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" Je pensais être guérie mais maintenant que ça arrive à ma fille, tout revient à la surface "

Maman victime de violences : " Je pensais être guérie mais maintenant que ça arrive à ma fille, tout revient à la surface "
Maman victime de violences : " Je pensais être guérie mais maintenant que ça arrive à ma fille, tout revient à la surface " - © Tous droits réservés

Un nouveau féminicide a été commis à Assesse, en région namuroise. Malgré plusieurs épisodes violents, la victime se rapprochait à chaque fois de son agresseur. Comment mieux accompagner les victimes de violence ?

Après la manifestation contre les violences faites aux femmes dimanche dernier, nous avons beaucoup parlé des mesures de protection des victimes lundi dans " C’est vous qui le dites ". C’était sans imaginer ce nouveau drame qui s’est produit dans la nuit de mercredi à jeudi à Assesse. Depuis 2016, Marielle a vécu plusieurs épisodes violents avec l’homme qu’elle aime. À trois reprises, il a été jugé et condamné mais à chaque fois, le couple finissait par se rapprocher… jusqu’à cet épisode fatal. Une enquête est en cours.

Comment mieux accompagner les victimes de violence ? C’est la question que l’on vous posait ce matin dans " C’est vous qui le dites ".

Une maman qui a été victime de violences conjugales nous a fait part de sa détresse face à sa fille elle aussi victime de violences : " J’ai été victime de violences conjugales il y a 25 ans, quand j’étais enceinte de ma fille : côtes fêlées, mâchoire déplacée… Je pensais être guérie de ça mais quand j’ai vu arriver ma fille hier avec l’orbite de l’œil ouvert, des traces d’étranglement… j’ai senti mon cœur de maman exploser parce qu’il y a 25 ans de ça, quand j’ai porté plainte, la police n’a rien fait ! Ici, je pousse ma fille à le faire mais elle a peur des représailles, il l’a menacée de représailles contre elle et moi si on allait à la police. J’en ai parlé à un ami qui m’a dit qu’il fallait que je bouge sinon un jour, il sera trop tard. Je vous avoue que je suis perdue, j’ai peur pour la vie de ma fille parce que ça va très très loin et ça fait quatre ans qu’elle subit ça et elle n’ose pas bouger. Elle m’en avait déjà parlé, ça fait quatre ans que je la pousse à porter plainte mais à chaque fois elle a peur des représailles. Il est tellement menaçant qu’on n’ose pas bouger ! Il y a la menace et les sentiments qui la font rester parce qu’il menace de se suicider et je pense que c’est aussi un manipulateur. Il est extrêmement dangereux et violent. C’est très dur à vivre. Hier, ça a démarré parce qu’il a dit qu’elle le quittait parce qu’elle n’en pouvait plus et il ne l’a pas supporté et ça a démarré ! il faudrait que la police intervienne plus vite et soit là, il faut un accompagnement psychologique parce qu’on a toutes tendance à retourner vers la personne parce qu’on se sent coupable et responsable des coups qu’on reçoit. Il faut convaincre ma fille de porter plainte et de ne surtout pas avoir peur de représailles parce qu’elle entend partout que l’homme ou la femme violent.e revient et termine le travail. Elle a 24 ans et elle se dit que sa vie est foutue ! Elle n’ose pas le quitter et elle perd sa vie comme elle dit. Mon cœur de maman… C’est dur à vivre. Je vais appeler la ligne d’Écoute de violences conjugales mais je ne pense pas que ma fille le fera. Elle croit qu’il va tout découvrir et qu’elle va " ramasser " une fois rentrée chez elle. Il faut vraiment qu’on soit suivie. C’est tellement dur. Je pensais être guérie mais maintenant que ça arrive à ma fille, tout revient à la surface. "

Un accompagnement et un suivi psychologique nécessaires

Victime de violences conjugales pendant deux ans, cette femme réclame un accompagnement et un suivi psychologique : " Les violences ont commencé en 2016, je suis allée porter plainte en 2017. Quand on est victime de violences conjugales, on a honte, personne ne peut comprendre tant qu’on ne le vit pas. Personne de ma famille ni de mon entourage ne savait que je me faisais battre. Je suis allée porter plainte au mois de juillet 2017 mais je n’ai eu aucun suivi psychologique à la police. Il ne s’est rien passé après à part le fait que mon ex-compagnon a été convoqué pour un procès. Le procès a eu lieu en 2018. Le procès disait qu’il avait un an de sursis et qu’il ne pouvait plus me toucher parce que malheureusement on retourne toujours chez son bourreau et on ne sait pas l’expliquer. Ce qui a fait que je suis retournée vers lui et lui ai donné une seconde chance c’est qu’il me disait à chaque fois qu’il m’aimait et qu’il s’excusait. Mes sentiments étaient là, je ne pouvais pas le quitter, même si je me réveillais avec un œil au beurre noir et une tête démontée, j’arrivais à le pardonner. À ce moment-là, il aurait vraiment fallu un accompagnement comme j’ai eu lors de ma deuxième plainte : un accompagnement de l’aide aux victimes de violences conjugales et un accompagnement d’une psychologue de la section de la police. Je l’ai quitté parce que les violences avaient vraiment été trop trop loin. En regardant mes photos, je me suis rendu compte et le fait de parler avec un psychologue spécialisé vous aide énormément parce qu’il vous convainc de ne pas retourner et de couper tout contact avec cette personne parce qu’elle vous voudra du mal. Aujourd’hui, je n’ai plus aucun contact mais je ne suis pas du tout guérie de ça. Mon ex-conjoint a une ordonnance du juge valable jusqu’en 2024. Après 2024, je me demande ce qu’il va se passer… "

Une autre femme qui a subi les coups de son ancien compagnon pendant 20 ans demande une meilleure prise en charge des victimes : " Le problème c’est que je ne travaillais pas. Donc si je partais, je n’avais rien, j’étais à la rue : je n’avais pas de maison, je n’avais pas de salaire. Je vivais la misère avec mes enfants. Alors plutôt se faire taper que de les empêcher de manger. J’avais tenté d’avoir le CPAS mais même le directeur du CPAS pensait que je voulais profiter du système. Les victimes ne sont pas écoutées ni prises au sérieux. Aujourd’hui c’est derrière. Ce qui m’a décidé à partir c’est qu’il a commencé à s’en prendre aux enfants quand il voyait qu’à moi ça ne me faisait plus rien. Il s’en est pris aux enfants et il a essayé de tuer mon fils deux fois. Là, j’ai réagi ! Le gros problème quand je suis partie, ça a été de pouvoir me remettre à flot : j’ai dû me battre au tribunal. C’est un policier qui est venu me dire en civil et en ami de me battre parce que j’y ai droit. "

Pour toute demande d’information et d’aide contacter l’Écoute Violences conjugales au 0800.30.030

Nous vous invitons à poursuivre le débat sur notre page Facebook "C’est vous qui le dites".

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