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L'expert du débat : "À la demande de la police, les élèves ont été priés de mettre un terme aux rumeurs"

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Après le suicide de la jeune Maëlle, la direction de l’école aurait fait le tour des classes pour que les élèves ne parlent plus à l’extérieur et qu’ils stoppent immédiatement leur mouvement de protestation. Comment gérer l’après drame à l’école ?

Il a deux semaines, Maëlle, qui allait avoir 15 ans, s’est donné la mort après avoir été victime de harcèlement à l’école. Selon 7s7.be, la direction du Centre scolaire Saint-Joseph Notre-Dame à Jumet a alors mis en place un soutien psychologique temporaire sans en informer tous les élèves. La direction aurait également fait le tour des classes pour demander aux étudiants de ne pas communiquer à l’extérieur de l’établissement et de stopper immédiatement leur mouvement de contestation sous peine d’être déclaré en absence injustifiée.

Comment gérer l’après drame à l’école ? C'est la question que l'on vous posait ce matin dans "C'est vous qui le dites".

Voici quelques moments forts de l’émission…

"La consigne était mettre un terme aux rumeurs qui circulaient au sein de l'école"

Jocelyne Bertoux, directrice du Centre scolaire Saint-Joseph-Notre-Dame à Jumet, est intervenue en tant qu'expert à ce sujet sur notre antenne : "Mardi, il y avait une équipe de notre PMS avec cinq personnes qui étaient présentes sur le site du côté professionnel dans le bureau habituel du PMS. Les élèves connaissent le local. Nous avions une équipe mobile avec deux personnes qui étaient dans le bâtiment administratif et tous les enseignants savaient où se trouvaient ces personnes. Tous les élèves ont été informés car tous les professeurs en ont parlé. Vous vous rendez bien compte que, face à un tel événement tragique, les enseignants ont pris un temps de parole avec les élèves pour discuter. Lundi, les enseignants ont été rassemblés en assemblée générale où nous avons donné ces informations. Il y avait deux assistantes sociales à l'écoles, sept éducateurs et nous étions là également. L'équipe n'est actuellement plus en place, on peut y faire appel. En revanche, celle du PMS est toujours à disposition et poursuit son travail". 

La directrice conteste les ordres qui auraient été donnés aux élèves : "La consigne n'a pas été de ne pas parler à la presse mais de mettre un terme aux rumeurs qui circulaient au sein de l'école et ce, à la demande de la police car nous avons un devoir de protection des élèves. C'est une demande qui a été formulée par la police ce mardi matin. Les rumeurs accusaient un élève qui aurait été à l'origine du harcèlement. Or, il y a une enquête de la police et elle fait son travail à ce niveau-là". 

Quant au mouvement de protestation des élèves, Jocelyne Bertoux affirme qu'il fallait les mettre en sécurité : "Les élèves ont manifesté mercredi matin mais, malheureusement, dans la rue. Leur sécurité n'était donc pas assurée. Les parents nous confient leurs enfants et, là, il y avait un problème au niveau de la sécurité et c'est la raison pour laquelle mon collègue a fait rentrer les élèves dans l'école. [...] Nous trouvions que la situation était dangereuse car les élèves arrêtaient les voitures et nous voulions assurer leur sécurité. Entre-temps, il y a un climat de paix qui est revenu au sein de notre école. Nous sommes encore tous affectés par rapport à ce qui s'est passé et nous avons maintenant des projets avec les élèves. Malheureusement, nous souhaitons faire de ce fait tragique quelque chose de positif pour l'avenir". 

Retrouvez l’intégralité de son interview sur Auvio

L'avis des auditeurs...

À ce propos, Dimitri de Jumet a des enfants qui fréquentent l'école de Maëlle : "Ce qui est dit dans l'article est correct. J'ai été présent aussi bien le mardi et le mercredi puisque je suis géographiquement proche de l'école pour accompagner mes enfants qui ont aussi été harcelés. Le lundi de congé de pédagogique, c'était silence radio. Aucun parent n'a reçu un coup de file. [...] Mardi, il y a eu via les réseaux sociaux un rendez-vous qui a été mis en place à 200 mètres de l'établissement. Les élèves étaient calmes. Ils sont retournés vers l'école à 9h. [...] Vers 9h30, je ne sais pas qui a invité les élèves à rentrer dans l'établissement mais il y a eu un mouvement. Je pense qu'on leur disait : "Allez, rentrez, il y a quelque chose pour vous à l’intérieur". [...] Le problème c'est que les hypothétiques harceleurs étaient aussi dans l'établissement. Mercredi, il y a eu un autre mouvement de contestation qui a duré un quart d'heure [...] Les élèves étaient avec des panneaux et il y a peut-être seulement dix voitures qui étaient impactées et on leur a demandé de rentrer au risque de recevoir une sanction". 

Pascal de Erquelinnes est éducateur spécialisé. Pour lui, il est grand temps de leur redonner un rôle : "Nous sommes souvent confrontés au harcèlement scolaire et on ne nous donne pas les moyens pour intervenir. Nous n'avons pas le rôle psycho-éducatif pour lequel nous sommes formés. C'est dommage étant donné que ce sont les élèves et le système qui en pâtissent. Tant qu'on ne considérera pas vraiment le rôle de l'éducateur spécialisé dans les établissements scolaires, qu'on ne lui donnera pas une place à part entière comme le psychologue ou le PMS, il y aura toujours des problèmes parce que les priorités des écoles passent souvent bien avant les problèmes des élèves en cas de crise. [...] L'éducateur spécialisé pourrait faire des interventions psycho-éducatives à travers des ateliers spécifiques et surtout de la prévention. Parce qu'on parle de l'après mais le problème, c'est la prévention. Tant qu'on ne cherchera pas à investir dans des projets de prévention, ces problèmes seront récurrents et il y en aura de plus en plus. Le harcèlement est très courant et on ne fait pas assez de choses dans les écoles. Il ne faut certainement pas interdire la liberté d'expression de ces élèves mais il faut la cadrer. C'est pour ça que c'est important d'avoir en aval des interventions psycho-éducatives qui vont permettre d'être à l'écoute des élèves et de limiter l'espace de parole à des actions qui sont socialement acceptables". 

Nous vous invitons à poursuivre le débat sur notre page Facebook "C’est vous qui le dites".

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