Grandeur Nature

Tous les samedis de 16:00 à 18:00 sur Vivacité

Plus d'infos

Heureux qui comme Zorba est allé chez les Crétois

Faut que je vous l’avoue…ce reportage en Crète a pour moi une saveur particulière : la première fois que j’ai pris l’avion, c’était pour venir ici, fin des années 70, passer quelques étés chez mon papa, militaire sur une base de l’Otan dans la baie de Souda. Alors, atterrir 40 ans plus tard sur le petit aéroport Nikos Kazantzaki, pour moi c’est comme croquer dans une Madeleine de Proust ou…dans la féta de Zorba !

Ah, ce bon vieil Alexis Zorba, mon livre de chevet. Il a inspiré le film Zorba le Grec avec Anthony Quinn, un de mes films cultes ! Adolescent, j’ai eu le bonheur de le voir ici en famille et en plein air, sur un grand écran installé sur le port de Chania. Avec cette réplique mémorable: " Une personne a besoin d’un peu de folie, sinon elle n’ose jamais couper la corde et être libre".

Mon Zorba, pendant ce reportage, ce sera Jean-Philippe Delhaye. Ici, tout le monde l’appelle Yannis. Un Bruxellois qui a eu le courage de couper la corde, de quitter son job de courtier en assurances pour regarder par-delà la colline. Au lieu de se consacrer à la gestion des problèmes et malheurs des gens, il a décidé de les aider à concrétiser leurs rêves en créant ici une agence de voyages basée sur le tourisme de proximité. (A découvrir via https://lesbelgesduboutdumonde-experience.be/)

Son crédo, c’est la découverte de nouveaux horizons, dans un univers où le stress n’a pas encore sa place et où les valeurs humaines ne sont toujours pas bafouées par la société de consommation. La fameuse Philotémi, la solidarité et l’authenticité de l’île où jeunes et plus âgés vivent en harmonie, dans un respect mutuel, le sens inné de l’hospitalité des habitants, le climat méditerranéen et le mélange mer-montagne complètent le tableau idyllique arpenté par notre Belge du bout du Monde.

Le premier jour, nous débarquons à Zoras, petit village qui domine la plaine de la Messara, le grenier de la Crète. En pleine saison de cueillette des olives, nous sommes directement embrigadés pour gauler les oliviers à l’aide de grands peignes mécaniques. Chaque arbre donne une centaine de kilos d’olives et quand on sait qu’il en faut quatre kilos pour faire un litre d’huile, nous comprenons vite que nous ne sommes pas au bout de nos peines et…nous laissons vite faire les professionnels ! Kali dynami, comme on dit par ici…Bon courage !

Au pressoir, nous sommes accueillis par Maria et son frère Michalis Chavaledaki, deux jeunes entrepreneurs qui ont repris le moulin du village pour le moderniser et produire une délicieuse huile d’olives, 1ère pression à froid, en conjuguant avec passion le savoir-faire de leurs ancêtres et les atouts des nouvelles technologies. Chapeau à cette fratrie qui redynamise l’économie locale, elle en a tant besoin…

Arrivé ici à la fin du siècle dernier, on payait encore en drachmes, Jean-Philippe a connu les années Karamanlis/Papéandréou, les J.O. d’Athènes, Syriza, Tsipras et la presque sortie de l’euro. Quand il voit le dynamisme de ces jeunes, il est optimiste pour l’avenir du pays. Sa façon à lui de soutenir l’économie, c’est de développer un tourisme de proximité qui fait vivre les petites structures d’accueil et les agriculteurs locaux. Comme Katerina Papadovassiliakis, 83 printemps, qui nous accueille le soir dans son auberge et qui se lève à 5hrs, pour préparer le meilleur petit déjeuner de l’île, 17 spécialités artisanales faites main, en forme dès le matin !

Rien de tel avant d’attaquer une nouvelle journée, aujourd’hui, c’est randonnée ! L’île est traversée par la fameux E4 (epsillon tessera en grec) qui est à la Crète ce que le GR20 est à la Corse. Un fabuleux sentier, balisé par un losange jaune et noir, qui crapahute entre le littoral et les sommets. Il y en a 50 de + de 2.000 mètres, rien que dans les Montagnes Blanches. Les Gorges de Samaria étant fermées l’hiver, nous optons pour celles de Meskla, plus secrètes. L’impression d’entrer dans le ventre de la terre, en équilibre entre le minéral et le végétal. Dieu que c’est beau…

Voyager avec Jean-Philippe, c’est goûter à une subtile alliance mêlant le souffle de l’aventure, la découverte de la nature et les contacts avec la population locale. Comme ce soir où nous sommes invités chez Yannis Péroulakis, un autre jeune entrepreneur grec qui s’est lancé dans la fabrication de raki. A côté des cuves industrielles, il a gardé de vieux alambics autour desquels, les soirs de distillerie, les musiciens du village débarquent pour célébrer la tsikoudia avec les instruments traditionnels crétois : la lyre crétoise et le lagouto. Enivrés par les chants de Mathéos Kouklakis et Kostas Pipérakis, nous passons une soirée incroyable, bénis par Dyonisos !

Même pas mal aux cheveux, je n’en ai plus guère, nous nous levons le lendemain à l’aube pour quelques prises de vue au monastère de Vrondissi. Son église, d’époque vénitienne, a deux nefs, une pour les catholiques, l’autre pour les orthodoxes. D’impressionnantes icônes retracent la vie du Christ. Les plus belles, celles de Damaskinos, sont visibles au musée d’Art chrétien d’Heraklion. Nous voyant débarquer avec une armada de drône et de caméras, les moines se montrent réticents. Le quart d’heure suivant, ils nous offrent l’elliniko café et le petit déjeuner…Quelle Philoxénia, omniprésente !

Grandeur Nature en Crète, ce samedi 18 janvier à 16h sur VivaCité. Retrouvez l’émission télé sur La carte des Belges du Bout du Monde.