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Partez à la découverte d'un pays sauvage, la Camargue!

On entre en Camargue sur la pointe des pieds

" Si on était en Egypte, on serait ici dans une pyramide ", confie Roger Job, en s’effaçant devant Adrien Joveneau et son équipe de tournage des " Belges du Bout du Monde ", pour leur ouvrir la lourde grille du mas du Grand Radeau, mieux connu sous le nom de " manade Reynaud ", le patronyme d’une génération de gardians, établis en plein cœur de la Camargue depuis un siècle et demi. Roger Job n’a pas le raccourci facile. Ce photographe de renommée internationale, auteur de reportages sur l’exode des réfugiés mozambicains en Afrique du Sud, des pasteurs nomades du Turkana ou des débardeurs wallons, se passionne pour ces humains qui, de plus en plus nombreux, se battent contre les ravages de la modernité. Face aux menaces qui pèsent sur leurs coutumes et leur survie, ils ont souvent la grandeur pharaonique des fils du Soleil. Leur fierté et leur rudesse les tient à distance des nouveaux-venus, des ignorants de leur Histoire. Roger Job et Gaëlle Henkens, qui viennent de publier " Soleil Noir, le peuple du Taureau ", savent de quoi ils parlent.

" Nous sommes venus ici sur la pointe des pieds, avant de finir par beaucoup les aimer. Le jour où l’on est adopté, c’est pour la vie. " Marcel Reynaud (92 ans), le doyen de la manade, à cheval tous les jours, acquiesce. Il aura fallu quatre ans de patience - dont cent quatre-vingt jours sur place - au couple belge, pour se faire accepter et intégrer dans quelques-unes de ces famille très fières et très fermées des éleveurs camarguais. " La Camargue, ce bout de terre délimité par les deux bras du Rhône, c’est bien plus que la Provence-Alpes-Côte d’Azur, les Alpilles, les flamands roses ou Crin Blanc. Elle est sans doute plus proche de la Belgique que d’autres pays du bout du monde, mais elle est tout aussi mystérieuse que les contrées les plus méconnues de la planète ", assure Roger Job.

La mer gagne quatre mètres par an

Ici, dans la manade, du Papet Marcel jusqu’au petit-fils Antonin qui va sur ses 9 ans, tout le monde monte à cheval. Le cheval Camargue, d’un blanc immaculé, est un compagnon indispensable dans la conduite des troupeaux de taureaux, c’est le seul au monde à être capable de brouter sous l’eau en tirant des plantes aquatiques des eaux saumâtres. La Camargue est une terre rude et aride, sur laquelle les manadiers et les éleveurs luttent pour assurer leur survie. La mer, chaque année, gagne du terrain sur les herbages qu’elle rend stériles en y déposant son sel.  Les enfants et petits-enfants du Papet Marcel sont contraints aujourd’hui de chercher d’autres terres pour remplacer celles que la Méditerranée leur a confisquées à cause du réchauffement climatique, et sur lesquelles ils prélevaient ce foin tellement prisé par leurs montures. Depuis un demi-siècle, la côte recule de quatre mètres par an. Les bunkers construits par les Allemands lors de la Seconde Guerre mondiale, et dans lesquels se cachaient Frédéric, le fils de Marcel, et ses amis, sont depuis longtemps engloutis par les flots. Dans la guerre qui oppose le Rhône à la Mer, les manadiers s’accrochent à leurs terres. Et se battent pour préserver leurs traditions et leur liberté, en s’enorgueillissant de la luxuriance de leur flore et de leur faune, de leurs salines scintillantes, de leurs rizières et de leurs dieux taurins. Contrastant avec la blancheur des canassons camarguais, ce sont bien les taureaux qui sont intronisés rois des terres de Camargue.

Le taureau, ce héros

Là-bas, on les vénère, on leur voue un véritable culte. En pénétrant un peu plus dans la manade Raynaud, on y découvre une tombe au nom de Régisseur, un taureau sacré " biou -taureau en provençal - d’or " en 1957, pour ses exploits réédités dans les arènes d’Arles, de Nîmes et alentours. A l’époque, l’Europe, pour des raisons sanitaires, n’avait pas encore interdit ce type d’hommage taurin. En Camargue, le taureau était enterré debout. Contrairement à l’Espagne où le toréador est le héros, ici, c’est le taureau qui est célébré, c’est lui dont le nom apparaît en gros caractères sur les affiches des courses camarguaises. Les noms des raseteurs, ces jeunes sportifs issus des écoles taurines et qui tentent de ravir la cocarde accrochée entre les cornes du taureau, apparaissent en petit caractère, derrière celui du dieu taureau. Lui seul est acclamé. Et il n’est pas mis à mort, contrairement à son infortuné collègue espagnol. Ces courses s’inscrivent dans une tradition qui cimente le peuple de Camargue et attirent jusqu’à 15.000 personnes dans les plus grandes arènes, au cours du millier d’affrontements entre le taureau et les hommes organisés chaque saison dans tous les villages de la région. La tradition a repris ses droits. Les abrivades reconstituent les transhumances d’autrefois, lorsque les chevaux ramenaient les taureaux dans les prairies. Regroupés au sein de la confrérie de Saint-Georges, les gardians ont juré de maintenir leurs usages et leurs traditions. Le premier mai, c’est leur fête : ils convergent alors vers Arles dans une longue procession à cheval, accompagnés de cavalières en costume et coiffe d’Arlésienne pour recevoir la bénédiction à l’église Notre-Dame de la Major.

Le coulis d’herbes du jardin du curé

Les Camarguais doivent cette renaissance de leurs coutumes au monadier-écrivain Folco de Baroncelli, surnommé " l’inventeur " de la Camargue en l’honneur de son combat pour la sauvegarde de l’âme profonde et du passé de ce fragile biotope et de ces habitants. " La Camargue est, au milieu de la hideuse matérialité principale cause de notre grand naufrage, une île de beauté, de lumière, de poésie et de mirage ", écrivait-il en 1940, au crépuscule de sa vie.

L’équipe des Belges du Bout du Monde a pu vérifier ses magnifiques atours, les secrets de ses manadiers, la solidarité des gardians, la beauté des Saintes-Maries de la Mer et des Baux de Provence, le charme des marchés locaux où les grands chefs étoilés dénichent leurs meilleurs produits. Et puis, dans ce podcast, vous découvrirez également quelques merveilles culinaires. A l'occasion du " Marseille Provence Gastronomie 2019 ", Adrien Joveneau et son équipe se sont fait ravir les papilles par le savoir-faire du chef Roger Merlin, créateur du Comptoir des Cuisines de Camargue ! Le bonheur est aussi dans l’assiette… Des petits plaisir à découvrir dans ce podcast au pays du soleil noir.

 

Reportage réalisé avec la collaboration d’Atout France (https://be.france.fr/) et de l’équipe de production IPEP.

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