autres. La voix est particulière à tout un chacun. L'équipe de "La Grande Forme" a décidé d'en parler avec le Dr Nawara, ORL.

Il serait réducteur de penser que la voix n'est simplement qu'un organe mécanique explique d'emblée le Dr Nawara : "À côté de l'aspect fonctionnel, il y a tout l'aspect émotionnel qui est transmis par la voix ; il faut imaginer la voix comme si c'était la palette de couleurs d'un peintre et en fonction de ses émotions, on peut exprimer toutes ces différentes couleurs."

La voix influencée par nos émotions

En effet, la voix est influencée par notre état d'esprit, c'est très complexe au niveau des connexions neurologiques mais il faut savoir que l'innervation des cordes vocales est inhérente au nerf vague qui est le 10e nerf crânien, qu'il y a des connexions très complexes au niveau du tronc cérébral et du système nerveux central. C'est un nerf en interconnexion avec le système neurovégétatif et nous savons que lorsque nous sommes stressés, tristes ou encore en colère, le système neurovégétatif va influencer notre respiration et donc automatiquement la voix mais aussi le rythme cardiaque, ce qui va provoquer de la transpiration mais également des tensions au niveau des muscles et notamment des cordes vocales.

Résultat : cela va avoir des conséquences sur la capacité vibratoire des cordes vocales d'où le fait qu'on va avoir une voix tendue ou stressée par moment par exemple ; l'ensemble des interactions entre les aires de la parole et du cerveau émotionnel apportent la richesse des palettes de couleurs explique le Dr Nawara.

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© GETTY IMAGES

Pourquoi certaines voix nous irritent et d'autres nous séduisent ?

D'après notre expert, certains sons sont plus enveloppant et caressant que d'autres, c'est le cas notamment des basses fréquences, leur caractéristique est d'être un son plus rassurant qui donne un aspect de stimulation auditive mais aussi tactile et vibratoire.

Par ailleurs, ce genre de son se trouve dans notre mémoire, dans ce qu'on qualifie d'épisodique et qui nous ramène à notre expérience personnelle, à notre enfance, nos souvenirs. Certaines voix peuvent en effet nous rappeler notre maman, quand on était dans son ventre, etc.

Nous sommes plus sensibles aux voix graves qu'aux son aigus car on les interprète selon le souvenir qu'on en a gardé, souligne notre spécialiste.

La voix : un stéréotype genré

La voix est également genrée selon le Dr Nawara car "nous sommes dans une société assez binaire où, suite à une imprégnation judéo-chrétienne, ça met mal à l'aise de ne pas pouvoir différencier une voix d'homme d'une voix de femme."

Résultat : c'est beaucoup plus rassurant de considérer une voix d'homme comme étant grave car elle inspire une forme de leadership, de force et de patriarcat. Or, une voix de femme, c'est la voix aigue de la politesse, de la gentillesse, de l'empathie. Et en même temps, ça rappelle la voix d'un enfant donc une forme d'insécurité, une certaine difficulté pour prendre des décisions donc on est dans un stéréotype pur, "et on voit bien, dans le monde entier, que les langues et les voix sont dépendantes d'une construction culturelle sociale qui impose un caractère genré" explique notre ORL.

Quand les femmes s'adaptent

Le Dr Nawara tient à souligner que depuis une cinquantaine d'années, on observe dans certaines études, notamment en Australie, que plus les femmes ont tendance à côtoyer des hommes dans des milieux de pouvoir et plus leur voix a tendance à diminuer en octave, comme pour essayer de se faire entendre.

Autre exemple aux États-Unis cette fois, où l'on s'est rendu compte que plus une femme a une position hiérarchique importante dans une société, plus sa voix est grave alors qu'au niveau morphologique, rien n'a changé donc c'est vraiment un phénomène de construction sociale pour aller à l'encontre des stéréotypes tout à fait binaires.

Complications médicales

Cependant, cela engendre parfois des complications d'ordre médical comme l'explique notre expert : "On connaît bien ce phénomène aux États-Unis, la laryngalisation (la voix craquée ou la friture vocale) c'est-à-dire qu'à force de vouloir descendre dans les graves, on a tendance à positionner certaines structures du larynx très proches les unes des autres ce qui a pour effet de comprimer fortement les cordes vocales. Donc à force de vouloir descendre dans les graves, on fait un effort exagéré et de plus en plus de personnes doivent voir des coachs vocaux ou laryngologistes pour rééduquer leur voix face à cette pression sociale qui aboutit à des lésions des cordes vocales."

La Grande Forme, c’est du lundi au vendredi de 13h à 14h en direct sur VivaCité. Vous avez manqué l'émission ? Nous vous invitons à la revoir sur Auvio.

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