C'est vous qui le dites

Du lundi au vendredi de 09:00 à 10:30 sur Vivacité

Plus d'infos

Est-ce si difficile d'avorter en Belgique ?

De nombreux médecins et hôpitaux refusent de pratiquer l’avortement, certains gynécologues feraient culpabiliser leurs patientes avant de refuser finalement une IVG. Un avortement en Belgique, c’est un parcours du combattant ?

Dans La DH, Béatrice Toussaint, médecin à la retraite qui pratique des IVG pour le planning familial d’Arlon, explique que dans sa région, des médecins et hôpitaux utilisent la clause de conscience pour refuser de pratiquer l’acte. La clause de conscience permet effectivement de refuser un avortement mais doit être signalée directement à la patiente, alors que certains feraient culpabiliser la femme enceinte en expliquant toutes les étapes de la grossesse, en montrant en détail le fœtus lors d’une échographie avant de finalement dire qu’ils ne pratiqueront pas l’avortement et d’inviter à se débrouiller autrement. Un avortement en Belgique, c’est un parcours du combattant ?

Professeur Patrick Emonts - Président du GGOLFB (Groupement des Gynécologues Obstétriciens de Langue Française de Belgique) : " La clause de conscience est un droit aussi important pour les médecins que le droit à l'avortement pour la femme qui a eu un long parcours au niveau de la loi, avec des batailles très fortes comme en France avec Simone Veil, c'est un droit important mais inversement, la conscience du médecin est aussi quelque chose d'important. Alors oui, cette clause est utilisée et c'est assez logique puisqu'il s'agit d'un droit et on peut être assez opposé à la conception de l'avortement en lui-même. La proportion est difficile à déterminer mais on est quand même à un pourcentage qui est moindre qu'un gynécologue sur deux. Mais je pense que l'avantage de cet article, c'est quand même de faire remarquer que progressivement - et c'est une tendance en Europe mais aussi dans le monde - on a tendance à essayer de casser cette loi de dépénalisation de l'avortement et ça nécessite une très très grande vigilance! Ça a été de très lourdes luttes pour obtenir ce droit de la femme et par tout une série de chemins détournés, il y a des tentatives de rendre ce droit difficile à atteindre."

Le gynécologue à l'écoute du patient

Certains gynécologues influencent la patiente en expliquant toutes les étapes de la grossesse ou encore en montrant en détail le fœtus lors d’une échographie. Face à ce genre de fait, Professeur Emonts explique "qu'au niveau de la conscience professionnelle, ce n'est pas quelque chose de correct! Le médecin, par définition, c'est d'abord quelqu'un à l'écoute de la patiente qui répond à une demande dans un cadre légal et ce n'est effectivement pas du tout judicieux lorsque la dame vient avec clairement une demande d'interruption de grossesse de commencer à faire un écho et à montrer ce bébé! Ce n'est jamais une frivolité chez la dame de demander une interruption de grossesse, c'est souvent très difficile, c'est une démarche qui n'est pas du tout quelque chose d'aisé et ça ne sert à rien de chercher une culpabilisation ni même de la mettre de cette façon devant un choix quasi obligatoire."

Rediriger la patiente en cas de refus

Enfin, si le médecin a recours à cette clause de conscience et refuse de pratiquer une IVG, il est cependant tenu d'informer la patiente comme le conclut Professeur Emonts : "Lorsqu'on vient avec cette décision prise ou cette réflexion faite sur une interruption de grossesse, je pense que d’emblée dans la conversation, la patiente doit demander au médecin s'il serait opposé si cela était son choix et à partir du moment où il se dit opposé, alors elle a le droit de demander qu'on lui conseille un confrère qui, lui, acceptera sa demande d'IVG." 

Newsletter Vivacité

Recevez chaque vendredi matin les événements, concours et l’actu Vivacité.

OK