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Pierre : " Je n'ai toujours pas repris le travail, je ne suis vraiment pas bien par rapport à la situation "

Pierre : " Je n'ai toujours pas repris le travail, je ne suis vraiment pas bien par rapport à la situation "
Pierre : " Je n'ai toujours pas repris le travail, je ne suis vraiment pas bien par rapport à la situation " - © Tous droits réservés

Une manager d’un magasin JD Sports à Liège a demandé à son équipe de former une file d’Arabes, de gwers et de macaques. La direction aurait dit à un employé choqué qu’il devait passer au-dessus, que c’était dit sur le ton de l’humour. Il suffit de passer au-dessus et fin de l’histoire ?

Une scène filmée dans le magasin JD Sports du centre commercial Médiacité à Liège fait le tour des réseaux sociaux. Une manager du magasin demande à la fin de la journée à son équipe de former une file d’Arabes, de gwers (personne blanche d’origine occidentale) et de macaques. Un employé choqué en parle autour de lui. Un comité se rend alors sur place pour demander des explications à la manager. C’est cette scène qui est filmée et diffusée, elle y reconnaît l’utilisation du mot " macaque ". Le jeune homme blessé par les propos dit dans Sudpresse avoir pris contact avec la direction qui lui aurait dit de passer au-dessus, que c’était dit sur le ton de l’humour.

Il suffit de passer au-dessus et fin de l’histoire ? C’est la question que l’on vous posait ce matin dans " C’est vous qui le dites ".

Pierre a partagé sa version des faits ce matin sur nos antennes :Chaque soir, on est fouillé à la fermeture, ça a toujours été comme ça, je pense. On est en pleine fermeture, il est 20h30. Il y avait l’équipe de Namur et tous les supérieurs, les managers et un grand supérieur que j’ai eu au téléphone par la suite. Je sors du vestiaire et sans aucune raison, elle se met à crier : " Oui les macaques, les singes, venez vous faire checker ! ". Le problème, c’est que tout le monde s’est mis à rire. Ça a tourné en spectacle, personne ne l’a interpellée. Moi et ma collègue, on était choqué mais le reste c’était des rires, de la moquerie, je l’ai ressentie comme une humiliation. Dès qu’il y a eu l’insulte, j’étais tétanisé, je sors du magasin et j’en discute avec des amis. Le lendemain, je reviens au magasin pour parler de ce souci. La madame n’était pas présente donc j’ai dû revenir samedi pour discuter avec elle. J’essaye de trouver des explications. Elle me dit : " Peu importe ce que tu vas raconter contre moi, il ne m’arrivera rien. ". Je prends contact avec la direction et là pareil, elle me dit qu’il n’y a rien de grave, que ce sont des blagues et que je dois réussir à passer au-dessus. Il y a une plainte qui a déjà été déposée. Je n’ai toujours pas repris le travail, je suis sous certificat. Je ne suis vraiment pas bien par rapport à la situation. C’est humiliant le fait que ce soit accepté par les hauts placés du JDSport. Il y a eu une photo qu’ils ont postée sur Instagram " I don’t care ", je m’en fous. C’est du JD Sport Belgique et ça a été supprimé. Depuis samedi, on n’a plus discuté. "

 

" L’humour pour faire passer l’insulte "

Fabrice de Nivelles est d’origine africaine et pour lui, " il ne faut pas passer au-dessus du tout. Je l’entends au moins trois fois par semaine mais j’essaye de passer au-dessus de tout ça mais il y a des moments où ce n’est plus possible. C’est toujours sur le ton de l’humour. Mais quand il y a des personnes qui font des blagues sur l’hiver, dire qu’on ne vous voit pas sur un fond noir… à un moment donné, montrer la différence, c’est déjà un problème. On peut rire de tout mais à un moment donné, il n’y a plus de respect. Je vais à la police et on ne m’écoute pas. Il n’y a plus de place pour rien, il y a juste de la place pour l’injustice. J’ai un sentiment d’injustice, d’impuissance et d’hypocrisie. Avant je réagissais mais finalement ça vous apporte plus de problèmes qu’autre chose. Donc finalement, vous êtes obligé de laisser les choses derrière, vous n’avez pas le choix ! Il faut plus de sensibilisation par rapport à tout ça. Aujourd’hui on sensibilise plus vers une nationalité. Il faut quelque chose d’unitaire, une unité forte parce que chacun se bat de son côté : les femmes, le racisme… Tous ensemble, on arrivera peut-être à quelque chose. "

Du côté de Soumagne, Blanche tient le même discours : " Il y a un manque de respect envers toute une communauté entière. Il faut montrer qu’on n’est pas d’accord avec ça et on ne le sera jamais. Si on n’impose pas de limite, elle sera toujours franchie. C’est important de montrer une tolérance " zéro" face aux insultes racistes. Ça peut être de l’humour dans le cadre où dans l’ambiance du travail cet humour est déjà instauré. Je pense que la personne ne l’a pas dit pour être raciste mais parce qu’il n’y a plus de limite. Les gens ont cette facilité à nous comparer au singe, à la banane et à toute autre insulte parce qu’il y a cette facilité d’insulte. Je pense que les gens qui insultent savent très bien que ce n’est pas bien parce qu’ils sont matures mais veulent atténuer l’insulte en voulant nous faire croire que c’est une blague. Quand ça m’arrive, je pose la limite directement. "

Seule Anne de Saint-Nicolas le prend sur le ton de l’humour : " C’est normal, si ça a été dit sur le ton de la rigolade, il ne faut pas en faire tout un foin. "

Nous vous invitons à poursuivre le débat sur notre page Facebook "C'est vous qui le dites"

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